‹ ŒuvresChapitre 52 sur 65 · D'ATHÈNES A SPARTE · texte numérisé non relu

D'ATHÈNES A SPARTE

ressauts, enclavés dans les murs des petites églises dont la plaine est semée. De Téminenee oii est placée Tune de ces églises , ])res(|ue tontes ouvertes et abandonnées, d'Agio- Kyriaki, on jouit d'une fort belle vue qui embrasse le cours de l'Eurotas jusqu'au-delà de Daphné. (/est près d'Amyclée que nous avons trouvé le torse d'une cbarmante petite statue de femme. >'ous l'avons déterrée à grand'peine avec nos ongles et nos sabres dans le lit de ce torrent, actuellement à sec, dont les lauriers-rose et les aguus-castus iudi- (juent le cours dans la plaine, et qui y renqîlace ses larges eaux par une inondation de fleurs.

Au retour, les célèbres chiens de Laconie nous ont beaucoup tourmentés. C'est une race d'animaux fort grande, fort belle, mais fort méchante. Us nous harcelaient sans relâche; ils s'appelaient, en quelque sorte, les uns les autres; ils bondissaient en troupe autour de nos chevaux et mordaient avec rage le pan de nos habits ; ils montraient des dents magnifiques. >'ous avons imprudemment tiré nos sabres , et nous n'osions en faire usage de peur de recevoir (pielque coup de fusil de leurs maîtres, que nous apercevions de loin riant de notre embarras.

Sur le chemin d'Amyclée, cha])elle vêtue de lierre, où nous avons trouvé, avec des colonnes anticpies, un autel de sacrifices sur lequel brûlait une lanq)e chrétienne ; autre chapelle entourée de cyprès, dont le porticpie, formé de lauriers-rose et de vignes, versait tant de fraîcheur audessus d'un ruisseau.

Mais quel que soit le charme de cette xallée, plusieurs choses, il faut le dire, enq)è('heraient d'en trouver huigtemps le séjour agréable. Ses habitants sont malveillants et

haïssent l'éti-aiiger. On y est heureux tant qu'on habite seulement avec la nature, on cesse de l'èti'e dès qu'on rencontre des pas d'homme. Une promenade un peu écartée est rarement sans danger. Les Bardouniotes et les ^laïnotes sont gens dont l'approche est souvent lâcheuse. Eniin , l'air de 3Iistra est lourd et liévreux pendant un certain temps de l'année , à cause des exhalaisons qui sortent des eaux stagnantes de l'Eurotas , près d'Hélos. Le vent renvoie ces exhalaisons dans la vallée qui, bornée de tous côtés par de hautes montagnes, ne peut leur donner issue. On est sou- Ncnt pris ici de l'euxie de dormir. Chaque jour il faut que nous fassions eifort pour nous réveiller, et nos domestiques, gens vigoureux et diligents, se plaignent de ne pouvoir ou- >rir le matin leurs \eux appesantis.

Nous avons ce soir dit adieu à Sparte du haut de la citadelle de Mistra.

Samedi, '2i juin.

Il faisait à peine jour, quand nous sonnnes partis de -Mistra. ]Nous n'avons pas laissé sans regret notre jolie maison et cette galerie dont nous avions fait notre cabinet d'étude, notre salle à manger, notre chambre à coucher, et où nous dormions [)resque sous les étoiles, si contents de retrouver avec le jour, en ouvrant les yeux, la vue de l'admirable vallée. A l'heure oîi nous sommes partis, tout commençait à se mouvoir dans la \ille, chacun va([uait déjà à son ouvrage, les petits Spartiates étaieut déjà couchés, le long des murs, dans leur école, el leur luaitre étendu au milieu d'eux.

IVATllKNKS A SPAUÏK. 2iM»

Il est midi. Sparte est loin. I/Eurotas, dont notisaNons suivi tous les détonrsius(|n'a sa sonree, nons a (inittés. Le Tavgète seul nous aeeonipa^iie eneore et nous doit aeeonipagner jusqu'à l.eueties. Nous \oiei auprès de Tune dts sources de l'AlpIiée ; il naît dans un berceau de platanes.

NOTKS

or CHA^T PHEMIER,

NOTi: 2, PA(ri: fi 9.

Le Thémistocle.

Le Théniistoclc tst le nom du vaisseau hvdriote à bord duquel l'auteur de ees eliaiits a fait voile pour la Grèce en 1820, et où il a entendu en elïet pour la première fois la chanson nationale de Hhigas.

C'est ce même vaisseau qu'on a vu, en 1821, à la tète de la (lotte grecque, révolutionner les îles de l'Archipel, sous la conduite de son capitaine, J. Tombasis, devenu navarcpie ou amiral de l'inion.

Jakomakis Tombasis, si ce livre tombe sous ses veux , ne verra sans doute pas sans intérêt le premier de ces chants consacrer le souvenir d'un connnnn voyage. Celui qui fut son hôte à Hydra, et qui demeure en l'rance son ami, aime a mêler ici l'hommage d'un étranger à celui de s(s concitoyens, et il se sent lier et heureux que l'objet de son affection et de sa gratitude particulière le soit aussi de celle de toute la Crèce '■■^''.

(-) Il laiil se rdincliT <iiic cos iiotc.> oui oU' écrites cii IN27.

ifOi NUTi:s 1)L lM)i:MK DK LA GRKCK.

NOTK i, PAGE 70.

N'est-ce pas de Rliigas la chanson \en<zeresse?

La clianson de Rhifïas est la Marseillaise grecque : air et paroles, c'est nue imitation de celle qui a conduit si souvent nos armées à la victoire. Puisse l'imitation devenir complète pour la Grèce !

^ On n'a pas prétendu ici la reproduire , mais en indique)seulement le sens général et le refrain.

Gette pièce, que lord lîvron appelle quelque i)art la meilleure des chansons grecques, est, ce me send)le, i)cu l'emarquable,sion la juge sous le rapport du mérite poétique. C'est une action plutôt qu'un ouvrage. Appellerions-nous la chanson fameuse de Eouget-Delisle la meilleure des chansons françaises? Que diraient les admirateurs de Béranger? Lord Bvron a donné du asùtj ^rau^c; une belle traduction , faite toutefois d'après une copie inexacte. Le texte qu'il insère dans ses notes n'a que quatre couplets, le texte original en a sept.

Loin d'être la meilleure des chansons grecques, elle n'est pas même la plus belle parmi les ])ièces patriotiques du même auteur, et on lui préfère de beaucoup la chanson jnontagnarde : j'i; -otc TTaXXr./.as'.a, etc. « Jus(jucs à quand, l'allicars, nous faudra-t-il, comme des lions, vivre seuls dans les détUés, sur les hauteurs, dans les montagnes, etc. » ( Voyez cet hynme de guerre dans l'intéressant recueil de l'auriel , tome 11.)

Bhigas était Thessalien, né vers IT.'):'). La révolutiou fraucaisc porta toutes ses idées \ers raIVranchissement de s<»u

CHANT PHI". M IKK :wi

propre pavs. (l'est à cette époque et dans ce but qu'il parvint il former une irrande société secrète, où il fit entrer même des Turks. Ses chansons nationales , dont il courut bientôt un prrand nombre de copies, firent très-grande sensation en Grèce. Mais, trahi dans ses projets par sa propre imprudence, il fut li\ré aux Turks par l'Autriche et décapité à Beltrrade. On jeta son corps dans le Danube.

Cette mort, qui fit bruit en Europe et fut pleurée par la Grèce entière, arriva au mois de mai 1708.

INOTE 4, PAGE 70.

Quand ces chants mont frapix' pour la promiero fois. Dans un vaisseau d Hsdi;! . sur l;i mer (rionio. .le voguais, etc.

Je me suis embarqué pour Athènes le 5 mai 1820, sur le Thémistocle, le plus beau de ces vaisseaux d'Hydra, qui passent pour les plus élégants et les plus rapides de FArchipel.

Je me trom ais la transporté en Grèce comme par enchantement au sortir du port de ^rarseille. Seul Français au mi- Meu de cent matelots hydriotcs, la langue, les co.stumes, les mœurs, les habitudes, tout de^ enait à la fois et en un moment nouveau pour moi. Ea Grèce était empreinte dans chaque partie du >aisseau ; j'aimais à retrouver son génie et ses beaux noms, jusque dans des objets qui ne m'en offraient (prune ap|)li(ati(>n vaine et puérile. Ghaque lieu était einhelii d'appellations poétiques. Là on lisait : 'J'emple de Vénus, va.; tt: ko-^'M-:-;; la Tenq)le de Diane, ■/«; tt; Àp7=y.^o;; ailleurs. Temple de Galy|»s(), ,7.-.: tI; k«/,j:'.j:. Ge temple-là

.{04 NOTKS Df POi'.MK 1>K LA GKECl-:.

('tait, s'il m'en souvient, le poulailler. Les canots du Tliéniistoclese nommaient, comme jadis les enfants de Thémistocle lui-même, L\simaque, Ncoclès et Aspasie; les canons, c'étaient Svrius, Arcture, Orion, Castor, Persée, toutes les étoiles du ciel, il n'v avait pas jusqu'au chien du vaisseau qui n'eût un nom poétique.

Kipêspc; ! K-f€c5c;! Ou entendait les matelots faire retentir ce cri à bord toute la journée; et quand ils dormaient, la nuit, la tète appuyée sur raffut des canons, c'était (berbère qui veillait ])rcs d'eux, et qui nuMne, je m'en souviens, faisait Ixmne et terrible i>arde.

>OTK 5, PAGi: 71.

C'est elle! la voilà. C'est la terre sacrée. La patrie , etc.

Mot du matelot i>rec qui vint m'annoncer qu'on découvrait la terre à l'horizon. C'est le 26 mai, à la pointe du jour, que j'ai pour la première fois aperçu la Grèce.

Elle s'était approchée pendant la nuit. Cérisjo venait audevant de nous. Le soleil se levait sur ses montagnes et sur le golfe de Laconie. On ne peut se défendre à cette première vue de beaucoup d'émotion.

C'était un charmant s])ectacle que celui de la joie qui rem- [)lissait le bâtiment aux ap|)roches de la patrie. Le Thémistocle allait légèrement et toutes voiles endées. La mer, bleue comme de l'indigo, paraissait fuir sous lui et courir à ses côtés avec la rapidité du Rhône. Rien que la chaleur fût grande et accablante, point de sommeil de tout ce jour-là. On avait élen(hi la tente, jeté des tapis sur les bancs; on

CHANT PHHMIHH. 305

dansait, on taisait de la musique; le violon de Svrivano et le luth du matelot s'excitaient l'un l'autre, passant tour a tour des airs nlolda^es et albanais aux airs mélancoliques de la l'unîuie, aux airs rapides de la Grèce; puis la chanson nationale de Rhigas. D'ahord un matelot seul chantait, peu à peu tout le monde s'en est mêlé, le capitaine connne l'équipage. 11 ét»it touchant de voir ces Grecs s'animer au mot de patrie. Us frappaient \iolemment du poing sur la tahle, aux refrains de \ engeance et de liberté. Tls ont bien montré depuis que ce n'était pas là une exaltation vaine et que le ftu sacré vi^ait encore dans lem's âmes.

jNous comptions, grâce au Acnt favorahle, arriver dans la nuit à Hydra, mais un calme subit nous retint deux jours au milieu des petites iles qui entourent la grande.

Pendant ce calme, un grand nombre d'Hydriotes \inrent dans leurs barques élégantes faire visite à bord. On v apporta les nouvelles politicpies du pays, nouvelles qui paraissaient faire sur Tombasis profonde sensation. J'entendais f)i'ononcer fréquemment le nom d'Ali-Pacha. Le grand événement du jour était rarmement de la Turquie contre ce vieux visir. Cette guerre, et les espérances qu'elle fit tout à coup naître, semblaient être l'objet de grands concihabules. Ils se mettaient en cercle à l'écart, parlaient bas, prenaient un air sérieux et plein de m.\ stère. >ul doute que cette guerre des Turks entre eux n'ait éveillé partout en ce même temps les projets que peu de mois a])rès nous avons vus éclater. L'occasion dut en effet paraître belle aux Grecs, leur> ennemis étant aux prises, et l'attention de la Porte tout entière déloui'uée vers .lanina. Kn songeant que c'est Tombasis qui, un an après, a pareille époque, alla soulever les iles de TAr-

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