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LE DESASTRE DE CHIOS

Il est une ile. im jour puissante et fortunée, Qui , près de rionie et vers elle tournée , Présente à son soleil un rivage riant , Où le souffle de l'Orient Jette des fleurs toute l'année :

Reine de l'Archipel , de fruits d'or couronnée.

On la nommail (^hios. Inconnue aux hivers. En lont;; amphithéâtre assise au hurd des in(M-s.

Il 12

178 POÈME DE LA (iRÈCE.

Sa ville, par Venise et par Gêne embellie , Semblait, de blancs palais mêlés aux cyprès verts. Tnir la Grèce et l'Italie.

Par son port, son gymnase et ses lois et ses mœurs Et l'école d'Homère, illustre entre ses sœurs, Des îles du Levant Chios était l'envie, "'' Presque libre au milieu de la Grèce asservie. Ses fils pour tout tribut comme pour tout travail, A l'entour, cultivaient ce célèbre lentisque Qui distille, l'été, pour l'oisive odalisque, La gomme, heureux secours des ennuis du sérail ; Cependant qu'au milieu d'une éternelle joie Ses filles, aux yeux noirs, au sourire éclatant. Dans les vergers fleuris recueillaient en chantant

Les cédrats, le miel et la soie.

Sur les terrasses des palais On les voyait , le soir, des brises du rivage Appelant le parfum et courtisant le frais. Aux caresses de l'air livrer leur doux visage : Ou, devant leurs maisons, assises, de leurs mains Effeuiller les œillets, les roses, les jasmins, Mille fleurs, qui bientôt, en essences choisies. Allaient, tribut charmant de leurs suaves arts, De Smvrne et d'Istamboul inonder les bazars

Et parfumer les deux Asies.

CHANT I\. LI-: DÉSASTRE DE CHIOS. 17y

Tel était leur destin. Hélas ! c 'était hier! Le navire d'Europe , en traversant l'Egée , De loin croit voir encor d'une rive ombragée S'avancer des palais balancés par la mer. Faux mirage ! il approche et la terre s'élève : Qu'aperçoit-il ! rien qu'une aride grève, Rien que des bords nus, vides, désolés, Quelques maisons , qui restent dans l'espace Sans toit ni porte , où le jour entre et passe; Des pans noircis, de hauts murs écroulés; Rien de vivant, point de voix; dans la plaine Quelques lambeaux déjà sans forme humaine Pendus encore aux troncs comme eux brûlés; Et sur le bord, nonchalamment tranquilles, Vaine garde d'un peuple endormi sans réveil , Un poste d'Osmanlis qui fument immobiles, Et dont les yatagans reluisent au soleil.

ÏI.

Chios! pour ce désastre est-il assez de larmes! Oh ! qu'ont fait tes enfants! Oh ! pour quel avenir Aux Grecs libérateurs ont-ils craint de s'unir? Et contents de calmer de i)erfides alarmes.

Crédules, aux pachas onl-ils livré leurs armes!

Suis-je trompé, comme alors que sans voix

Je veux crier clans quelque horrible rêve?

Est-ce Chios que sous mes yeux je vois,

Reste du feu , du pillage et du glaive .

Cité, désert et sépulcre à la fois?

0 tout entier sous cette tombe immense . Que son peuple l'emplit d'un effrayant silence! Que de cris-, apaisés par le glaive en fureur, Dorment sous ce silence où je sens leur terreur!

Quelle clameur quand sous le cimeterre Tombaient leurs pâles habitants!

Ces lambeaux , suspendus aux troncs du sycomore, Ils fuyaient, ils criaient; encor tout palpitants Je les vois fuir ; je les entends Sous le glaive crier encore.

0 Glarakis! quelle voix m'apprendra S'il est: vivant, contre toute espérance! Doux compagnon qu'avec moi de la France La même voile a conduit vers Hvdra.

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