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PRÉFACE DU POEME

elles n'amusent pas; elles sentent l'imitation ; leur dignité paraît étudiée et apprise; leur pompe est froide, monotone , fatigante : il faut enfin oser dire une fois ce que tout le monde a souvent senti. J'ai voulu chercher s'il ne serait pas possible de donner à la muse de Pindare un ton simple et familier qui ne lui fît rien perdre de sa noblesse . et pût se marier, sans leur nuire , à ses plus hautes inspirations. J'ai employé ici le style de plusieurs espèces de poèmes : l'ode , l'épopée , l'élégie, l'épître , la satire même. Je ne saurais admettre cette division absolue et tyrannique des genres établie par les grammairiens et les rhéteurs, mais non pas par les poètes. J'aime mieux en croire Homère qu'Aristote. Réunissez tous les genres si vous voulez , pourvu qu'ils le soient naturellement et nécessairement, par l'exigence du sujet et le mouvement de l'inspiration plus que par la volonté du poète : ce sont des instruments dissemblables qui concourent à l'ensemble du concert. Les divisions que j'ai établies dans ce poème seront, bien que nouvelles, approuvées peut-être par ceux qui ont la connaissance et l'habitude des littératures étrangères. J'ai trouvé ces sortes de repos bons à établir dans un morceau de quelque étendue comme celui-ci. Chaque partie forme un tableau; chaque tableau a pour ainsi dire son cadre. L'étendue inégulière de ces grandes strophes en sauve la monotonie et, si l'on y

prend garde, n'a rien d'arbitraire. Ce sont comme des odes partielles tantôt plus longues tantôt plus courtes, selon l'exigence du sujet, et qui , divisions d'un grand tout, renferment des divisions plus petites dont elles sont le tout elles-mêmes , ainsi que , dans une œuvre de théâtre , chaque acte se subdivise en scènes : il est entier par rapport à elles, et devient à son tour partie par rapport à l'ensemble du drame.

Les poèmes lyriques n'ont pas d'ordinaire l'étendue que je donne à celui-ci. Accoutumé que l'on est chez nous à considérer l'ode surtout d'après les modèles que nous a laissés Horace , on trouvera que cette ode sort des règles et des limites du genre ; et l'on répétera que cette espèce de poésie n'étant que l'expression d'un mouvement subit et d'une émotion forte et instantanée , plus elle est courte, plus elle est naturelle. S'il était absolument nécessaire de s'appuyer sur l'exemple des anciens, je citerais Pindare, ce Pindare dont les ouvrages sont aussi peu connus chez nous que son nom y a de célébrité. La quatrième pythique contient un nombre de vers presque égal à celui qu'on peut trouver dans mon dithyrambe; et cette pièce, la plus longue de celles ijui nous restent de ce grand poète, en est aussi la plus belle. Du reste, quand même le poème que je donne ici ne ressemblerait pas précisément à tout ce (ju'on a fait, ipiel grand sujet de blàmc !

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11 vaut mieux sans doute s" inspirer des anciens que d'en être le copiste et de prendre mesure sur eux. Horace a suivi à Rome un système fort différent de celui que Pindare suivait à Thèbes; ils ont écrit chacun selon leur temps, leur pays et leur génie : c'est en cela surtout qu'il faut les imiter.

St'|iloiiiln\- ISi.l.

Il y a vingt-deux ans que les pages qui précèdent ont été écrites. Le temps, la politique, la littérature ont marché; nous sommes séparés aujourd'hui comme par un siècle de l'époque à laquelle elles se rattachent.

Le poème qu'elles excusaient a excité à son apparition beaucoup de sympathies; il s'est répandu au loin et à grand nombre d'exemplaires, et toutefois il paraîtra probablement nouveau à beaucoup de lecteurs, car il ne se trouve plus, je crois, nulle part, si ce n'est peut-être dans quelques recueils de poésie, qui ne Tont pas jugé indigne d'être conservé. Il a fait pleurer plus (rini vieux soldat dans sa retraite, plus dun vieux général dans son exil; on le récitait dans des réiMiions dofticiers; des hommes, même hostiles

Sri{ LA MORT 1)K NAPOl.KON. Il

cl l'empereur, mais qui avaient Tàme généreuse, s'en sont montrés émus. Il y a plus de tristesse que de satisfaction de vanité à rappeler de jeunes succès. On le traduisait en Ansrleterre; lord Bvron en entendait parler en Italie, et demandait aie lire; enfin, il ne lui a rien manqué, pas même les sévérités du pouvoir. Le pouvoir d'alors avait môme été sur le point de le poursuivre; il a craint d'être odieux, il s'est contenté d'être ridicule, et d'ôter au poète la pension que l'empereur lui avait jadis envoyée au collège, du champ de bataille d'Austerlitz : singulier moyen de corriger de la reconnaissance.

Il faut dire que Napoléon, alors, n'était pas à la mode comme il l'a été depuis. Honorer cette mémoire proscrite semblait de l'audace et presque de la révolte. Deux voix seulement s'étaient fait entendre, celle de Béranger et la mienne. J'associe ici deux noms de gloire fort inégale, non par vanité de poète, mais par vanité d'ami.

On compte maintenant beaucoup de poèmes écrits depuis la mort de Napoléon : l'empereur a été la muse la plus féconde des poètes de notre temps. On lui composerait avec leurs vers une nouvelle coiironne poclùjuc de ])lusieurs volinnes. Si ma voix a été entendue! (piand les autres étaient muettes, et pai' suite (le ce silence inènie , elle doit se pfM'dic

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aujourd'hui au milieu de tant de voix jeunes et brillantes, elle qui n'a peut-être d'autre mérite que de les avoir devancées.

Trois grandes strophes de ce dithyrambe , tout le morceau qui met en scène le jeune roi de Rome, paraissent ici pour la première fois , et reprennent leur place laissée vide, dans l'édition de 1822, entre la strophe xi et la strophe xv. Mes amis avaient décidé qu'elles ne devaient pas être alors publiées ; ils ont craint qu'elles ne parussent un conseil séditieux. Il n'en était rien pourtant , et maintenant que je puis dire sans détour ma pensée , que je n'ai d'intérêt d'aucune sorte à la faire autre qu'elle n'était , je ne me vanterai pas d'avoir eu l'intention d'encourager les entreprises d'un parti. En faisant paraître devant le roi de Rome un soldat l'épée à la main , j'avais voulu seulement personnifier les sentiments de l'ai'mée. C'était là, pour moi, un mouvement de poésie, et non pas ini appel aux armes.

On pourra à peine se figurer en 1843 qu'il ait été en France un moment où la gloire de l'empereur ait été mise à l'index, de même qu'en 1821 il était difficile de concevoir (ju'il se fit en sa faveur une réaction si prochaine et si immense Je ne pensais pas alors qu'il me fût donné de jamais voir ni sa statue sur la colonne , ni son tombeau à Pans. Le fondateur de

Slh LA MOHT 1)1-; NAPOLÉON. i:^

la nouvelle dynastie n'a point eu peur de ces grands souvenirs; il s'en est entouré au contraire; il en a fait sa propriété et sa gloire; il en a rempli sa capitale et son palais de Versailles. Quelques souhaits qu'on ait pu former en faveur de cette illustre mémoire, il les a surpassés. Jamais il ne m'a paru plus roi, plus ferme sur son trône ; jamais il ne m'a paru comprendre avec une plus haute intelligence la véritable grandeur, la véritable puissance, et aussi la bonne politique, que le jour où il a rendu à la France les cendres de Napoléon. Il savait bien que les nobles et grandes émotions ne font jamais de mal.

Ce n'est pas ici (|ue je voudrais dire l'impression «lue m"a fait éprouver, revenant de Sainte-Hélène après vingt ans d'exil , le cercueil de cet homme qui fut le bienfaiteur de ma jeunesse, et quelles palpitations j'ai ressenties en apercevant d'abord, à quelques lieues de Paris, briller sur la Seine, aux rayons d'un soleil de décembre qui rappelait celui d'Austeilitz, la croix d'or qui protégeait son cercueil , et qui aimonçait de loin ce funèbre retour. Depuis le Havre jusqu'à Courbevoie , les populations étaient accourues border la Seine. Ce cortège, qui n'avait pas discontinué pendant soixante lieues, ce vaisseau voilé de noir, ce cercueil sur la poupe , ce prêtre à genoux , ce beau jeune prince debout et (pii semblait présenter sa conquête

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à la France, el tout ce peuple en haie sur les deux rives , qui se découvrait la tête à mesure que le cercueil s'avançait au milieu du silence de la foule, d«; son admiration, de son étonnementet de ses larmes: c'est un spectacle que de sa vie on ne saurait oublier. La pompe impériale du lendemain sera plus grande dans l'histoire , mais moins profondément touchante dans le souvenir des témoins.

POEME LYIUOU

s r li I. A M c) i; T

DE NAPOLEON

POEME LYRIOUE

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