CHANT IX. LE DÉSASTRE DE CHIOS
Il retournait dans sa belle patrie,
Vers ses amis et vers sa sœur chérie,
Et de nos arts leur portait le trésor;
Jeune, il rêvait avec idolâtrie
La Grèce libre et son futur essor;
Il me peignait sa retraite fleurie,
Et son bonheur, qu'il préférait à l'or :
Ah ! si du sort il trompa la furie,
Qu'il me réponde et m'appelle et me crie :
C'est Glarakis! c'est moi! je vis encor. "7
— « Celui qui sauve et perd , qui frappe et qui console, L'a retiré vivant des flammes de Chios :
Les vagues de la mer, sur sa fragile yole,
L'ont du gymnase en cendre emporté vers Samos. »
— Qui parle en ce désert? d'où s'élèvent ces mots? Ou descends-tu du ciel , grave et sainte parole ?
Alors, autour de moi promenant mon regard. Je vis, frappé soudain d'une grande surprise. Du milieu des débris se lever un vieillard.
Comme on verrait monter une ombre ; et de la brise Le souffle soulevait sa longue barbe grise. A l'habit franciscain son habit est pareil; Il est ceint d'une corde; à la rude ceinture Les grains d'un chapelet pendent, et sa figure Par un chapeau de paille est cachée au soleil.
Mais, le reconnaissant sous sa teinte cuivrée, "^ Je m'élance et m'écrie : « Est-ce vous, Paul d'Ivrée? Comment vous retrouvé-je en cet affreux désert? Vous, que j'avais laissé dans Athènes, mon père, Dans cet heureux couvent, où j'ai beaucoup souffert, Mais qui garde en mon cœur une place bien chère. »
— « Mon fils , de ce couvent qui douze ans fût Je mien. De la chambre où Bvron açjitait son lïénie ,
Où, vingt nuits, j'ai veillé ta brûlante insonmie. Aujourd'hui dans Athène il ne reste plus rien, Ni du beau monument ^^^ ni de la galerie Où nous voyions, le soir, à l'heure de Marie, Se coucher le soleil au temple d"Hadrien. »
— « Quoi ! le couvent détruit? quoi, dans la ville entière
(•) Le monument choragique de Lysicrate, enclavé dans la muraille du couvent de Saint-Louis, à Athènas, passait pour avoir été en grande partie détruit lors de Tincendie du couvent.