I.jO l'Oi-MK 1)1-: LA GUECL
En beaux états changer ilt> plus rudes déserls Ivt polir des mœurs plus sauvages.
Vers les monts un moment j'ai détourné les yeux , Et déjà des combats ont illustré les plaines; Déjà je puis, ô Grecs, vous saluer hellènes; Hellènes , mes héros , je vous rends vos aïeux : Vous les avez conquis. Comme une veuve fière , Qui , par d'indignes fils frappée en son orgueil , Déguisait sa noblesse, et, sous un nom vulgaire, Dans l'ombre et le secret traînait des jours de deuil , Maintenant que ses fils sentent leur origine , I.a Grèce, relevée, a repris son vrai nom; Chaque lieu, fier du sien, en pare sa ruine; Colouri dit : C'est moi qu'on nomme Salamine: Côcla : Je suis Platée ! et Vrana : Marathon ! Noms sacrés ! pleins encor d'héroïques prestiges ! Comme des troncs vieillis poussent déjeunes tiges,
Plusieurs ont d'un récent éclat
Ravivé leur ancienne gloire ;
Daulis rajeunit d'un combat.
Et Marathon , d'une victoire. ^'' D'autres, ol)scurs encor. s'ennobliront comme eux :
CHANT Vil. IJ-S M(»NT.\(;NES. 151
Hydi'ii, simple rocher, sans titres sous les cieux, Va bientôt eu doiiuer à plus d'un promontoire, Et, dans tout l'Archipel imprimant son histoire, Sur ses flots affranchis se créer des aïeux. Fontana, Valtetzi, Klégna, sont prêts à naître; Karpenitzé conçoit un trépas immortel, ^'' Et médite un tombeau sacré comme un autel : Léonidas lui-même en est jaloux peut-être. Déjà de toutes parts les hellènes nouveaux. Auprès des noms fameux placent des noms ri\aux : Ils accourent en foule, et vicnncnl de leur glaive S'inscrire au mon un ici il (}ue la Grèce relève. Les voilà! des héros vuilà les dignes (ils! Botzaris, les Trois-Cents ont cru revoir leur guide Vieux Colocotroni, beau Mavro-Michalis, ^' Odyssée à l'œil d'aigle, au vol aussi rapide, Tzavella, Nicétas, Mitzos, race intrépide. Vous venez, car j'ai vu pâlir les Osmanlis. J'ai vu sur rArchi[)el liiir inir flotte immense : Serait-ce, ù Canaris, ton brûlot qui s'avance?
Quels sujets, immortel Byioii .
Ils piéparenl en foule ù U muse inspirée
i:i2 PO/LMK DE LA GRÈCK.
Chante la Grèce, ô toi, qui l'as si bien pleurée. i^]s-tQ prêt à saisir l'héroïque clairon? Il est prêt à bien plus. Dans la belle épopée Il vient prendre sa place, en autre d'Ercilla: Sur la mer où vainquit Cervantes, le voilà. Dans sa barque en s^uerre équipée.
Apportant ses trésors . sa lyre, et son épée: Et vers Missolonghi je le vois accourir. U liberté! sur toi rassemblant les tfMidresses Qu'a reprises son cœur à toutes ses maîtresses. Pour combattre, et chanter, et peut-être mourir !
Ah ! d'orsjueil mon âme est saisie !
Triomphe, noble Poésie!
Triomphe, apprends à l'univers Ce que peuvent tes saintes flammes.
Et que, tilles des mêmes âmes.
Les belles actions sont les sœurs des beaux vers.
Mais, où suis-je entraîné! j'avais cru voir la Grèce Déjà de ses enfants écoutant les exploits. De son joyeux soleil partager l'allégresse , Assise, couronnée, à l'omble' de la croix!
CHANT Vil. LES MUNTAdNES. 153
Hélas! la joie en est lointaine.
L'anbe nait : le combat à peine est commencé : Combien avant midi de sang sera versé ! Que l'heure du repos semble encore incertaine! Que devient ce triomphe , un instant vu si près? Que de longs mois peut-être avant qu'il ne t'obtienne, 0 croix, sur la mosquée, au-dessus des cyprès,
La place, si longtemps la tienne;
Et (pi'enfin la cloche chrétienne Ait fait taire, le soir, le chant des minarets. ^^''
L'Ottoman fuit, frappé d'une alarme subite;
11 fuit, mais peut demain , de cet eifroi remis .
Du haut de ses remparts compter ses ennemis.
Et venir aux vainqueurs faire expier sa fuite.
Istamboul va bientôt sortir de sa stupeur,
Terrible de sa rage et même de sa peur.
Et lors(iu'elle armera de contrée en contrée.
Lorsque, de Top-hana dans l'Archipel entrée,
La flotte, transportant l'Orient sur les eaux ,
Ira d'Alexandrie appeler les vaisseaux ,
Qui verseront l'Afrique aux plaines de Morée.
Les Grecs soutiendront-ils ces flots lancés contre eux,
Ces flots toujours croissants, pleins de foi'ce et de rage.
Qui viendront les presser, les battre, aussi nombreux
Que ceux dont l'Archipel presse et bat leur rivage?
i;i4 POiîMl- l)K LA (iUËCl-.
Et qui? des laboureurs? des femmes? des bergers? Des prêtres? faible armée en de pareils dangers! Les Kleftes? braves cœurs! mais, esprits versatiles. Sont-ils assez unis pour être assez utiles ! Ou Fabvier, un Français, prêt à mourir pour eux? ^•' Secours certes puissant! mais surtout généreux.
Peuples, sauvez un peuple, indigne d'esclavage, Qu'en un péril trop vaste a jeté son courage. Le laisseriez-vous seul contre tant de bourreaux ? Sans union, bêlas! depuis qu'il est sans maître; Sans armes, sans trésors. Où sont ses arsenaux? A-t-il du fer? du plomb? des mousquets? du salpêtre? Du pain même? Sa cause est la vôtre peut-être. La vôtre, qu'ai-je dit? rbuinanité , la croix , Gomme des nations c'est la cause des rois.
0 rois, tout rOrient chez les Gi'ccs va descendre : Je sais vos noms, Louis, François, George, Alexandre, Guillaume! et les proclame, afin que l'avenir Pour la honte ou la gloire en garde souvenir. Malheur ! si , les yeux secs en voyant tant de larmes , Vous comprimiez l'Europe, et ses vœux et ses armes -, Malheur! si, de la Grèce espoir perfide vÀ vain. Le jour cpii la voit libre était sans lendemain.
CHANT VU. lï]< .M()MAGNi:S.
Mais il est dans le ciel , il est dans le courage , Il est dans tout un peuple armé de désespoir Des ibrces cpie lui-même il ne saurait prévoir. Il serait beau que seul il sortît d'esclavage. Et du peuple empesté nettoyât sou rivage ! Ahl parmi tant de ilôts, dût-il même échouer, 11 peut être encor beau ([u'il périsse : la gloire Couronne le malheur ({u'on lui fait avouer : Le prix n'est pas toujours gagné par la victoire. Souveiil des chars vaincus ont partagé les chanls Qu'offraient aux chars heureux les lyres de rAl[iliée. Platée et Marathon , n'est-ce que dans vos chanq^s Que la gloire a mis son trophée ?
Quand Philippe, à la Grèce autrotbis si tatal,
L'eut fait enfin tomber, mourante de sa lutte.
Chéronée! en ta plaine un lion colossal
Fut élevé par elle en l'honneur de sa chute.
A ses héros vaincus monument triomphal.
La jnerre encor, autour de son anlicpie place. ■'"
{•'ait palpilei' le cœur de rétrauticr ([iii pa^se.
Eh bien ! d'un noble effort par un peuple entrepris. Un semblable trophée , est-ce un indigne prix ? Serait-ce peu qu'enfin, d'une belle journée, La Grèce pût venger cinq siècles de mépris ,
Et, retombant mais couronnée ,
Voir le lion de Chéronée , Colosse dispersé , rassembler ses débris !
LE DÉI>AHT DF LA FLOTTE
L'in>uriTrtion sur la mer. — L'ilo d'Hydra donne le siiinal. — Tombasis. navarquo (]o la DcUc léiiTiic d'Hydra, de la Spetzia et d'Ipsara. — Il va soulever les îles. — Chant des Hydrioles. — Bénédiction de l'archipel. — Le poète reconnaît, dans le vaisseau amiral, son Thémistocle. — Rencontre d'un navire portant pavillon en berne. — Nouvelles désastreuses : représailles et cruautés des Turks. — Supplice du patriarche Grégoire. — Massacres et exécutions à {"onsfantinople, à Smjrne, à Chios. — !\lort des otages Hvdriotes. —Retour, par la pensée, vers Livadie et vers une famille hospitalière.