‹ ŒuvresChapitre 53 sur 65 · II · texte numérisé non relu

II

chipel à la tète d'une flotte j?iTcqiie, je ne puis me défendre de penser que j'ai en quelque sorte \u naître parmi les Hydriotes la première idée de leur insurrection.

Sa iïloire vingt siècles flétrie.

C'est en 1453 que 3Ialioraet II mit fin u l'empire ijrec, mais la dégénération et l'asservissement de la Grèce remontent réellement à la conquête de SvUa.

Mais toi surtout, leur chef, toi. jHiissant Tombasis.

Le premier des enfants d'Hydra, D'affranchir sa patrie il tentera la o;loire.

Le sénat d'Hydra, le 22 avril 1 822, en même temps qu'il fit sa déclaration d'indépendance, nomma navarque de toutes ses forces navales Jakomakis Tomhasis, capitaine du Thémistocle. (Vovez Poucpiev ille, Hist. de la Régénération.) Ce décret à peine connu des iles de Psara et de Spetzia, elles se mirent, avec une généreuse abnégation de toute rivalité, à la suite de Tombasis, et le proclamèrent navarque général de l'Union.

Hydra joue un si grand rôle dans la lutte qui fixe l'attention de l'Europe, et elle tiendra tant de place dans la suite de ces chants, qu'il ne me semble point inutile de dire ici, dès à présent, ce que j'en ai vu.

Il serait difficile de se figurer un aspect plus stérile que

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celui qu'offre d'ahartl cette ile; la seconde im|)rcssiou qu'on eu reçoit, quand on \ est descendu , ne change que peu de chose à la première.

Qu'on se représente un rocher d'environ trente-trois milles détour, nu, sans arhres, que quelques figuiers; sans herbe, sans eau, sans le plus petit coin ([ui ait a])parence de fraîcheur et de culture ; sans terre, même pour ensevelir les morts, car les riches font creuser leurs tomheaux dans le roc, et les f)auvres sont forcés d'exi)atrier leur cercueil et d'aller se taire enteri-er en ]Morée.

f.a \iile, on du moins l'amas de maisons qui entoure le |>etit port et regarde la :\rorée, est le seul endroit habité de l'de. Une ou deux maisons encore s'aperçoix eut en haut de la montagne. Des couvents , celui de Saint-Nicolas entre autres, où Colocotroni et les chefs moréotes furent enfermés en 1825 après leur révolte, se montrent aussi çà et là sur les sommets dépouillés; le reste est abandonné aux chèvres. Au bord de la mev sont |)lusieurs moulins à vent, dont les grandes ailes découpées a jour ressend)lent , quand elles restent immobiles, aux préparatifs d'un feu d'artifice.

On dirait <jue les premiers habitants d'Hvdra ont mis exprès leuis demeures dans la place de l'ilela plus hérissée de rochers, la plus difficile, la plus montueuse. Les maisons, aux toits aplatis, disposées en amphithéâtre et comme i)ar étages, sont mêlées parmi les rocs, l'oint de rues, mais des escaliers et des ruelles grinq)antes, tortueuses, sales, remplies d'enfants, de poi-leset de cochons,- d'enfants surtout en prodigieuse quantité; point (riionnnes, si ce n'est au port. Telle est, on du moins telle elait \\y\\\\ peu de temps avant l'insurrecl ion.

.J08 notf:s du poème de la g ri: CI'.

Si on en juge par des ruines d'église, cette île, dont lord Byron paraît avoir fait l'île de son corsaire, était assez habitée dans le moyen âge. Ses rochers furent d'abord un repaire de pirates, d'autres disent un asile de |)ècheurs. Peu à peu la pèche ou la piratei'ie , ou , si l'on veut, l'une et l'autre, les ont enrichis.. Les Hydriotes ont agrandi leurs barques, ils en sont \enus à bâtir des maisons autour du port, et enfin ils ont acquis de la réputation sur mer ; mais ce n'est que depuis trente ans environ que leui- marine a pris un notable accroissement, La révolution française leur a été très-profitable. Notre port de Marseille dès lors a vu souvent leurs navires, qui faisaient a meilleur marché que tons autres le transport des blés. De cette époque datent les grandes fortunes du pays. Hydra a amassé en > ingt ans plus de quarante millions. Ses cent cin([uante vaisseaux , jusqu'au moment où elle les a changés en bâtiments de guerre, faisaient à peu ])rès tout le connnerce de la mer Noire et de la Méditerranée, concurremment avec ceux de Spetzia et de Psara.

Hydra semble donc avoir agi encore plus généreusement (jue les autres pays delà Grèce dans la lutte actuelle, puis- (fu'elle a sacrifié à la liberté commune et aux incertitudes de l'avenir une grande fortune et un état tranquille, qui f l'était pas sans une sorte d'indépendance, car les Hydriotes n'étaient plus raïas de la Porte ; ils avaient reçu d'elle assez récemment le titre de néferhdes ou auxiliaires, titre qu'ils partageaient avec les Spetziotes et les Psariotes. Tls n'avaient point de Turks chez eux, si ce n'est un pauvre diable de gouverneur sans intluence. Ils se régissaient par eux-mêmes, libres de nommer leur sénat et d'élire son président ; seule-

CHANT PREMIF.H. 309

ment , chaque aimée ils étaient tenns de fournir au (irand Seigneur eincj cents marins.

S'il en faut croire une lettre écrite par le tétrarque de Psara, Hydra et les autres îles de l'Archipel possédaient à l'époque de l'insurrection i,(M)0 canons et 60,000 fusils. Le désarmement dont le sultan les menaça fut même un des principaux motifs qui les firent éclater. Chics a montré hientôtquel sort leur était réservé à toutes, si, aussi ohéissantes, elles avaient de même liNré leurs armes.

Le rocher d'Hydra, siège de l'amirauté grecque, a aujourd'hui (1827) une hihliothèque et des écoles. Il a aussi un journal, mais un journal qui, de même que celui d'Athènes, ne se ht guère encore, il est vrai, ni à Hydra, ni à Athènes, ni en Grèce. C'est pour l'Europe qu'on écrit ces feuilles; en Grèce, l'hahitude n'en est pas encore prise ; on se transmet tout à l'ancienne façon. Comme il n'y a |)as de postes établies, la rumeur publique répand partout les nomelles plus vite que ne le pourraient faire les journaux.

On comptait dans l'île, en 1820, environ trente mille âmes. lies réfugiés ont dû en accroître beaucoup la population.

NOTE 8, PAGE 7i.

Et sa chère maison , vers Sunium tournée , Qui , coiniMC un nid d'aigle dans l'aii-. Domine et surveille la mer,

De terrasses en Heurs à cluuiue étage ornée.

Le voyageur qui passe en mer devant la ville d'Hydra, ou qui ne fait qu'en parcourir les rues et les environs, en remporterait une idée inexacte si quelque riche hospitalité ne

lui ouvrait ces demeures qui paraisseut du dehors si peu souhaitables ; car l'extérieur, inèine des plus graudcs et des plus belles, est loiu de laisser deviner la richesse et le luxe qu'elles renferment. Il y a dans la \ille quinze ou xiniit maisons qu'on appellerait en Italie des palais. Leurs maîtres y ont apporté de leurs courses de mer, et de chacune des contrées où les a conduits le commerce, tout ce qui peut servir à rem[)ellissement et à la commodité de la vie. Les meubles d'Europe sont là mêlés à ceux d'Asie, dans de lirandes salles pavées de stuc, de marbre ou de mosaïques, et si fraîches! Des terrasses, placées à dillerents étages et a différentes expositions, sont couvertes des fleurs les ])lus rares, choisies dans l'Orient et dans l'Occident; la terre de ces jardins a été elle-même apportée dans des >aisseaux tt élevée à grands frais au haut du rocher.

Telle était la maison oîi j'ai reçu à Hydra une si franche hospitahté. Elle dominait la ville et la mer. On y montait du port par plus de cent marches. La vue de ses terrasses s'étendait sur la ^lorée jusqu'à la pointe de l'Attiquc. Je dois m'en souvenir, car mon hôte me retint plusieurs jours dans l'ile, parce qu'il voyait rôder un corsaire autour du cap Colonne ; il en pouvait, avec sa longue-vue, saisir tous les uKmvements. Il 5M;fe///««Y véritablement la mer; il ne se passait rien du golfe d'Argos au golfe d'Athènes qu'il ne le sût.

Ce qui m'a particulièrement frappé pendant le court séjour que j'ai fait à Hydra, c'est le peu de place que tiennent là les femmes. Les mœurs turques se sont introduites à cet égard en cette île plus qu'en aucun autre lieu de la Grèce. Les femmes hydiùotes mènent une vie sédentaire, retirée et toute domesticpie, selon la plus large signiiication du mot.

CHANT pki;miki{ .ill

Elles paraissent être dans leur maison nn peu plus seulement que leurs servantes. Si on les rencontre dans les salles ou les vestibules, on passe sans presque les regarder. L'heure du dîner arrive; elles viennent s'asseoir à table après tout le monde. Le mari et les étrangers ne se souviennent pas qu'elles sont la : il est rare qu'on leiu- donne l'occasion de parler, je veux dire de répondre, carde parler les premières, ce serait apparemment de l'audace. Les Hvdriotes sont d'origine allianaise , et ont retenu dans leurs mœurs quelque chose de la rudesse de leurs premiers aïeux.

Je suis allé laire visite chez un Grec de la Morée établi a Hydra. La maîtresse de la maison, grande et belle personne, vint, pour nous faire hoinicur, nous ser\ir elle-mèjne la conserve de.roses, le verre d'eau, la pipe et le café, cérémonie qu'il faut subir dix fois si l'on fait dix visites dans la matinée ('). J'étais tout honteux de la voir demeurer debout devant moi , attendant que j'eusse bu et mangé. Je voulais me lever; le maitre me faisait signe de la maiu comme pour m'einpècher de faire cette inconvenance. La dame grecque souriait doucement de ]non embarras ; elle alla ensuite s'asseoir à l'écart sur une chaise , tandis que nous étions étendus, nous autres hommes, sur les divans C"), et elle écouta la conversation, se jjermettant quelquefois d'eu sourire , mais jamais d'y mêler un mot.

Le capitaine Jakomakis, à notre arrivée à Hydra, me dit en descendant de son vaisseau : « Demeurez ; je viendrai

(") Les visites comuicucent en Grèce à ciiKj lieiires du iiuilin , après la messe.

C") l.e clivai! est, à propreinent parler, la roiinidii iW> j^eiis assis sur les sofas; mais je me sers de lexpivssiou ;^eacralemenl rei;ue.

:i\i NOTES DU POÈME DE LA GRECE.

vous reprendre. Je vais voir mes amis; nous ne monterons que ce soir à ma maison. » Singulières mœurs! après quati'e ou cinq mois d'absence, ce n'était pas sa femme qu'il allait embrasser la première, il avait auti'e chose à faire depuis midi jusqu'au soir; et le capitaine Jakomakis était certes un bon mari, un excellent père; il suivait seulement en cela les habitudes du pays. Personne à Hydra n'eût songé à y rien voir d'extraordinaire, c'était faire comme tout le monde.

Pièt à partir, je lui demandai à saluer la dame de la maison : « Cela n'est pas nécessaire, me dit-il ; ce])endant, si vous le voulez, vous le pouvez. » Kt il la fit venir dans le vestibule.

Du reste, à Hy(h'a, les femmes ne comnumiquent pas avec les étrangers aussi hbrement qu'en beaucoup d'autres lieux de la Grèce : l'absence continuelle des maris a introduit la jalousie dans les mœurs et imposé aux femmes cette réserve et cette réclusion. Elles demeurent presque toujours seules dans lem' ile de pierre. Les hommes d'Hydi^a ne sont chez eux qu'à peine quelques joui^ dans l'année ; véritables oiseaux de mer qui viennent un moment se poser sur le nid du rocher, et puis reprennent leur ^ ol .

MOIK 9, PAGE 75.

Baissez la voile. .\ lions. La Néréide est prête. *

Le canot du capitaine Tombasis se nonnnait la Néréide.

Tous ils se sont paies de leurs habits de lete.

Aux approches d'Hydia. tout r('(|uipage du Thémistocle,

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depuis le capitaine jusqu'au dernier matelot, mit ses plus beaux habits a\ant d'aborder. C'est en Grèce et en Tur([uie une liabitude générale, au retour d'un voyage , de se parer pour rentrer cliez soi. On voit, près des grandes villes de l'Orient, les conducteurs de caravanes faire leur toilette en plein air, pendant que leurs chameaux se reposent, attachés en cercle autour des bagages. Ils dé|)ouillent là le \ieux turban et les vêtements poudreux du voyage, et se font frais et brillants pour entrer en \ille.

NOTES

ï){] CHANT DEUXIÈME.

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