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quefois, la matière que j'appelle affection simple^ est bien près d'être isolée de la forme aperceptive, d'autres fois, c'est cette dernière qui est comme/?ttre. Et ces altertiatives ont lieu suivant certaines conditions auxquelles oh ne peut s'empêcher d'avoir égard. Indiquons-les d'avance , et posons les bases du langage qui s'y rapporte, sauf à les justifier ultérieurement.
Je dis qu'il y a une sorte de sensations qui peuvent être considérées comme fondées dans le sujet unique moi; tel est le mode relatif X effort (i) , qui, s'effectuant librement et d'après certaines conditions (dont nous parlerons), comprend le sentiment intime d'une /ôrca vivante, lié à celui d'une résistance organique : il pourrait n'entrer ici aucune impression affective, venue du monde extérieur, et la sensation n'en serait pas moins complète. C'est là , peut-être, et non point dans une impression reçue quelconque, qu'il faudrait chercher l'origine spéciale de nos facultés actives, le point d'appui de l'existence , et le fondement de toutes les idées simples, que nous pouvons acquérir de nous-mêmes et de nos actes intellectuels. Là est aussi, je crois, le modèle exemplaire de toute idée de puissance , de fxyrce^ de cause.
(1) Je ne dis pas la sensation de inoui*c;neni, parce qu'il ne sufQt pas que le mouvement soit senti pour avoir le caractère aperceptiî* fondamental ; il faut de plus que ce mouvement soit produit par une force hyper-organique nommée vo/oiUé, comme nous ie verrons ailleurs.
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On peut concevoir, au contraire, des affections simples j toutes fondées dans l'organisation matérielle, ou dans une cause quelconque étrangère au moij réduites par conséquent à la matière^ et plus ou moins dénuées des formes de la personnalité; sensations incomplètes y qui ne supposent qu'une simple capacité passive dans le sujet qui les reçoit, et d'où l'on ne peut déduire , par quelque transformation que ce soit , aucune facuhé proprement dite ni d'entendement ni de volonté.
Ces deux sortes d'éléments primitifs, \ effort produit d'une volonté, inséparable de moij et l'affection résultat impersonnel d'une propriété organique, l'un uniforme et permanent (i), l'autre multiple et variable, peuvent s'associer de différentes manières, et constituer tous les modes actuels et positifs de notre existence, toutes les classes de sensations et de perceptions, qui comprennent ainsi une matière et VLii^ forme tantôt imparfaitement et accidentellement agrégées j tantôt étroitement et nécessairement com^
(1) Observez que l'effort considéré dans cette sorte de sensation musevlaire que nous créons nous-mêmes, ne peut varier qu'en intensitèj pendant que les affections qu'on peut afppeler improprement sensations nerveuses , varient autant qu'il y a d'abord de causes d'impressions ou de manières d'agir d'un'e même cause extérieure , et puis autant qu'il y a de dispositions dans le même organe , et peut-être dans chaque filet nerveux. Or, qui pourrait nombrer et concevoir cette variété d'affections dont le système sensitif est susceptible ? Aussi ce mot affection ne peut-il avoir , dans notre esprit; qu'un sens vague et très-général , tandis que le mot effort a un sens univoque précis et individuel ; il dépend de nous , à chaque instant, d'en faire naître l'idée.
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binées f MÛvai^ certaines conditkms qai seront erpwées dans là suite.
De là( résultait les moyens d'analyser les senssM* l»ons primitives ou leurs résultats dérivés , soit en déeompoaant par l'analyse prôpremait dite, soit en Feceaiposâlit par la synthèse. Dans ce dernier cas, oa pourrait piiendre pour point de départ, soit l'affeeticm pcfêsWe simple, soit le mode élémentaire & effort qui peut seul y ajouter une fonue personnelle; la matière et la forme étant ainsi conçues, distinctes l'une de l'autre, quelque inviôbles qu'elles paraissent dans respévience.
En ccMoainençant par l'alfection simple élémentaire, il Êiudrait bien se garder de la confondre i^ec tout ee qui n'est pas elle , et de retenir encore l'idée d'un composé dans l'hypothèse même qui tend à établir le simple : il faudrait chercher le type réel de ce simple^ dans un ordre de conditions déduites de notre expérience intérieure , au lieu dé le eoMicevoir au dehors, dans \m fantôme imaginaire qui ne pourrait se montrer à nous que mu;» les formes dont noi» l'aurions habillé. Dans une statue animée, par exemple , qui,, par cela même que nous lui anribuerioiisune <l/72e, serait censée rcarfermer d'avance la forme pemonnelte dont toute impression reçue viendrsît se revêtir; car dbrs 1» première alfierciioft simple y par hypothèse, sefà^ déjà une vétfitablé sensation eofiiiplète , une idée^ — et il ne setiait pas étonnant qu'oli en déduisir entfuite, par
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une transformation prétendue , ces mêmes éléments intellectuels qu'on y aurait compris d'avance. N'est- C5e JM» ainsi que les alchimistes croyaient avoir opéré la transmutation des métaux inférieurs , dans un or natif (\oi s'y trouvait déjà mêlé avant le grand œuvre ?
En commençant au contraire par Vêlement personnel y séparé de toute matière, et cherchant à l'atteindre par le mode d'observation qui lui est propre, il faudrait se garder de supposer, ex abrupto^ une égoïté substantielle sans conditions, comme une pensée sans objet, une réflexion sans point d'appui; car ce serait poser un antécédent sams conséquent, une cause sans effet , une force agissante ou un sujet d'action sans terme , et tomber ainsi en contradiction avec soi-même, en voulant réaliser comme absolu dans un ordre abstrait de possibles y ce qui ne peut être donné ou conçu que par relation dans l'ordre des existants {B.).
Quant à nous, soit que prenant d'abord pour point de départ l'un ou l'autre des deux éléments de la sensation, nous cherchions à les atteindre dans leur état de simplicité; soit que partant de Y idée complète de sensation prise dans un mode mixte 2K)tuel de notre existence , nous tendions à y signaler , par une analyse vraie , les parties intégrantes d'un composé, nous ferons en sorte de nous tenir enfermés dans les limites de deux sortes d'observations , appropriées à la nature diverse des faits qui constituait une science réelle des facultés humaines.
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et à éviter ainsi les écueils les plus dan^reux de la métaphysique.
Si d'une part les doctrines idéologiques , généralisant des observations encore imparfaites , s'occupent principalement à classer les modes de la sensibilité , ou à chercher ses lois g^iuérales avant d'en avoir distingué les modes spécifiques ou individuels, notre méthode devra commencer par assigner exactement les circonstances et le caractère propre de chaque sensation particulière , avant d'en généraliser le signe : car c'est de là seulement que peut ressortir un système régulier de classification, comme une détermination plus précise des lois diverses auxquelles l'être sensible et moteur est assujetti par sa nature.
Comme cet être n'est pas constitué, en rapport de dépendance unique, essentielle, des impressions du dehors; mais qu'il exerce par certsdns sens une force d'action au moyen de laquelle il contribue en partie, et quelquefois en tout, à se modifier luimême , en devenant ainsi le propre artisan de ses sensations; la méthode proposée interprétant et précisant le célèbre principe ISihil est in intellecCu etc, devra s'attacher à reconnaître la manière dont les premières idées viennent des sens; et analyser à la source même , dans deux de leurs fonctions, tantôt isolées, tantôt réunies, ces produits divers que Locke rapportait à deux sources séparées ou éloignées l'une de l'autre.
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PetKkiift que^ <^aatre part , les i^stètnes abstraite de métaphysique cherchent les principes et les fondements de l'existence réelle dans une région de possibles , en rcaversaftt Fordre naturel des idées; nôtipe méthode, au contraire, sortant de robsei:*ration réfléchie, pour concevoir ce qui a pu précéder et amener dans Tordre successif des phénomènes de la vie , le fait de conscience, prùnUifdans son espèce, quoique secondaire quant à ses conditions ; notre méthode, dis-je, pourra se rejoindre à un -autre système d'idées , et rencontrer le point de vue physiologique : s'appuyant tour à tour sur deux ordres de faits, elle tâchera d'en saisir le parallélisme , ou la coexistence , sstns les identifier ni les confondre , sans vouloir même pénétrer le comment de leur liaison ; celle-ci ne pouvant être donnée elle-même que comme un fait mixte qui appartient à deux sortes d'observations», et en quelque sorte à deux ^^/2^ différents.
Ainsi en avouant, d'une part, que nos facultés intellectuelles ne peuvent entrer en exercice hors de certaines conditions organiques ; et que, d'autre part , les idées réflexives qui s'y rattachent , se fondent, en grande partie sur l'emploi de nos signes artificiels , nous ne saurions pourtant borner l'analyse de ces facultés à celle des résultats de fonctions de certains organes, ni à une décomposition logique de termes abstraits ou complexes dont la valeur dépendrait de nos propres conventions.
H ïie saurait même êtt^e question pour ikius^ de décomposer snieane faculté eonskléi^ée en eile^tnéme ou dans l'idée singulière qui lui corres^nd ; ma^ seulement d'énumérei^ les formes individuelles de notre pensée, d'assigner les circonstances où elles» naissent, et les caractères propres qui les dîstin-' guent, en les dégageant par une sotte de résoi^ion de certains produits mixtes , où la matière et lai forme , Tarclritecte , Fœuvi*e , et les matériaux em-' ployés , ne peuvent demeurer eonfondui» sous^ titï signe unique.
Je résumerais ainsi , en peu de mots , les caractères et les résultats de la méthode que je voudrais appliquer à l'analyse desî facultés humaines. Distin^ guer les sensations spécrftques ou mdividûelles , avant de généraliser les caractères abstraits d'une* sensation quelconque : de cette distinction, et d'une analyse de chacun de nos sens considérés sous le double rapport de l'affectibiHté jr>«^^zVe et de la mo^ tilité voloneaire^ qui s'y trouvent inégalement réparties, déduire les caractères propres à spécifier des fiacultés diverses : assigner par l'expérienee et la réflexion ce que peuvent être , dans nos sensations et nos idées de tout ordre, cette matière et ces /(9r-' mes; que plusieurs métaphysiciens y distinguent (j ),
(1) La distiaction d'uae moMère et d'une fwme dans nos idées , n'est pas exclusivement propre au système de $.ant. On la trouve énoncée dans les Méditations de Descartes, sous les mêmes termes, et à peu près dans le même sens.
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non .sans quelque fondement ; rattacher ces formes (prétendues pures quand on les considère ea abstraction , et innées quand on se dispense d'en rechercher les conditions et l'origine) , aux modes d'exercice d'une même puissance ; ne point séparer entièrement cette puissance des conditions ou instruments organiques, nécessaires dans l'origine pour la faire passer du virtuel à l'effectif, et propres encore à marquer ses limites, en devenant les signes sensibles qui la manifestent. Enfin , appliquer les sens externes et F imagination aux objets de nos facultés; V observation physiologique^ à la connaissance des instruments qui concourent à produire bu à transmettre les impressions; le sentiment immédiat ^ aux affections passives qui naissent du jeu td ces instruments; la réflexion seule, aux formes constitutives de la pensée , sans jamais dépasser les limites de chaque mode d'observation dans l'ordre de faits qui lui sont respectivement soumis.... Telle est la méthode dont je voudrais pouvoir donner l'exemple en même temps que le précepte.
Une analyse réelle de décomposition devrait commencer par les sens dont les fonctions sont le plus compliquées, les modes d'exercice pljus variés, et les produits complets dans la réunion des deux sortes d'éléments qu'il y faut reconnaître, si l'on veut rap- * porter à la sensation l'origine et la génération de toutes nos facultés. J'ai préféré employer d'abord un ordre plus synthétique. Consultant les observa-
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tions physiologiques d'une part, et le sentiment immédiat de l'autre ; je cherche, dans divers modes ou états de la sensibilité, et le Jeu spontané de certains organes qui leur correspond , ce que pourrait être une matière des sensations séparée de formes personnelles j de Yaperception , et de tout ce que l'activité du sujet y ajoute. Appuyé encore sur le même ordre de faits physiologiques, mais en me rapprochant d'un point de vue plus réfléchi, je cherche dans les produits de l'activité, d'une même puissance d'effort, quelles peuvent être les conditions originelles correspondantes au premier /ait de œnscience, et la source de toutes les formes sous lesquelles existe une personne douée de la faculté de penser ou d'apercei^oir ses actes , ses modifications et ses idées. (Ce travail est l'objet d'ime première section de \a^ seconde partie de ce mémoire ; section divisée en deux chapitres , dont l'un traite de Xaffectibilité directe et simple , et l'autre de la motilité volontaire.) J'entre ensuite dans l'analyse pleine des sens , où ces deux fonctions se trouvent réunies; je cherche à en décomposer les produits dans chaque sens externe; et j'y signale divers ordres de combinaisons de ces éléments sensibles et réfléchis , toujours distincts lorsqu'ils ne sont pas séparés.
C'est par une telle méthode que j'ai cru pouvoir retrouver les véritables éléments constitutifs de notre intelligence , et tracer entre eux une division
i%Q DE LÀ JOiOOMJPO^TION
B^ieUe^ basée sur d^ faits ^ et non pas 'Sur une distmçtkm logique de signes ou de caractères ajbsta:ait& i,es éléments étaïf doonés , il ne «era pas difficile A^itecoanaître^ dans une troisième ipartie, la nature des {^rodmits intellectuds les flus composés ^ ks plus éloigpés eu appai:eiice de la s(Hirc^ mixte commuue, ^ de les y ramener par une analyse exa<^* C'est ainfiî qu'après avoir assigné les fonctions des premiers signes voiontaires^ dans les $em mêmes où la nature assoicm des modes actifs ^ fhassif s ^ il sera «isé d'y trouver le type et la base de l'instituti^n secondaire des signes artificiels dtt langage ; de déterminer le caractère des opénatioasinteUectuelles qui y prennent leur fondement, et d's^pi^éder les raff>orts que celles-ci conservent encore avec las facultés originelles ou élémentaires. Ce sera là une belle occasion d^appliquer et d'étendre la dëcou* verte immortelie de l'auteur de l'Essai sur i'origine de nos connaissances y la nécessité des signes pour penser^ réfléchir j et disposer de l'exercice de Vat^ teniion^ de la mémoire, etc. (i).
(t) Cette découverte n'a pu être fowdjée que sur la plus iotime réflexion de nos actes intellectuels. Elle suppose éminemment ce Meni fhxlosophiipie , très-bien défini par un métaphysicien aHeloand , qui consiste « noa seulement à pouvoir rètéter IthremeM une série d'actes , mais encore à pouvoir , au milieu de cette libre répétition, obtenir la conseieMe de la puissance qui les effectue. y> C'est par .une teUe découverte, que Condillac me semble s'être placé véritablement au^essus de tous les métaphysiciens qui l'avaient précédé, et avoir imprimé la plus belle et la plus utile direction à notre philosophie. « Les signes institués vcioniaires rendent
Si je me iusfie borné à un tableau et à uu^ i^orte d'analy«6 historique des Csicaltés intelledueUes^^eu les caractérisant miiqucment par rapport à leur emploi et leur ob/et,^^ trfivail eut été plus facikg plus court et aussi plus agréable, ou xrmM rebiir tant par sa forme : il en eut été de même si j'avais adopté un ordre plus ^stématique de démfttion^ et un seul principe commun de toutes les idées > opérations et £sicultés intellectuelles. Mais ayant eu en vue, non un tableau historique, ni une simple classification idéologique, mais les fondements d^ une division réelle des facultés humaines , mon travail s'est trouvé plus en profondeur qu'en surface; il ressemblera plutôt à celui d'un mineur, qui suit lentement une multitude de détours souterrains, qu'à celui d'un architecte qui tend à frapper et attirer les regards par l'élégance des formes et la régularité des proportions. La même disposition d'esprit qui m'a entraîné dans cette carrière ardue
rexercice de nos facultés di5potit5/e.» Il y a donc une aeXvùiXé réelle dans la sensation ou hors de la sensation : quelle est la source de cette activité ? ou plutôt quels sont les moyens et les instruments par qui elle se déploie ? comment les signes du langage ^tax sontils dx$'gfm\b\€i ? comment peuvent-ils communiquer ce caractère aux idées à qui ils s'associent, à Texercice des opérations qui se fondent sur leur emploi ? Gondillac songeant , comme tous les inventeurs , à Futilité pratique de sa découverte, n'est point remonté jusqu'aux principes qui devaient lui servir de base ; et s'il l'eût fait, nous aurions eu sans doute un autre Traité des sensattoiis, qui eût appliqué et développé le principe de la disponibilité des signes, au lieu de le fidre oublier ou méconnaître.
1q8 de la DlSCOMPOSÏTlOK
et difficile , m'enaipéchera probablement de' la suivre jusqu'au bout : le temps est court, l'observation laborieuse, les moyens faibles et disproportionnés au but; et en quittant le port y je n'espérai pas dé voir r Italie (i).
(1) Ikrfiatu, mUam! Yiae. Énéick.
DE r.A PERSEE.