DU CHANT SIXIÈME
NOTi: (il, PAC.i: \:iL
Pensait-on. en voyant l'Archipel caliiic et doux Kn silence porter ce vaisseau d'ile en île.
Une flotte ottomane était équipée chaque année pour aller recueillir les inipositions des différentes îles de l'Arclppel.
NOTE (i-2, P\(;E in.î.
Un cri vers Drajakan, à Scyllen répété.
Quand on a dit ces deux noms, on a rappelé tout ce qu'il y a eu de plus honoi-ahle et à la fois de plus honteux dans rinsurrection de Valachie et de ]\[olda\ie.
C'est à Scyllen et à Drajakan (pie tomhaient le même join*, d'un côté .Uhanase d'Agrapha et ses deux cents hraves, abandonnés par Kantacuzène, et de l'autre le jeune prince Démétrius Soutzos et le bataillon sacre, abandonnés par Alexandre Apsilanli.
Voyez riiistoirc de la Ué^énérali<»n de la (irece. Je cite
1(ii NOTES DU POK.MI- Dl- LA (iHKCE.
soin eut M. Pouqueville, et sais loin cependant de le citer toutes les fois que je dois quelque fait, quelque renseignement utile à ses ouvrages, ou aux communications obligeantes de son amitié.
>01l-: 03, PAGE 133.
f.'est loi qui lui réponds du haut de rÉiiiiiaiitlic. Sainte religion, sœur de la liberté.
L'archevêque de Patras, Germanos, a appelé la 31orée aux armes et proclamé l'insurrection dans le couvent des frères Laures ou Trappistes, sur Tancien Érimanthe
iNOTt fii, PAGE 133.
Briller l'une sa croix . l'aulre ses trois couleurs.
La liberté grecque arbora un moment un drapeau tricolore (bleu, vert et rouge). Vovez Pouqueville, t. JI, Hist. de la liéf/étiératmi. — Cette resseml)laiice avec le di-apeau de la république a fait sans doute craindre aux Grecs de passer pour révolutionnaires aux yeux des rois de l'Europe.
Le drapeau grec a été aussi, quelque temps, bleu et fort chargé d'end)U'mes : une croix et un croissant , une ancre et un serpent, un hibou et une couronne de lauriers.
Eu 1825, il portait neuf bandes horizontales bleues et blanches, et niir ci'oix.
CHANT SIX II- MI-:. .jil.i
NOTK 05, 1>A(;E 134.
Quand le Dieu , qui hait l'esclavage , Les a fait descendre du ciel.
Dieu à qui pluitla liberté, dit une noble lettre de la république de Florence à la république de Saint-^Farin . Saint-^farin garde encore avec orgueil cette Ictti'e dans ses modestes arcbives , où je l'ai copiée : elle ne se trouvera point ici hors de propos ; elle semble écrite aux Grecs.
« Magnificis viris, hominilîus terrcp santi Marini, araicis nostris carissimis.
(( Magnifici \iri , amici nostri carissimi , abbiamo veduto la lettera che vi scrive il governatore, et abbiamo inteso la voluntà dcir exercito délia Chiesa. Dovete essere di buono animo et stare contenti et fermi, et perdere la vita insieme con la libertà : che è meglio al uomo uso a essere libero, essere morto che essere servo. hldio a chi piace la libertà vi aiuterà defendervi : et noi cl la nostra lega non vi mancherà. Valete. Ex palatio nostro, die xiii junii,
MCCCCLXVIIII.
« Priores libertatis et \
populi floi'cntiiii. »
vexillil'er justiciœ *
NOTE 60, PAGE l.T».
Déjà de leurs pyrgos échappent les agas.
Il tant dire une fois ce (pic c'est (|iriiii \illagc grec. Presque tous se ressemblent : ils se coinposciit le jjlnsordi-
:{6(; NOTES l)L POÉMK DH l.A GRÈCE.
iiairemeiit d'un pyi'iio, sorte de petit diùteau carré, plus haut que large, et de pauvres maisons de terre, couvertes de roseaux , basses , semées irrégulièrement, n'ayant qu'une seule pièce, et pour meubles qu'une misérable natte. C-bez les plus riches, et par e\enq)le chez les Albanais cultivateurs des environs de Thèbes, de ]\régare, etc., cette pièce unique, espèce de grange, est partagée dans sa longueur eu deux parties inégales, d(mt une, la plus petite, a un niveau plus élevé que l'autre de deux ou trois pieds , et est formée de terre battue : c'est là que la famille couche sur des morceaux de nattes ; on dort par terre , à côté du tas de blé : l'autre partie est occupée par les chèvres , les ânes , les cochons, les poules; les poules perchent sur la tète des gens.
Le pyrgo, placé dans une situation agréable et autant que possible élevée, était, durant la domination turque, la demeure de l'aga , tyran subalterne, subdélégué des tyrans en chef. Cet homme louait le \illage, il en était le fermiergénéral , il le pressurait à son profit. 11 reprenait en détail et avec usure sur les malheureux raias (sujets) la somme ([u'il avait payée d'avaucc au vay\ode, le([uel avait acheté le canton au pacha , qui ii son tour a>ait acheté la province. L'aga était le dernier anneau de la chaîne, et touchait directement le peuple.
NOTK ()7, PA(iE i:}.*).
Laisscjnt lonrs Ncrtes kiilyboes Los pâtres (l('>c(Mi(lriil dos monis.
l'nc portion de la population d'Arcadie habite des vil-
CHANT SIX II- mi:. :u\-
lages dont les maisons ressejuhleiit à des hereeaux ; quatre pieux fichés en terre soutiennent deux étaiïes de branchages et de feuilles qui servent de lit et de toit ; c'est là ce qu'on appelle probablement des kalybées; et par extension on donne ce nom au \illage même. On rencontre souvent sur les montagnes de ces villages abandonnés, l.eiu's habitants sont nomades, et passent d'une kalybéeà l'autre, selon la saison et le besoin des travaux, connue les pâtres de la Suisse changent de chalets, et vont des Alpes d'été aux Alpes d'hiver.
L'Arcadie a suivi la première le mouvement que Germanos a donné à la ^forée. Kn 1820 elle était encore fort paisible, et nième le joug desTurks ne semblait pas s'y faire autant sentir tfue dans le reste de la Tirèce. On rencontrait les Arcadiens tranciuillement occupés à semer le blé et le maïs dans les vallées, à faire |)aître les chèvres (m à épaissir le beurre sur les montagnes ; on n'entendait pour t«)ut bruit que le bêlement du troupeau et l'aboiement du chien du berger,
L'Arcadie est un beau pa.\s, et qui, sous beaucou]) de rapports, ressend)le à la Suisse. Ce sont les Alpes de la Grèce. Elle a, ctmnne nos Alpes, ses sources, ses torrents, ses troupeaux , ses sites pittorescpies, ses imeurs champêtres et primitives; c'est la Suisse, niais avec un ciel bleu et un air pur et élasti([ue, avec des forêts de cliênes aux plus hauts sommets, des bois de lamiers au hord de ses toi-renls, des allées de platanes le long de tons ses ruisseaux : plus animée à la fois et plus solitaire.
Les lennnes arcadiennes ont un caractère de |)hysionomie qui leur est tout particulier. Il > a dans leurs traits ini
•M]H NOTKS l)L 1M)|:ME DK LA GRÈCE.
agrément difficile à défiuir, une grâce que Pétrarcjue appellerait singolare e perc/jrinu. Elles jjortent encore leurs cheveux tressés comme les Arcadiennes des anciens temps. On retrouve également Tautiquité dans la coiffure des hommes : c'est une espèce de casquette de jonc, nouée sous le menton, et dont les cordons tombent sur les épaules; on a vu cela dans tous les bas-reliefs. Leur llùte, élargie par le bas, est encore, comme la flûte antique, faite de deux os d'agneau percés et joints ensemble avec de la cire.
Le Ménale se iirécipite .
A l'appel de son fils entraîné tout entier.
L'arcbevèque (iermanos était Arcadieii, né à Di\ rit/a suile Ménale.
Méga-spiléon marche auprès du Péristère.
Péristère, bourg sur le Cyllèue; ^léga-spiléon , couvent sur la même montagne, à deux heures de Kalavrita, le plus grand et le plus renommé des couvents de la Grèce. Méga-spiléon la grande caverne tire sou nom de la g:rotte immense dans laquelle il a été bâti, et (pii lui sert presque de toit. Le monastère entier n'est eu queUpie sorte qu'une simple façade appliquée au pied de la montagne comme contre un immense mur de terre et de cailloux. Au premier aspect de cette construction bizarre , et de ses cinq étages irréguliers percés d'innombiables petites fenêtres , plus
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serrées les unes contre les antres à mesure qu'elles s'éloignent davantage du sol , on se sent tout à coup transporté, je ne saurais dire où, mais plus près de l'Asie et de la Chine que de l'Europe et de la Grèce.
L'intérieur du monastère n'est pas moins singulier : on comprend , de sa position , qu'en beaucoup de parties on doit y être dans une perpétuelle obscurité. Le moine qui nous y conduisait marchait devant nous , à midi , une lampe à la main. Il y avait fies effets très-pittoiesques dans ces salles que nous entrevoyions ça et là en passant dans l'ombre.
Lord lîyron vante la vue de ^féga-spiléon ; sans doute celle qu'on a des sommets qui le dominent. C'est une vue de Suisse : des montagnes lointaines, des sapins, des traces de neige, et la mer de Lépante, encaissée profondément comme un lac.
I^es moines sont nombreux : le couvent compte trois cents chambres. Ils sont riches encore, bien que l'invasion des Albanais en 1770 leur ait enlevé une partie de leurs richesses. Ils ont des champs, des vignes, ils labourent, ils vendangent, font d'excellent vin, le meilleur rie la Grèce, et donnent l'hospitalité à tous ceux qui la demandent, Turks, Juifs ou Chrétiens.
Au premier commencement de l'insurrection, les caloyers (le Méga-spiléon entouraient Germanos dans la Sainte- Laure, mêlés aux paysans du Cyllène et de l'Arcadie. Ils ont publié que la vierge miraculeuse de Méga-spiléon pleurait, ils ont baissé la herse du couvent, et pris les armes.
.370 NOTES nu l-okMK I)K LA (iUliCIÎ.
Et le chien au jx)il noir, joyeux et menaçant , De rocher en rocher les suit en bondissant.
On a conduit de ces chiens terribles à la chasse des Turks. Ils sont fort beaux et fort méchants , moins pourtant que ceux de la vallée de IMistra. Nous avons voulu en acheter un : on nous l'a fait cent piastres. Le Turk maiti'e du chien avait près de lui une jeune fille : « Pour ce prix-là » , dit l'Albanais notre compagnon, « achetez plutôt la jeinie fdle. » Meglio sarebbe di comprar la rayazza.
De tous deux à la fois. Oui, d'Épaminondas Les enfants à l'œil noir ont quitté la faucille; Le bord du Pamisus d'armes au loin scintille.
La vallée de IMessénie et celle de IMistra ont suivi, immédiatement après l'Arcadie , le mouvement donné par Germanos. Messènea été fondée, ou du moins rétablie, par Epaminondas. De l'ithôme, la vue est belle. Elle embrasse la Messénie entière, qu'on voit toucher d'un côté au Taygète, de l'autre à la mer, sur le fond bleu de laquelle se dessine la montagne pyramidale de Navarin ; et qui , partagée an nord en deux vallées par la chaîne de l'ithôme, s'élargit en une seule plaine en allant vers Calamata. La ville de j\ressène occupe le fond de la vallée occidentale. Ou en distingue encore l'enceinte garnie de tours carrées. Sa porte septentrionale est debout et fort remarquable. C'est un véri-
r.\] \s\ si\ii:>n;. îti
table inoiHinient que eette porte; elJe a de l'idéal eomnie im temple ou un palais. La superbe fontaine antique, surmontée de l)eau\ ombraiies, \erse maintenant ses eaux pouiquelques pauvres cabanes b;\ties au pied de Tlthùme, et (pi'on appelle ^favi-omati.
Le Pajnisus ne passait point à ^lessène, mais de l'autre côté de rithôme. C'est encore une jolie rivière, limpide, assez profonde, bien encaissée, et qui coule a pleins bords entre deux lisières de liantes herbes, de viijnes sauvages , de lauriers-rose, de platanes; son pont triangulaire est célèbre et curieux. De la rivière à la montagne , peu de fécondité : des champs couverts de figuiers d'Inde et d'articbauts sauvages, des marécages où se vautrent des buffles, de petites collines mêlées les unes aux autres et sur lesquelles se groupent deux pauvres villages.
C'est là que j'ai rencontré, arrêtée sur le bord du chemin, nue jeune mère qui ne paraissait pas avoir plus de douze ans. Elle portait son petit enfant sur son dos dans une peau attachée par des iicelles à deux bAtons. Une corde passée de l'un à l'antre bâton comme un lacet an-dessus de l'enfant le mettait en sûreté dans ce berceau {)ortatif. Cette jeune (irecque nous fra[)pa ])ar la finesse et la régularité de ses traits et sa jolie taille si bien proportionnée, autant que par son âge si voisin de renfance. Il \ avait beaucoup de charme et de mélancolie dans ses veux bleus et dans toute sa ligure, (|ui me rappela celle de Madame T. . .
Les effets de l'affreux gou> erneinent sous lequel a si longtemps gémi la (irèce laissaient des traces bien récentes sur rithôme lorsque je l'ai vu. Son couvent, que de hauts rvprès ainioucent rie loin, était \ide, toutes ses cellules
abandonnées , toutes ses portes ouvertes. Les moines avaient fui peu de jours avant notre passage, pour échapper aux avanies des Turks et à leurs mauvais traitements. C'est ce que nous raconta un pauvre caloyer du couvent même, que nous surprimes dans un clos voisin , où nous attirait l'ombrage d'un beau figuier. Ce moine faisait sa demeure sous ce figuier. Il vivait là de compagnie avec deux poules qui fournissaient à sa nourriture. Au bruit de nos chevaux, il s'était d'abord sauvé ; mais il revint bientôt , quand il s'aperçut que nous ne portions point de turban. Sans cesse aux aguets, il se tenait prêt à fuir à la première approche de l'ennemi .
De ce clos , le moine nous montra à l'horizon , de l'autre côté de la vallée , au penchant du Taygète , le village de Pétro-Bey (Mavro-lMichahs) , ce brave chef des Mainotes, qui a combattu et combat encore si généreusement pour la Grèce.
NOTK 7-2, PAGK 137.
Et voici les vainqueurs de Bardouni hrùiée Qui vers Tripolitza par Constance entraînés.
Constance Zacharias , de Mistra , fille d'un père qui a été empalé par les Turks. Elle planta un drapeau devant sa maison , fit des enrôlements , marcha à la tête des paysans et des femmes de sa vallée sur Londari , qu'elle mit eu feu , et concourut à entraîner les Mainotes au siège de Trij)olitza.
CHANT SIXIEMH. m
NOTE 73, PAGi: 137.
Appellent de leurs coups joyeux Ceux qui passent sur la montagne.
Ceci est une habitude commune aux Grecs et aux Turks : c'est le salut qu'ils se font souvent entre eux ou qu'ils envoient gaiement au voyageur. 11 nous est arrivé de rencontrer quelquefois en Grèce des détachements de soldats revenant du camp du séraskier ou } allant , les uns à pied , les autres à cheval , dispersés , en grand désordre , selon la coutume : ils nous envoyaient ainsi du fond des vallées des coups de pistolet accompagnés de grands cris , que nous leur renvoyions du haut des collines. Qui n'aurait pas connu leur usage eût pu se croire attaqué. Us laissent les halles dans les pistolets, même en tirant au milieu des viUes, et aux jours de réjouissances , de sorte qu'ils tuent quelquefois par gaieté. La balle fait mieux siffler le coup.
Tandis qu'au pied du Pinde, ù visir de Morée, De l'ours de Tébélen tu poursuis la curée.
Ali-Pacha se donnait à lui-même ce nom. « L ours du Pinde vit encore,» disait -il après avoir jonché la terre de morts autour de son château assiégé , dans une sortie où , quoi(|ue malade, il s'était fait hl•a^ement porter à la tête des siens sur im hrancard.
374 N()Ti:s DU POliMI- DK LA (IRKC.i;.
Montant vors les dervends dont les 2;ardes ont fui.
Derveud ou derbeiid , défdé , mot composé de deu.\ mots persans qui sigiiifieut porte fermée. Un poste entretenu par le bey de Corynthe gardait , aux der\ ends , l'entrée de la presqu'île.
Peut-être de Mégare. au tooips de la moisson . Épouvantaient les tourterelles.
On cite toujours en Grèce les tourterelles de Sunium; celles de Mégare n'ont pas , que je sache , de réputation faite , pourtant elles sont fort jolies ; et celui qui passe à ^légarc au mois de juin les voit courir en grand membre sur la route, devant les pas de ses chevaux.
C'est un épouvantable lieu que la >[égare actuelle, et, pour peu que raiicienne y ressemblât , on conçoit bien que Virgile y ait pris la lièvre dont il est allé mouriià Brindes.
NOTE 77, PA(iE 139.
Gloire à la croix! Viens, sainte Panaij;ie.
Panagie, toute sainte, la ^Fadone, la Vierge.
NOTE 78, PA(iE 139.
Si Thèhe est lente et tardive sa lerie, Seshl('>sen sont plus beaux, ses épis ])lus nombreux.
V la mi-iiiiii , la moisson d Atliciics est liiiic ordiiiaiic-
CHANT SIX.1ÈMK. 37a
ment , celle d'Eleusis aussi , celle de ^légare est eu train , celle de Thèbes n'est pas même commencée. La Béotie est plus froide ; mais ses blés sout plus beaux que ceux de l'Attique et de la Mégaride.
El du haut des dervends leur menaçante voix Et leurs joyeux regards descendent à la fois Sur le golfe d'Athène et la mer de Lépante.
C'est au sommet du mont Géranien, au poste des dervends, (|u'on aperçoit les deux golfes.
Riche et beau Kiamil , tu fuis, hélas! en vain.
« Le jour avait été un jour de pluie, la nuit était une « nuit de neige, lorsque Kiamil-bey partit pour Tripolitza. « De nuit il selle son cheval , de nuit il le ferre , et dans k « chemin il prie Dieu. > »
« Ils ont pris les citadelles, ils les ont prises les Hellènes , « ils ont pris les défilés, ils ont aussi pris Tripolitza, cette « ville de renom. Les feunnes des Turks , les lilles des émirs « pleurent le long des chemins ; et de son côté , pleure aussi «une princesse; elle pleure Kiamil., le malheureux bey : « Où es-tu , que tu ne parais plus , puissant seigneur, toi « qui étais la colonne de la Morée , l'étendard de Corinthe ; «toi C|ui étais à Tripolitza comme nue tour solide? Tu ne
(*) (.'hanls i>uj)uluiies de lu Urcvc mo'lcrnc, xvil, M.'ct. Ii, tome II.
« parais plus à Corir.tlie , ni flans tes palais : un papas les « a bridés tes pauvres palais ; tes écuries pleurent leurs « chevaux ; les mosquées pleurent les agas ; et l'épouse de « Kiamil-bey pleure aussi son malheureux époux ; il est « devenu resclave des raïas ; il vit maintenant leur raïa '». »
Kiamil-bey, fait prisonnier par les Grecs , lors de la prise de la ville de Tripolitza , a été , après une assez longue captivité, mis à mort dans la citadelle même de Corinthe. L'infortuné, victime de terribles représailles, fut sacrifié par le gouverneur, nommé Achilléas, au moment d'effroi. où l'on vit descendre du mont Gérauien dans la plaine l'armée du visir Dramah . Les Grecs ont désavoué Achilléas , et ils ont plaint Kiamil , car il n'avait pas gouverné Corinthe sans doucem- et sans bonté.
Je n'ai vu Kiamil-bey qu'une fois , et je n'ai passé prés de lui qu'une heure. Le spectacle que son palais nra offert et les scènes nouvelles pour moi au milieu desquelles il m'est apparu m'en ont laissé un souvenir assez vif.
11 était nuit. C'était au temps du Ramazan : on sait que les Turks gardent alors un jeûne sévère, et même fort pénible dans les longs jours de l'été , car ils ne mangent rien depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher j toutes les affaires sont en conséquence interrompues durant la journée , et ce n'est qu'après souper, c'est-à-dire la nuit, qu'elles recommencent, et que le gouvernement lui-même repreiul son action. Les gens de la campagne qui avaient donc ([uelque justice à réclamer du bev , obligés de passer la nuit à la ville, remplissaient alors les rues adjacentes au palais de
(») Chants poinilaircs de la Grtkc moderite. xviii, ivct. ii, loinc II.
Kianiil. On les \oyait là mangeant, causant, buvant, dormant en attendant l'heure de l'audience, autour de grands feux, près desquels ils devaient revenir ensuite s'étendre jusqu'à ce que le jour leur permît de se mettre en route, et d'aller retrouver leur maison et leurs travaux.
Après avoir traversé ces rues et ces feux , j'arrivai au palais du ])ey. Une vaste cour, où j'entrai d'abord, était éclairée par une grande flamme de bois de pin , brûlant dans mie espèce de réchaud (un pyrée) , élevé au centre sur nu pieu. Sa clarté jaune et pâle me laissait voir cà et la des chevaux au piquet , des gardes , des groupes variés de gens attendant l'audience. Un bruit d'eau se faisait entendre, et mêlait je ne sais quel charme de solitude à cette scène nocturne si animée.
Un large escalier conduit à la galerie : je me trouvai au milieu d'un monde d'olïiciers, de serviteurs, de solliciteurs ; ils allaient , \ enaient , entraient , sortaient , disparaissaient , reparaissaient sans cesse, et je pus me convaincre que la foule qui habite les palais n'est ])as en Orient moins qu'en Europe , affairée de peu de chose. Les chambres ouvertes sur cette galerie , et intérieurement éclairées , étaient toutes remplies, les unes des principaux ofïiciers du bey, les autres d'officiers de moindi-e rang -, là des derviches , ici des soldats, ailleurs les secrétaires. Ces gens étaient tous assis sur les divans dont ciiaque chambre était entourée, et leur immobilité contrastait a\ec le mouvement de ceux qui parcouraieni la galerie. Tous fumaient avec la dignité et le sang-froid le plusinq)erturbables, si ce n'est toutefois les derviches, (|ui me pai-aissaicnt aninu's de je ne sais quelle joie bizarre, et me firent , tandis que j'étais arrêté près d'eux à les regarder,
.n* NOTES DU PUE ME DE LA GHECE.
des signes qui tenaient plus des habitudes du singe que de celles de l'iionuiie.
Mêlé à cette foide étrangère , l'importance des uns , la curiosité des autres, les regards méprisants du plus grand nond)re, ne m'avaient pas préparé à recevoir du bey un accueil gracieux. Pressé cependant d'obtenir de lui un bouiourdou qui m'était nécessaire pour sortir de l'isthme, je mis fin aux remontrances de ses officiers , qui me retenaient à la porte de son excellence, et me disaient d'attendre, tantôt parce que le bey était a tal)le, tantôt parce que les primats venaient d'entrer, etc. ; je levai le rideau de la porte, et me trouvai en présence du ])ey.
Au milieu d'une grande salle assez richement ornée , sur une estrade couverte de nattes, étaient placés par terre trois chandeUers pareils à ceux de nos églises, et dont un esclave \ enait de moment en moment moucher les énormes bougies. L n honnne de trente-six a quarante ans , de ligure belle et sérieuse, était étendu seul et les jambes croisées sur le divan au fond de la salle. C'était Kiamil. 11 fumait, et on le regardait fumer en silence , comme une pagode qui se doimerait à elle-même de Tencens. Sur le divan occupant la gauche du l)ey, deux primats.se tenaient à une distance respectueuse, et au bas de l'estrade quelques officiers et un groupe de paysans grecs encombraient l'entrée. Je me fis jour a travers ces solliciteurs , et je ronqiis le silence de cette assemblée muette et contemplative.
Le bey demanda surpris ce que je voulais, (jui j'étais, d'où je venais, où j'allais; et, à chaque réponse de mon interpWte, il reportait ses yeux sur uioi aNec une sorte d'altciilidii cDiiiplai^aiik'. ii inc lil siiiuc ensuite de mou-
CHANT SIXlK.Mi:. ;{7<l
ter, et de me placer sur le divan à côte de lui ; un esclave m'apporta le café, puis tout rentra dans le silence, et je lis a mon tour partie de cette scène muette que j'avais interrompue en entrant.
Bientôt cependant Tentr'acte linit , et je vis passer sous mes yeux quelques talileaux qui , connue dans le cadre resserré d'une action dramatique, seinl)laicnt destinés à me donner une idée du caractère et du gouvernement de Iviamil.
A un signe de sa main , quelques-uns des paysans grecs qui se pressaient à l'enti'ée se mirent à plaider devant lui , contre une inégale répartition d'impôts : l'arrêt, que le bey prononça d'un air calme et doux , fut reçu en silence avec tous les signes du plus profond respect et même du contentement, et les plaideurs se retirèrent en touchant de leur main la terre. — Un oflicier du bey parut à la barre : la femme de cet officier était malade ; son maître l'avait envoyé chercher pour lui en demander des nouvelles ; et, après s'être informé aACc intérêt au mari de l'état de la femme, il ordonna que deux de ses médecins allassent la Aisiter. — Mais la petite circonstance dont je lui sus le |)lus de gré et qui me persuada qu'au milieu des habitudes du despotisme turk il avait conservé (juelque répugnance pour l'avilissement de l'homme en |)résence du pouvoir, ce fut la façon dont il repoussa l'humiliation de l'un des sup|)liants (jui Teulouraient : cet homme monta sur l'estrade, se prosterna devant le l)ey, et se mettait en devoir de lui baiser les pieds; mais le bey, sans sortir de sa gravité, les retira brusquement sous sa robe, et laissa le misérable tout honteux et tout confus.
.le n'interronqùs (pi'a regret ce spectacle curieux pour nidi, forcé de rappeler au bc\ l'alVairc^ (|iii m'amenait; car
.}80 NOTES DU POÈME DE LA (iRÈCE.
mes compagnons m'attendaient au port de Keuchrées. Le bouïourdou me fut alors expédié par le bey avec promptitude et bienveillance.
Voilà peut-être de bien longs détails à l'occasion d'un bomme qui fut le maître de Corintbe , et qui , à ce titre, n'a sans doute pas droit de touclier beaucoup les amis de la Grèce et de son indépendance. J'ai pensé toutefois qu'on ne trouverait pas ici dénuée d'intérêt une scène de vovage qui, bien qu'elle n'ait aucune ])lace dans les événements, peut servir à faire connaître l'intérieur d'un palais turk, et donner quelque idée de la manière dont les affaires s'expédiaient en Grèce sous la domination musulmane.
Viennent-ils de l'Œta ces fiers armatolis?
On confond assez généralement les armatolis et les kleftes. 11 y a entre eux eu effet assez peu de différence. Il est vraisemblable que tous étaient également kleftes dans l'origine, c'est-à-dire montagnards armés et indépendants, qui ne s'étaient point aouUi soumettre à la conquête, combattaient les agas et les pacbas et descendaient les piller dans les plaines, ce qui leur fit donner le nom de kleftes ou voleurs, dont ils se sont fait ensuite un titre de gloii'e. Quand on en fut venu à traiter avec eux, les uns ne consentirent à se soumettre à aucune condition , et restèrent kleftes ; les autres se somnirent a condition (ju'ils seraient armatobs, c'est-àdire bonmies d'armes. Ainsi se forma une milice grecque aux ordres des pacbas. 3Iais dès que ces pacbas leur donnaient (|iiclquc mécontentement, les armatolis retournaient
CHANT SIXIKMF .m
dans les montagnes et redevenaient kleftes. La nécessité on l'inconstance les faisaient passer tonr à tour d'un état à l'autre, de telle sorte que , bien que les deux dénominations aient une signification différente , on ne fait pas grande erreur en les confondant ensemble , puisqu'elles peuvent eu quelque façon s'appliquer aux mêmes hommes.
NOTES