‹ ŒuvresChapitre 56 sur 65 · CHANT CIN0IMI:MI · texte numérisé non relu

CHANT CIN0IMI:MI

|)orte que Constaiitinople sera reconquise par une natiov blonde.

Les nochers du Bosphore ont vu dans les nuages Le vaisseau merveilleux précurseur des naufrages.

Superstition orientale. « Ce spectre funeste, si redouté « des matelots , ce vaisseau parcourt sans cesse les airs avec « rapidité , et annonce la destruction des équipages qui « l'aperçoivent. » ( Mémoires d'un Grec. )

Les bains où le harem racontait ses mystères Sous leurs dômes muets se taisent solitaires.

Les bains sont , à Constantinople et dans toutes les villes du Levant , le lieu de réunion des femmes , celui où elles viennent chercher leur plus cher amusement.

Ce sont des salles , quatre ou cinq ordinairement , qui se suivent en diminuant de grandeur, et qui , élevées en dômes, reçoivent leur lumière d'en haut. Le degré de température s'accroît dans ces étuves à mesure qu'on passe d'une salle dans une autre plus intérieure ; et la chaleur de la dernière est difficile à supporter. Mais quand on est revenu dans la première salle , et qu'on se repose sur les Uts et les sofas dont elle est entourée , en buvant le café ou le sorbet , c'est une sensation délicieuse de fraîcheur et de bien-être que celle qu'on éprouve. Ces bains de vapeur, qui semblent au premier moment aiïaiblir, laissent dans les veines une légè-

reté , une force , et je ne sais quelle joie extraordinaires. On se trouve agile en sortant de là ; on ne sent plus l'ardeur et le poids du soleil.

Les mêmes salles servent aux hommes et aux femmes , mais à des heures différentes. Les hommes s'y rendent depuis le lever du jour jusqu'à sept heures, et ensuite les abandonnent aux femmes, qui y passent la moitié de la jom-née dans une grande liberté. Elles viennent en négligé du matin ; leurs esclaves apportent les robes , les bijoux , les parfums et le miroir ; et au sortir du bain , après le déjeuner et quelque repos sur les lits, toutes font lem' toilette. Elles laissent, nonchalamment étendues, tresser et parfumer leurs cheveux. Nues , elles font assaut de beauté , et ensuite de parure ; ce sont là leurs heures d'assemblées et de bal. Elles prolongent ces heures où elles sont hors du harem , libres de 'soins et maîtresses d'elles. Les amies se retrouvent, c'est là que se font les longues confidences de cœur, que s'apprennent les nouvelles , qu'on parle des intrigues , des tracasseries des harems , qu'on fait miUe médisances. Il n'y a point de société et de réunions en Turquie , mais , grâce aux bains , les femmes turques ont presque autant de plaisir de vanité que celles des auti'es pays ; car partout c'est pour les femmes que les femmes se parent , et là elles ont le plaisir d'enfoncer la jalousie pointe par pointe dans le cœur de leurs envieuses durant ce long assaut de toilette, où chaque instant ajoute en elles un attrait.

CHANT CINoriKMK. ;]",:>

NOTi: 58, l'A (il: lis.

En vain Flaniour-Alté De ses tilleuls en Heur étale la beauté, Ou le frais Kandilly l'ombre de ses platanes.

Lieux de pioineiiade et de réunion aux environs de Constantinople : Flaniour-Alté en Europe, Kandillv en Asie. Il en faudrait nommer beaueoup d'autres si l'on voulait noniiiier tous ceux qui sont ravissants : la \ allée de Buvukdéré fameuse par son |)latane »), Dolma-Batclié, Ali-hey- Keuï où eoule l'ancien Cydaris; Kiaat-KlianehoulesEaiu- Douces : c'est là que le (irand Seigneur a son palais d'été et ([u'on met au vert ses chevaux. La fête de la mise au vert est une grande fête à lacpielle le sultan lui-même assiste avec toute sa cour.

C'est surtout en Asie, le long du Hospliore, que sont les promenades favorites des Turks et les endroits les plus fré- (juentés à cause de leur beauté : c'est là qu'est Glieuk-sou (l'eau bleu-céleste j, Tchiboucli, vrai paradis, près d'Anadolie-Hiçar où fut jeté le pont de Darius, la prairie de Sultanié, la prairie du (.rand Seigneur près de la montagne du Géant , autrefois le lit d'Hercule, etc. lieux chanq)ètres, embellis de kiosques, de rivières, de bassins, de fontaines de marbre, de tondieaux au\ inscripticms dorées, surtout d'admirables arbres et de gazons éblouissants. C'est la que le peuple de Constantinople va s'amuseï-, c'est-à-dire s'asseoir

(•) La tradition indique que Baudouin, conUe de Flandre, plaça sa tente contre ce platane quand il fit le sic^e de Cimstantinoplc à la tétc des croisés, et la [)rit en 120i.

.{:U XOTHS DU l'UKMK DK LA (illKCK.

à l'ombre et respirer le frais, particulièrement le vendredi. Le coup d'oeil de ces sortes de réunions est des plus agréables, et curieux pour un étranger. Les caiques couvrent le bord. L'herbe est toute semée et comme émaillée de tapis rouges, verts, jaunes; les bénichs (mantes) des femmes y jettent l'éclat de leurs couleurs vives et variées. Tout y est gai et animé , mais sans désordi'e , sans tumulte , et presque sans bruit. On croirait qu'il n'y a pas là de peuple, tant il y règne, il faut le dire, de dignité et de décence. On y rit, mais doucement et sans éclats. Les hommes sont d'un côté, assis par groupes sous les ])latanes ou les noyers , au bord de quelque bassin, près de quehjue fontaine, fumant et buvant du café ; les femmes , de l'autre , le long de quelque haie , à l'ombre des tilleuls ou des fi'ènes , causent entre eUes , arrangeant et dérangeant leur voile ; ([uelques-unes fument et cette longue pipe qu'elles ont à la bouche et qui pose à terre n'est pas le trait le plus gracieux du tableau. On écoute de la musique; des joueurs de mandoline (sitara) viennent s'asseoir sur l'herbe , à distance respectueuse , devant les dames les plus apparentes ; ou on rit des tours de quelque bateleur, car il y a là des baladins et des gens tapant sur un tambom" et faisant danser des singes , comme dans nos villes et nos promenades les plus favorisées. J'y ai retrouvé le paillasse des pays civilisés, le paillasse européen, et j'y ai j)u reconnaître que le grand moyen comique des soufflets et des coups de bâton était en possession de faire rire l'Orient comme l'Occident.

Les écoliers animent aussi ces prairies les jours de congé. Les Turks semblent prendre beaucoup de plaisir aux jeux des enfants , ils les regardent avec complaisance. Ces jeux

CHANT CINoni-MK. 3o5

(les petits links ressemblent beaucoup aux nôtres ; ce sont les barres , la balançoire , etc. Mais j'en ai vu jouer un , dans la ])raiiie de Sultanié, (pii paraissait fort amuser tout le monde , hommes et femmes, et (pii appartient [)articulièrement à Constantinople. Je le noterai ici , parce qu'il est caractéristique, et qu'il indi([ue Jusque dans Tinnocence du premier âge, les mœurs d'un pavs d'arbitraire et de despotisme. C'est le jeu de ristaml)oul-cadissi , le prrfet de la ville. Un des plus grands écoliers, monté sur un cheval et revêtu des marques de la dignité préf ectoriale , une barbe noire postiche au menton , un grand bonnet pointu sur la tète, et une hache de carton à la main , se promène gravement autour de la prairie, qui figure la ville et ses rues. Il est suivi d'une nombreuse escorte d'écohers de tout âge, habillés en officiers, en gardes, armés de bâtons et coiffés aussi de longs bomiets pointus. Le cadi s'arrête devant les marchands, les Néritables marchands, établis le long de la prairie. 11 fait examiner les marchandises et les poids ; elles sont toujoui's reconnues mauvaises, et les poids faux, connue déraison. Alors tous les écoliers saisissent le délincpiant avec beaucoup de dextérité, lui sautent sur les é[)aules, lui donnent le croc-en-jand>e et le font tond)er. Puis, lui prenant les jandies dans un lacs probabltiiient en usage dans les cas réels (|u'imite celui-ci , ils lui administrent la bastonnade sur la plante des pieds, mais sans lui faire de mal. C'est à (pii portera son coup, jusipTauv plus petits enfants. Ils conlhuient ensuite iciu' tournée, et vont trouver un peu plus loin un autre coupable, aussi complaisant (pu» le premier, (|ui .se laisse mettre les pieds eu l'air et la tète eu bas. Les Turks rient beaucoup de ce jeu, et les marchands fout

3ofi XOTFS DU POkMl-: [)K LA (rRECt!.

semblant de rire. Les écoliers leur donueut ensuite quelque argent pour leur peine.

Au surplus, c'est une chose remarquable que la beauté de ces enfants et de ces jeunes garçons turks. Je n'ai vu nulle part d'aussi beaux adolescents.

Puisque je me suis laissé aller à parler des diverses promenades et des beaux environs de Constantinople , je ne saurais passer sous silence le Tchamli-djab, un des sommets du mont BoiUgourlou , plus particulièrement le rendez-vous de la bonne compagnie , des darnes et des messieurs turks, car on ne peut guère y aller qu'à cheval ou en chariot. La vue qu'on a de ce sommet est une de ces vues qu'on a coutume d'appeler uniques dans le monde. L'Europe et l'Asie en présence , Constantinople et son bassin , la mer brillante de Marmara, tachetée d'îles, découpée de grands golfes, jusqu'au détroit des Dardanelles, le Bosphore coulant comme un large fleuve entre ces deux parties du monde , et montrant sur ses deux rives, jusqu'à la mer iNoire, une suite non interrompue de sérails et de kiosques, comme s'il était la grande rue de Constantinople; un vaste mélange de mers, d'ombrages , de palais , de prairies , de mosquées , de barques se croisant sans nombre , et de vaisseaux qui , dans une étendue de vingt milles , se font un port de chaque lieu du beau canal où il leiu* plait de s'arrêter ; il ne semble pas , au moment où l'on voit ce tableau , qu'il puisse exister ailleurs rien de si merveilleux.

Sur ce sommet du Tchamli-djah il y a une fontaine. Des platanes, de beaux hêtres, un admirable frêne, y jettent de l'ombre. Les messieurs de Constantinople y arrivent sur leurs beaux chevaux richement caparaçonnés. La grande

CHANT (INQriKMK. 357

dame, quand elle a quitté sou aiaba doré et ses bœufs parés de gros glands rouges, s'y fait soutenir sous l'un et l'autie bras , comme incapable de marcber ; elle monte ainsi l'esplanade, son parasol à la main, accompagnée de quelque esclave noire qui tient son miroir, et suivie de ses femmes et de ses enfants , lesquels sont servis derrière elle par d'autres enfants un peu plus t1gés. On arrive, on étend les tapis, on s'établit sous les hêtres. L'eunuque ou le guide, qui marchait devant , un long bâton à la main , se retii'e à l'écart. Alors , comme on n'est pouit exposée aux regards des hommes, qui fument près de la fontahie sui' l'esplanade inférieure, on se met à l'aise, on ôte un moment son voile. Les bœufs sont dételés , les chariots sont répandus çù et la , les serviteurs promènent les chevaux de main, d'autres chevaux hennissent attachés aux arbres : toute la scène est fort [)ittoresque.

Me faudra-t-il subir, sous un vainqueur profane, Des femmes d'Occident la folle liberté, Kt de ma l)Ouclie à tous montrer la nudité.

Le sentiment (ju'on prête ici à une jeune lille pourra paraître exagéré et n'est que vrai. Les femmes turques cachent leur bouche sous le voile, autant et plus soigneusement que leur sein. Une femme surprise nue se cache surtout la figure.

La bouche est un symbole. Quand la jeune lille ariivc à l'âge nubile, elle se cache la bouche; quand la fennne a passé Tàge d'être nicrc , elle pciil se \.\ dccouM-ir.

:ioS NOTES nu POÈME DE LA GRÈCE.

Les teinines du harem impérial ne portent pas de Noile, car elles ne ])einent jamais être exposées aux yeux d'un homme.

Kn passant dans une rue de Constantinople , devant une jxn'te entr'ouverte, je m'avisai une lois d'avancer la tète |X)ur regarder dans l'intérieur d'une cour où une femme prenait l'air. Elle avait le visage découvert. Aux crLs qu'elle j)oussa en se précipitant ^ers son voile, on eût dit que quelque profane l'avait surprise au bain ; les |)etits enfants sortirent en fureur et me lancèrent des pierres. Les musulmanes sentent une pitié mêlée de méjjris pour la femme em'opéenne qu'elles rencontrent dans les rues , sans voile. EUes la regardent comme on regarderait une courtisane. Quelquefois même elles lui disent des injm'es.

On assure qu'elles ne se plaignent ])oint des rigueuiN du harem, et ne ^ oudraient pas changer lem* sort contre celui de nos fenmies. L'erreur où nous sonunes généralement sur leur compte ^ ient de ce que nous regardons en haut , et dans le harem du Grand Seignem', au lieu de regarder parmi le peuple. Le sérail est presque une exception : il ne peut y avoir là, d'après la loi, que des escla\es; mais les femmes de sang turk ne sont ])oint esclaves , et il ne serait pas possible au Grand Seigneur, malgré sa puissance, d'en posséder une seule dans son harem. Elles ont une sorte de liberté et même plus d'amusements que comnmnément on ne le suppose. Elles ne vont point, il e.st vrai, au s])ectacle, an concert, au bal, aux soirées, elles ne reçoivent poùit de visites d'hommes, mais elles reçoivent lilirement leurs amies, elles se >isitent entre elles , ont des lieux de r('mii(tii connnuns, les bains, les |)romenades; l'ont des parties de canq)agne

CHANT ClNQril-MK. .3.Ï9

comme et quanti il leur plait : on part en chariot avec les enfants et les domestiques, on va dinej' au \illage de Belgrade ou au platane de IJuvukdéré. Dans leur maison elles gouvernent souverainement le ménage et les enfants, et |X)ur la récréation de la ^\Q intérieure ne manquent pas de talents agréal)les. Accoutumées dès l'enfance, et de mère en lille, à cette a ie, elles ne peuvent ni regretter ni envier celle (|u'elles ne comprennent pas, et qui, lorsqu'on leur en parle, leur parait même en opposition avec ce qu'elles connaissent de la destination de leur sexe. Quant à cette pluralité des femmes qui choque tant nos idées, elle existe dans la loi, mais les très-riches personnages usent presque seuls de la permission, car, chaque épouse de\ant avoir sa maison en (fuelque sorte séparée, deux, trois, quatre épouses, deviennent chose fort chère. Ainsi, en général, peu ou point de partage.

Les femmes turques sont helles ; elles sont grandes ; leur démarche est nohle, leurs mou\ements ont ])eaucoup de distinction. C'est là tout ce que l'étranger peut apercevoir sous le hénich qui cache et enveloppe entièrement leur taille. On rencontre chez elles la heauté grecque plus souvent que dans la (irèce même; leurs traits semhlent peutêtre d'ahoj'd trop froidement réguliers, leur nez trop fin, et I)our ainsi dire trop hien fait , tout leur visage trop gras, trop poh, trop luisant. Ce voile dont elles sont t(mtes uniformément affublées et qui leur coupe le \isage au-dessus de la bouche, donne aux |)lus jolies je ne sais (juel bec d'oiseau (jui les rend à la première \ue |)eu agréables : mais on revient bien vite de cette inqncssion ([uaud on a pu les \<»ir (le plus près. Au reste, c'est plulùl la dignité (pjc la

360 NOTES Dl' POÈME DE LA GRÈCE.

grâce quiles distingue; tout leur air exprime plutôt la fierté et la passion que la tendresse. Le sou de leur voix est extrêmement doux ('), l'éclat de leur rire charmant.

11 n'est pas aussi difficile qu'on le croit de voir des femmes turques, puisqu'elles remplissent les promenades des environs de Constantinople ; et l'étranger, qui veut ignorer les usages, s'en peut même approcher, pourvu qu'il déguise ^sa curiosité. Assises à part des hommes, elles sont là presîpie entre elles. Elles ont coutume de se croire en sûreté conti-e les regards. EUes entr'ouvrent leur bénich, elles otent même quelquefois leur voile pour jouir de la fraîcheur des arbres , ou bien c'est le vent qui le dérange. Il faut alors oser les regarder. Plusieurs peuvent ne pas être fâchées d'être remarquées, et pourtant le regard d'un homme tourné Aers elles les étonne comme une inconvenance et comme une audace. Leurs beaux yeux, pleins de hardiesse et de commandement, semblent lui dire : Baissez les vôtres. Notre manière française passe auprès d'elles pour une msulte et n'est pas sans danger. En Turk ne se permet jamais de regarder une femme. La connùt-il beaucoup, il suit son chemin sans paraître l'apercevoir ; lut-il son mari , il affecte de ne la point connaître.

Il y a une chose qu'on ne voit jamais dans les rues de Constantinople , c'est un honnne et une femme marchant ensemble.

(") Mahoiiiel leur défend d'élever la voix dan<; les canliciucs pendant le pèlerinage de la Mecque, de peur (pie le charme de leur voix ne détourne de la prière le cœur des hommes rpii pourraient les riitendre.

CHANT (.IXoril-MK. .161

>OTJ-: 00, l'A(iE 128.

Tandis que le vieillard, voisin du dernier jour. Tremble; comme elle, hélas! pour un autre séjour.

Oïl sait que beaucoup de Turks ordonnent qu'après leur mort on les transporte a Scutari , rancienne (^hrvsopolis, dans l'idée où ils sont que les Ottomans doivent être un jour chassés d'Europe, (lette crainte ou cette prévoyance a fait du Champ des Morts de Scutari le plus \aste et le plus beau cimetière de l'Orient.

(l'est une chose \érrtal)lenient admirable que ce Champ des >[orts, tra^ersé d'une innnense avenue au bout delàquelle on Noit le kiosque de la sultane Validé, la mer et ses îles. Cette vue est bordée profondément, des deiiv côtés, d'une forêt de cyprès; dans cette forêt des morts on marche au milieu des plus belles et des plus riches tombes de marbre, peintes de vert, de rouge, ornées d'or. On y trouve gravés, ici un [)almier avec ses fruits, là un rosier avec ses roses , symbole d'un homme qui fut bienfaisant, d'une femme qui fut belle ; ou bien des vases d'or pleins de fruits d'or, des corbeilles de raisins, des fif^ues, des lirenades ouvertes : mille emblèmes parent ainsi les sépultures, jnèlés aux versets du Coran.

Chaque tombe est comme une caisse où dans la saison on cultive les fleurs. On peut dans les cimetières turks distinguer l'âge du mort, je veux dire la duive de son sommeil, parla hauteur et la vétusté du cyprès qui est debout près de sa tète, à côté de son turban de marbre ou de pierre. Chaque mort a son arbre II y a des c\ près séculaires. Il y

en a de noiivellenient plantés , bien jeunes, bien faibles, et qui ont encore besoin d'appui. Chacun de ces cyprès représente un être qui a\écu, et pourrait porter un nom.

Cette coutume de planter un arbre à côté de chaque pierre sépidcrale fait la beauté , non-seulement des cimetières, mais des \illes du Levant, caries tombeaux y sont mêlés partout aux demeures. Ce sont ces grands bois de cvprès qui dojnient à Smyrue et à Constantinople une aj)parence si pittores(pie. Les Champs des ]Morts sont les ])romenades de la \ille. C-'est là qu'on va le soir prendre l'air; on se promène, on se repose, on dort sur les tombes ; les mères et les bomies } mènent leurs enfants counnc chez nous aux Tuileries et aux Champs-Elysées. Les cimetières sont toujours placés dans les plus beaux sites. L'imaiïe de la mort n'a rien de triste pour les Orientaux; aussi ne la craiiinent-ils pas. Quand le moment est venu , ils se font tourner la tète vers le Levant et ils meurent en paix. On fait bien de ])arer la mort et de se familiariser ainsi avec elle , surtout dans le pays de la peste et du despotisme.

Les anciens ])laçaient de même les tombes au milieu des habitations et au bord des chemins. C'est une perspective consolante |)our ceux qui meurent de songer qu'ion n'a pas peur d'eux , (pi'on ne les exilera pas loin des yeux et de la mémoire, qu'ils habiteront encore au milieu de leurs amis vivants.

NOTi:S

Page 1