‹ ŒuvresChapitre 47 sur 65 · I,E PARNASSE · texte numérisé non relu

I,E PARNASSE

Celui ({iii sur l'eau de mémoire Jette un souvenir de Midas !

Hélas ! hormis celte fontaine Dont le bruit jamais ne cessa, l'^t qui court, entendue à peine.

Mourir dans la mer de Crissa, Tout est muet sur le Parnasse :

Tous ses dieux ont quitté la place Où leurs chants seraient superflus ; Et les neuf vierges immortelles Sur la cime où posaient leurs ailes Aux hommes n'apparaissent plus

Mais , sur le sacré mont encore, Comme un souvenir de ses dieux, .le ne sais (piel esprit sonore Hante les rocs mélodieux ; 11 vit dans la terreur sacrée Q[ii des grottes garde l'entî'ée.

11 dort dans leur muette nuit.

Avec la chaleur il bourdonne, Avec les oliviers frissonne , Avec l'eau murmure et s'enfuit.

Dans la nuit prolongeant ma veille.

IfO POÉSIES SrU I.A (ilU-CE.

.]*ai. (les rochers muets et nus.

Senti venir à mon oreille Des sons magiques, inconnus.

Doux comme Éole qui soupire.

Comme im chant vague, dont expire Le lointain et dernier accord .

Connue une musique cessée, Qui n'est plus. que dans la pensée.

Et qne Toreille écoute encor.

Âh ! comme mon âme est troublée 1 Que me veut ce secret désir?

Sur cette montagne isolée Quel espoir m'est venu saisir?

Je me sens, moi faible poêle.

De cette puissance muette Au-delà de moi transporté :

11 semble à mon ànie ravie Qu'en mon sein couimence une vie Capable d'immortalité.

Parnasse! en ma chère conlrée Je vais retourner désormais :

Qu'on sente à ma voix ins])irée Que j"ai bu Tair de tes sommets:

Ht comme, des chamj)s de Syrie,

LE PARNASSE. 24 i

Le pèlerin , vers la patrie,

Porte une palme à ses foyers,

De mon sacré pèlerinage

Qu'aux miens je porte en témoignage

In lameaii pris à les lauriers.

ITHAOUK

ITHAOl E

néccmbre tS2l

Versez, versez, jusqu'au bord de nioii verre De ce vin noble et généreux , Né chez Ulysse, au sol pierreux Tant chanté par le vieil Homère.

Versez ; c'est la première fois Qu'amené dans notre Lutèce .

Cet aimal)le enfant de la Grèce Rit à la coupe du Gauli)is.

J'en ai chargé moi-même le navire Oni , jusques an port phocéen, Dans nn cristal ionien , Pour vous l'apporta de Corcyre.

Qu'il soit cher à tout l'univers !

Si l'on en croit la renommée , Homère, à la table d'Eumée, Souvent y puisa de beaux vers.

Tandis qu'ici l'hiver, d'un frein de glace , Arrête la course des eaux , Que les feuilles et les oiseaux A ses neiges cèdent leur place , Ah ! loin de nos sombres climats.

Que je revole à ces rivages Où rayonne un ciel sans orages Sur une terre sans frimas !

Versez, versez , jusqu'au bord de mon verre. En moi je sens avec ce vin Pénétrer comme un feu divin Qui brûle mou àme et Téclaire ; Je sens monter vers mon cerveau Je ne sais quels légers nuages.

Où se colorent les imau:es l)"un pavs lointain et nouveau

ITIIAOIK. 211

^r vois, jp vois. IMéïade d'Ionip, Savancer tes îles d'azur.

Qui, comme en un ciel calme et pur.

Scintillent sur la mer unie ; Et Leucade, où pleura Vénus, Et Zamhe , de myrtes ornée , Et Corcyre , encor couronnée Des orangers d'Alcinoiis.

Versez, versez. Derrière elles s'élève Une île... Ah ! je la reconnais !

Piiis-je hit'u l'oublier jamais.

L'île où j'ai fait un si doux l'ève ! J'aperçois du Nérite obscur Blanchir de loin le monastère; Ithaijiie, s'avançant austère, M'ouvre son sein profond et sur.

Ku vain du froid le hêtre ({ui s'enilanmie Vient m'avertir en pétillant ; D'iu» ciel doux et chaud et brillant Le soleil reluit dans mou âme :

Je sens de suaves chaleurs (>omme à la saison renaissante El pinni l'hcrlx' éblouissante L aubépine éclalc de tlcurs.

2i8 POÉSIES SUR LA GRÈCE.

Versez , versez , jusqu'au bord de mon verre. Épuisé d'un mal dévorant, Je languissais faible et mourant :

J'ai touché cette douce terre , J'ai bu de son vin enchanté.

Et dans mon sein , las de souffrance, J'ai senti couler l'espérance VA s'épanouir la santé.

Oh ! quel plaisir de se sentir renaître Sous les doux rayons du soleil !

De voir, après un froid sommeil .

La terre et les fleurs reparaître 1 D'aller, d'un pied mal affermi .

Jouir du ciel qui les décore .

Appuyé d'un bras faible encore Au bras complaisant d'un ami 1

C'était l'automne ; et, de fleurs étoilée, L'herbe brillait comme au printemps.

Nous allions, calmes et contents.

Le long de l'-aimable vallée ; Nous suivions les étroits sentiers Pendus aux collines glissantes, Parmi les vignes rougissantes VA les verts bouquets d'oliviers.

rrilAUlK. 2.49

Versez, versez, jusqu'au bord de mou verre. Tantôt, daus une barque assis, Nous clierchious soit du dieu Phorcys La grotte et le port sobtaire, Soit l'étroit et secret vallon Où (]orax voit les chèvres boire A la sonrce limpide et noire Oui d'Aréthuse a le doux nom.

J'aime à voguer le long de cette rive, Où Télémaque, de Pylos Rentrant assiégé de complots .

Abrilait sa voile fnrtive.

Un soldat, debout nuit et jour Tel ({u'une statue immobile.

Semble encor, des sommets de Vile, Sm* l'onde épier son retour.

J'aime à revoir ce rameur chargé d'âge Qui nous montrait ces rocs déserts, Et comme eux, sous de longs hivers.

Paraissait battu de l'tu-age :

Vieil écueil , aux tlancs tout usés.

Qui, tranquille après la tempête, Mftntre encore enqireints sur sa tète Tous les flots qui s'y sont brisés.

->oO POÉSIES SUR LA GRÈCE.

Le Nil lointain avait sur son rivage Vu ce Grec parmi nos Français ; De Bonaparte et de Desaix Il avait connn le visa2:e ; 11 avait servi les couleurs Que vingt ans aima la victoire; Il nous racontait notre gloire , Et nos yeux se mouillaient de pleurs.

Versez, versez, jusqu'au bord de mon verre. Vieux rameur, ijuide ton bateau Vers le pied du prochain coteau D'où cette onde descend si claire.

Je veux lire Homère et m'asseoir Auprès de la soiuTe sacrée :

Toi , dans cette anse retirée , Tu nous attendras jusqu'au soir.

Du haut sonmiet des roches escarpées.

On voit de loin , au bout des eaux , Passer les voiles des vaisseaux , D'un soleil rougissant frappées.

Elles nous laissent à l'écart :

On sent d'ici rouler le monde; Mais l'ile, dans sa paix profonde.

N'y semble pi'ciKh'c aiicimc part.

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