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290 NOTES Dl rOH.MK DK LA (JRKCH.

ruisseaux , de ces arbres, de ces fleurs, quelque chose qui s'harmonisait avec ma joie. La nature n'agit point comme les ouvrages des hommes; ils vous appellent à eux; elle, au contraire , elle vient à vous , elle se met de votre intimité ; c'est une amie qui entre dans vos sentiments et vos pensées; elle s'y mêle sans les troubler, elle y ajoute seulement je ne sais quelle chaleur douce qui les anime et les échauffe : vous sentez venir en ^ ous comme une a oix secrète qui répond à votre cœur.

La vallée de Sparte favorisait merveilleusement une disposition semlîlable à la mienne. S'il est un lieu dans le monde où l'on doive le plus désirer de se retrouver avec les gens qu'on aime, c'est bien ce lieu-là.

Qu'on se figure un immense hippodrome, formé, à l'ouest, par la chaîne élevée du Taygète; à l'est, par les monts Thorax, Olvmpe et ^[énélaion; au nord et au midi, par des collines qui s'abaissent en étages vers la plaine ; et qu'on place dans ce a aste ovale , le long duquel serpente l'Eiu'otas , la culture la plus admirable et la plus variée, des champs ensemencés de blé, de maïs, de coton ; des villages riants, des chapelles isolées sur des monticules, des plantations de mùl'iers , des sources abondantes et des ruisseaux courant de toutes parts ; mille chemins charmants entre des haies touffues et odoriférantes où le sureau, l'épine, la a igné sauvage, sont unis à l'arbre de Judée, aux lauriers-rose; une abondance prodigieuse d'arbres , de fleurs et d'herbes , de toute espèce, de tout pavs et de toute saison, on aura quelque idée de la vallée de ]\listra. Elle fait penser à la l-'rance, à la vallée de TuUin, à celle de IMontmorency. Mais il y a au milieu delà plaine tm palmier qui avertit qu'on est en Orient; il

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y a, derritTC >Iistra, une moiitafîne, et sur les eoilines du nord, des débris, qui disent a\ec puissance que vous êtes en Grèce. Le Taygète , la mémoire de Sparte , et enfin le nom de l'Eurotas attaclié à cette eau qui coule, sont des choses qu'on ne peut retrouver dans aucun autre lieu de la terre.

La vue qu'on a du haut des collines de Lacédémone est peu étendue, et hieu que, de là, la vallée soit loin de paraître stérile, elle est loin aussi de se montrer dans tout son avautage. 11 faut la voir de quelque penchaut du Taygète, ou du monticule d'Agio-Kyriaki, ou bien encore des hauteurs qui dominent Mistra. C'est du haut de la citadelle en ruines ((uon l'embrasse le mieux dans toute sou étendue. .Mais pour la bien connaître, pour en jouir, il ne faut pas seulement la parcourir des yeux ; on n'eu a de loin qu'une idée fort im- ()arfaitc; il faut suivre les détours de ses ruisseaux, de ses ( liemins, de ses allées, la parcourir en tous sens; alors on peut vraiment dire (ju'on la connaît et qu'on en a joui ; alors on sent bien jnieux Sparte qu'en voyant la place de Sparte même. On la retrouve dispersée en cent heux, au pied des arbres, sous les herbes, au bord des sources; à chaque pas (|u'on fait, on heurte Sparte; c'est une pierre, c'est une colonne , c'est une inscription; ou dirait qu'un ouragan est venu souffler sur la \ille, et a emporté çà et là ses débris. Os vestiges qu'on rencontre, en se pnmienant, sans les chercher et d'une manière tout impré\ ne, donnent nu grand chai'me eiu-ore à des lieux (|ui a\aient assez de leur propre (liarnic pour plaire et enchanter.

21)2 NOTES 1)1 POkME DI- LA G II K CE

Vfndivfii , i-\ juin.

Je lie puis me séparer de Sparte ; j'y re^iens encore. J'ai besoin de fixer ici, pour les retrouver plus tard, chacun des jours, chacun des moments que }a\ passés dans cette vallée. J'v ai joui d'un bonheur sur leijuel j'aime à appuyer. 11 y a des lieux (fu'on voudrait pouvoir emporter tout entiers avec soi; il y a des heures qu'on voudrait faire durer sans cesse.

Ainsi cette promenade faite sur le Taygète , le lendemain de mon arrivée, comment consentir à en rien oublier? Ces belles formes de monta^ïnes que l'approche du soir colorait de teintes variées et à chaque instant nouvelles; ces rochers sévères et riants a la fois; ces aspects sans cesse changeants du vallon tourmenté que termine la grande et paisible vallée de IMistra ; ces ondulations des collines , ces sources limpides et ombragées ; ces ruisseaux faisant tourner çà et là des moulins, la fertihté naturelle et cultivée de tous ces penchants, ce château dont les créneaux en ruines s'élevaient au sommet du mont, et, au-dessous du château, toutes ces demeures d'une ancienne ville abandonnée, dont il ne sortait ni fumée ni bruit; je voudi'ais pouvoir tout fixer ici, afin qu'aucun aspect, aucune impression, aucune couleur, aucune nuance, ne sortît jamais de mon souvenir. C'est là que nous avons vu cet admirable cyprès si pittores(|ue, autour duquel on fait tourner un ruisseau pour en rafraichh' les rachies et en entretenir la verdure; c'est en montant au Taygète que nous avons rencontré cette jolie fontaine qui coule dans le sarco-

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phage de maihic sur k*(jiiel sont sculptées des nymphes dansantes.

Virginibus baocliala Lac;enis Taygeta !

tn revenant de cette promenade faite le soir avec A ,

au milieu de ces causeries et de ces épanchements d'amitié «pie dL\ mois de séparation rendaient si doux , j'ai vu un berceau suspendu, près d'une maison de paysan , aux branches d'un figuier, comme une balançoire. C'est une chose gracieuse et poétique que cette manière de placer un berceau. La mère va travailler sm* la montagne ou dans les chanqjs ; elle laisse son enfant près de sa maison , à rond)re , sous la garde du chien de Laconie, et elle abandonne au vent le soin de le bercer.

Une autre promenade charmante que je ne saurais omettre de fixer ici, c'est celle que nous avons faite en revenant des collines de Sparte vers la villa turque qu'on distingue, au JiiiUeu de la plaine , à ses hauts cyprès. Elle parait de loin environnée de tant d'ombrage et de fraîcheur qu'on s'y sent involontairement attiré; et, quand on y arrive, le charme du heu ne dément pas l'idée qu'on s'en était faite d'abord. La maison n'est rien et son jai'din est peu de chose. C'est maintenant la demeure d'un régisseur et le centre de sept fermes d'Ali-bey, petit-fils d'Ibrahim, l'hùte de 31. de Chateaubriand. Nous y sommes entrés, après toutefois que le régisseur eut fait cacher les femmes; un escalier délabré nous a conduits à de grandes ])ièces plus semhlahles à des greniers qu'à des chamhres, où les femmes, a>ant notre arrivée, travaillaient à la soie, et où des cocons en grande

quantité étaieut étendus sur des claies. La vue qu'où a de tous les ])oints de cette maison est fort belle ; mais rien de plus frais , de plus riant , de plus joli que son jardin extérieur, car la campaiïne qui Tenvironne est un véritable jardin.

Il y a là deux sources, voisines l'une de Tautre, ombragées, Tune d'un ])eau i)latane, l'autre d'un beau chêne ; ces sources s'épandent en ruisseaux limpides qui vont couler entre des lauriers-rose, des grenadiers en fleurs, des figuiers où pendaient des figues bonnes à cueillir, des mûriers, des citronniers, et mille haies de clématites embaumées, de plantes touffues et grimpantes , où la vigne sus])end ses grappes et répand la grâce de son feuillage : un petit sentier près de l'eau qui coule , un petit pré bien vert planté de trembles, des colonnes de marbre renversées au bord du ruisseau et se prêtant à former son canal, le contraste des cyprès noirs de la ferme d'Ali-bey avec Ja riante verdure, il y a de tout dans cet agréable coin de la vallée, pour plaire aux yeux , pour attirer le cœur et faire rêver la pensée. IVous nous y soimnes oubliés longtemps , plusieurs liem'es , que sais-je? presque une journée. Nous nous y sommes étabhs; nous avons laissé nos chevaux paître à l'aventure. On a étendu lui tapis au bord de Teau, sous le grand chêne; et là, nous avons joui délicieusement du plaisir de respirer le frais , de lire, de dormir, de rien faire, de causer, de garder le silence, Hbres , loin de toutes les contraintes , sans autre pensée et sans autre sentiment (pie cehù de notre bonheur. Nous avons diné sur l'herbe, et Peau (pic nous mêhons au vin résineux d'Athènes, on la puisait au numient même dans la source. Près du nuu- de la ujaison, par-dessus lequel débor-

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daieiit les fleurs rouges et éclatantes des grenadiers, on avait allumé du feu; c'était là notre cuisine, et le poulet que Déinitri taisait rôtir tournait devant la llanune, en plein air, attaché à une broche de bois d'olivier. Des paysans curieux s'étaient arrêtés à quelque distance, tous avec un costume et dans une attitude pittoresques , et le couteau dans la ceinture ; un herger portant le bâton arcadien , et la tête couverte d'agnus-castus, était assis dans un grand vase de marbre, vérital)le berger de bas-rehef ; une jeune lille lllait près de la source ; une femme, ])ortant son enfant dans ses bras, venait puiser de l'eau dans sa cruche à deux anses : un Turk passait à cheval, la ceinture chargée d'armes , tandis qu'un autre ïurk faisait sa prière.

Il y a, près de Mistra, un autre lieu également agréable : c'est la fontaine de Parori.

Cette fontaine, appuyée contre un rocher au pied du mont Taygète, dojme son eau par sept tuyaux, et l'eau trop abondante se l'épand encore au-dessus, et tombe du rochei-, d'une chute naturelle, parmi des lauriers -rose, puis, après sa chute, elle \ a couler dans plusieurs canaux qu'aident à former çà et là des colonnes antiques, des chapiteaux, des pierres de marbre ; et de vastes platanes , élevés auprès , couvrent les courants, et ajoutent à la fraîcheur de l'eau celle de l'ombre. On trouve le frais en ce lieu à toutes les heures du jour; aussi parait -il être le rendez -vous favori des Turks de 3Iistra. C'est la (pTils \iennent, entre leurs rejias, employer le tem|)s (jui leur reste, au pied du gros platane. La scène est pittorescpie et semble disposée |)our im tableau: c'est un groupe de personnages (jui causent doucement assis en cercle, les jand)cs croisées; un Tartare qui

^i96 NOTES DU POÈME DE L4 GRÈCE.

passait , s'arrête et se repose un moment avec eux , tandis qu'on tient son elieval par la ])ride à peu de distance. Le long })onnet noir qui surmonte son front farouche, les pistolets enrichis d'argent, lecarhi, le yatagan, toutes ces armes qui chargent sa ceinture forment contraste avec le turhan de ce jeune homme, tondiaut en franges sur son épaule, et les costumes paisihles de ses compagnons. Ils prennent le café. Auprès, autres scènes : celui-ci fume, couché au bord de l'eau ; celui-là , immobile , la regarde couler ; cet autre s'est endormi à son murnuu'e. Plusieurs, çà et là, debout, ou appuvés contre des arbres, ou assis sur le rocher, semblent poser pour le peintre. Cependant quantité de raïas et d'esclaves, hommes, femmes et enfants, empressés autour des sept tuyaux de la fontaine, y remplissent de petits tonneaux qu'ils chargent ensuite sur des mulets. Un étranger paraît, cette femme s'arrête dans son ouvrage pour regarder l'étranger 5 tous ces yeux, comme de concert, se tournent vers lui à la fois.

Le soleil, passant çà et là à travers les feuilles fraîches et transparentes du platane, éclaire par places la fontaine, l'eau qui coule, et tous les ])ersoinîages de cette scène variée.

Nonilreiii i3.

Amyclée a eu à son toui' notre visite. C'est là que notre promenade à cheval s'est dirigée cette ai)rès-midi. Une reste |)lus rien à Amyclée de ses temples et de cette p(»mpe qui y appelait les Lacédémoniens au temps des fêtes d'Hyacinthe , maison y trouve quelques débris, quelques marbres iuté-

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