I.IIAM \. LK IJAZAR DE SMVRNE
Kt VU, dans son harem, ravir à leur jeunesse, Hélas ! jusqu'aux doux noms que leur donna la Grèce.
Du sort qu'on leur gardait contemplez le tableau : Le voile qui cachait la rive asiatique S'est levé, comme on voit du théâtre tragique Sur des scènes de deuil se lever le rideau.
Au fond {\\m goH'e à l'eau verdiUre . '" Où tlorissait Phocée, où l'Hermus vient encor Rendre à la mer des eaux qui n'y roulent plus d'or, Un rivage brillant monte en amphithéâtre, ''■*'^ De vaisseaux, de cyprès, de minarels couvert, C'est Srayrne, et devant moi son bazar s'est ouvert:
Immense et double cloître, où des marchands sans nombre, Leur longue pipe en main . vendent couchés à Tondjre. Près de celte l'pntaine où boivent des chameaux , Kt ([ui verse, au miHeu, la fraîcheur de ses eaux ,
Quelle Ibule désespérée
Gît sur des nattes de roseaux .
Kt pleure, aux enchères hvrée.
D'Arméniens, de Juifs et de Turks enlcmrée ! '^^
198 POÈMK DK LA (iUKr.K.
On les vend : du crieiir n'eiitends-je pas l'appel? «Achetez, Efïendis, les Mlles des rebelles; Achetez leurs entants, la fleur de l'Archipel ; Ils sont jeunes, voyez; voyez, elles sont belles. >»
Grecs, voilà donc vos tils, sous la honte trend)Iantsî Nés purs, libres, chrétiens, les voilà dans l'Asie Vendus pour les harems, les fers, l'apostasie! 0 qu'ils portent envie à vos tombeaux sanglants ! Leur enfance ira-t-elle, aux sultans destinée, Traîner dans le sérail la robe efféminée De leurs infâmes icoglans !
Elles, quels destins les attendent î Vos hlles, quel spectacle! en un bazar honteux Otîertes aux regards d'hommes qui les marchandent ! Qui, telles qu'un coursier, les jugent et commandent
Qu'on les promène devant eux î
Ah ! leur douleur est bien amère .
Au soleil on découvre nus
Ces charmes à peine connus, oléine dans le berceau, des reu^iids d'unr mère!