DU CHANT SEPTIÈME
Tel du Magne a paru le puissant épervier : Sa voix va sur les bords de la fertile Zante Réveiller le vieil aigle, endormi près des tlots; Et l'autre aigle, qui porte un nom connu du Xanthe, D'Ithaque a fait trois fois crier tous les échos.
Pierre Mavro-^Iichalis, l)e\ du Majïne, descendit à Calamata, dès qu'il apprit les évéïiemeuts de Patras. 11 courut assiéger Monenil)asie , et ensuite Tripolitza, bien que son propre fds Anastase y fût en otage. Colocoti'oni , de Kariténa, vivait alors retiré à Zante.
Le cri de l'insurrection surprit Odyssée dans l'île d'Ithaque, où il supportait tort iuqîatienmient le repos. Je l'ai vu dans celte ile, sa patrie , peu de teinj)s avant que l'insurrection u'édatàt. 11 venait sou\ent au lazaret visiter un de ses compatriotes qui y faisait ([uarantaine en ntcnie tenq)s que moi. Il s'asseyait la par terre sur sa capote velue, devant la grille de l'espèce de prison où l'Albanais était enfermé counne un aigle dans luic c;mc.
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Odvssée, ([iron appelait autour de nous le eapitaiue Dysséa, était un homme qui paraissait avoir alors trente et quelques années, de moyenne taille, et dont l'air annonçait plus d'audace et d'intelligence que de douceur et de honte. 11 menait richement vêtu à l'alhanaise et paré de fort helles armes, et passait là, en face de son compagnon, des heures entières, à fumer, à ne rien dire, ou à se faire raconter les événements de Janina , qu'il écoutait avec une attention profonde et méditative; carie nouveau venu avait quitté depuis peu de jours ce théâtre de la guerre ; il venait de la forteresse du lac, qu'Odyssée avait quittée lui-même tout récemment. C'était, m'a-t-on dit, le proto-paUikar d'Odyssée, Diacos, {[u'on a \u ensuite vaincre à Livadie , mourir empalé près des Thermopyles, et dont la mort, vengée aussitôt par Odyssée , a inspiré aux nouveaux rhapsodes de la Grèce une de leurs plus belles chansons, ^a) Ces deux chefs ne se doutaient guère en ce moment du rôle qu'ils étaient destinés à jouer. Les projets qu'ils méditaient ensemble paraissaient avoir pour but moins la liberté publique qu'une vengeance particulière. Odyssée avait commandé pour Ali-pacha à Livadie, et Diacos y était son second. Lorsque la guerre contre Ali fut déclarée, les habitants de Livadie avaient chassé le lieutenant du visir, et c'est de cette insulte ([u'Odyssée et Diacos parlaient de se venger contre la ville même. 11 parait qu'ils manquaient d'argent ; car ils nous firent proposer de nous vendre un sabre magnifique, présent d'Ali-pacha ; ils nous l'offraient pour fiOO piastres. Ils en ont fait ensuite un si bon usage que je ne saurais regretter de ne l'avoir pu
(') Chnnls pnpnUiirex de la Girrc innlr.rnr, \iv. srrl. ii, loiiic II
acheter. Je ne crois pas ({ue jamais aml)itieux ait eu plus envie d'un empire que n'en témoignait de ce sabre l'Albanais que nous avions à notre service, compagnon plutôt que domestique. Lui-même, avant de nous l'apporter, avait voulu l'acheter : Ce sabre est trop lourd pour toi , lui dit Odyssée.
Démitri (c'est le nom de notre Albanais) a montré qu'il n'était pas indigne du moins de le manier ; car il n'a pas été des derniers à courir en 3Iorée dans les rangs de l'insurrection. 11 était à la prise d'Athènes; il y brûla la maison qu'il y avait habitée avec nous : Sapete la cam dl questa povera Jaliornina^ nous écrivait- il en IS'22, l'abbiamo abbruciata , coi dodici Turchi.
Il combattait alors parmi les pallikars d'Odyssée, sous lequel il avait déjà tenté de s'enrôler au lazaret d'Ithaque. Le capitaine Dysséa va aller brider Livadie, nous vint-il dire un jour, /aj envie de me mettre avec lui. Brûler Livadie , c'était chose tentante 1 sa première vie lui revenait au désir.
Il avait été élevé clans les montagnes parmi les kleftes, fils de klefte lui-même, l'enfant, il portait déjà des balles à son père, qui se battait dans Souli. Il avait même conservé pour ce père une profonde admiration. 0 .' quel grand brigand c'était! s'écriait -il avec un sérieux plein de respect. 0 il mio paclre, cite gr an brigante !
Il nous parlait avec bonne foi et une naïveté toute singulière de ses propres faits et gestes en Albanie. C'étaient quelquefois des actions qui lui eussent mérité, dans sa vraie et exacte signification, le nom dont il honorait scm |)ère. Il nous contait, connue chose i)laisantc, de même qu'il nous aurait
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conté des tours d'écolier, comment il attendait les passants dans nn défilé ; comment il avait m» jonr coupé le con à un Juif, un autre jour à un ïurk ; comment ensuite il partaiieait leur argent avec ses camarades. Et c'était un homme à l'air doux, aux yeux bleus, à riiumeur gaie, un excellent garçon ; lidèle, plein de probité, ayant notre bourse dans sa ceinture, sans songer à en détourner un para ; dormant sur la terre devant notre tente dans les lieux les plus écartés, sans avoir d'autre idée que celle de mourir pour nous défendre. Mais tuer un Juif ou un Turk ! il le faisait sans remords, sans méchanceté et presque avec innocence; car il n'y voyait point de mal ; ses exploits de grands chemins lui semblaient seulement des épisodes de la guerre générale.
On a vu dans un des chants précédents le portrait du chef albanais d'après Odyssée; je me suis rappelé Démitri en peignant dans celui-ci le simple pallikar. J'ai même reproduit le refrain de la chanson qu'en voyageant avec nous il fit tant de fois retentir sur les montagnes.
NOTK «3, PA(;i: 145.
et SOS échos sonores En frappent de Soiili los plus hauts niéléoros.
On a vu qu'on appelle du nom de météores, en l'hessalie et en Épire, des montagnes on plutôt des rochers qui ont la forme d'un cône allongé et qui ressemblent à d'épais et gigantesques obélisques. En E|)ire, il y a de petits châteaux forts sur ces météores ; en Thessalie, des monastères. On monte à ces monastères au moyen d'un filet (pii pend au bout d'une corde, (lelui (pic le besoin ou la curiosité con- II. i5
386 NOTES DU POÈME DE LA (iRÈCE.
duit au sommet de ces météores y arrive suspendu dans le fdet à deux ou trois cents pieds du sol.
L'empereur Jean Cantacuzène a été moine en Thessalie, dans le principal monastère des météores qui se dressent au milieu de la plaine où coule l'Ion.
De l'Achéron hiboiirent les rizières.
L'Achéron, aujourd'hui le Glikis, ainsi qu'il a été dit à la note a de la page 148.
11 eût peut-être semblé naturel que le pallikar se servît dans la chanson que je lui fais chanter du nom actuel de la rivière de Souh ; mais il arrive souvent que les auteurs des chansons grecques modernes mêlent indifféremment les noms anciens et les noms nouveaux. Ainsi ils disent l'Olympe et le Kissavos (Ossa), etc. J'ai voulu imiter par un semblable mélange jusqu'aux connaissances confuses des rhapsodes de la Grèce actuelle, afin de rendre ma chanson plus semblable aux leurs.
AOTE 85, PAGE 150.
Daulis rajeunit diin combat, Et Marathon d'une victoire.
On a remarqué (ju'un des premiers succès de la guerre actuelle avait été obtenu à Marathon. Diacos a illustré à Daulis le Triodos de Sophocle.
Ce combat de Daulis n'a pu être qu'uiie rencontre II n'v