CHANT IV. CONSTANTINOPLE. H
Ces cyprès , vastes bois , d'où , sans borne aux regards , En globes, en croissants, en flèches, l'or s'élance, Et renvoie au soleil les rayons qu'il lui lance ; Ces merveilleux jardins , ces dômes , ces bazars ; Ces sérails, ces harems, soUtudes peuplées, Où régnent à genoux des idoles voilées ; Ces transparents séjours aux grilles de roseaux Qui laissent voir des fleurs, des orangers , des eaux , Des yeux noirs et brillants. Mais la terreur glacée. Sentinelle invisible assise aux portes d'or. De l'enceinte, où plongeait l'œd ignorant encor, Repousse les regards et même la pensée.
Tandis qu'on porte envie à ces palais fleuris A ces retraites transparentes.
Où de loin ou croit voir errantes Toutes les célestes houris , Soudain , des demeures ombreuses Que l'étranger trouvait heureuses, L'œil voit, attentif de plus près, Trois fléaux , parmi les cyprès , Élever leurs formes affreuses : -^7
Iti POÈME DR l.A (iRKCH.
Sombre et muette trinité
Qui , sur Byzance prosternée
Étend son empire, accepté
Sous le nom de la destinée.
Comme soudain le charme a fui tous ces palais. Dès qu'on y sent régner les trois monstres muets !
De la fournaise qui murmure
L'un a le bruit et la couleur;
Des flammes sont sa chevelure ; Souvent quand la nuit dort, il grandit sans mesure Il aime à l'éveiller soudain à sa lueur :
Le ciel blanchit , la mer obscure
En reflète au loin la pâleur.
L'autre a le front livide et l'haleine odieuse : Il se transforme à tous moments, Et des plis de ses vètemeuts
Secoue incessamment la mort contagieuse.
Du vent de son manteau si quelqu'un est touché .
Il passe avant le soir dans son cercueil couché.
Entre l'incendie et la peste , Père de ces monstres hideux , Un monstre est assis, plus funeste, Plus détesté que tous les deux ,