II
Le prince Khandjéris a été mis à mort peu auparavant , ainsi que le prince ]Ma\rocordato , frère de celui que nous avons vu s'illusti'er en Grèce : la rage du sultan s'attaqua particulièrement au quartier du Fanal, qu'habitaient, comme on sait , à Gonstantinople les grandes familles grecques.
Quoi! l'affreux chevalet , les osselets, le pal?
Quoi! les ongles de fer rougis dans la fournaise?
Les saints pasteurs d'Hémus , d'Andrinople et d'Éphèse?
CvTille, archevêque du mont Hémus. Eugène, archevêque d'Éphèse. Dorothée, archevêque d'Andi'inople : il avait été élevé en Frc.nce, à l'école polytechnique. On pourrait faire ici une longue hste des martyrs qui siU)irent non-seidement la mort, mais les tortiu'es, avec tant de courage.
Les osselets sont une espèce de chapelet dont les bourreaux turks étreignent la tète des malheureuses victimes.
ÎS'OTE 110, PAGE 172.
Et lui-même aux bourreaux préside . le sultan ?
On a dit et imprimé que le sultan 3Iahmoud a assisté , dans la place de TAtmcidan , aux exécutions ; cela ne doit point être exact. Mais il y a un pavillon attenant au mur oriental du sérail, et qu'on appelle Alaï Kiosky, où le sultan \a. quelquefois, sans être vu, et caché derrière ses jalousies, regarder passer ceux qu'il est curieux de ^ oir mener à la mort.
Celui qu'une affreuse curiosité peut entraîner à voir ainsi conduire ses victimes au supplice n'a pas souillé moins cruellement ses yeux qu'il ne l'aurait pu faire par le spectacle de leur mort même ; et ou peut dire sans mensonge (pi'il a présidé réellement lui-même aux bourreaux.
Constantin Mourousi a été exécuté devant Alai Kiosky , et [)ar conséquent en préseuce même du sultan.
NOTE 111, i\\(\E 173.
Le couvenl que j'aimais, au piixl du mont Hymette.
Le couvent des capucins, où j'habitais pendant mou dernier séjour à Athènes. Voy. note 1 18.
Empreint sur la fontaine et la roche d'Homère.
Lieux célèbres dans l'ile de Chio. La roche appelée hcole (J-Hot/ièreQfit voisine de la Fontaine du Pacha. Voy. note 120.
Il y a aussi une Feole d'Homère à Tthaque, dans la partie de l'ile où se trouve Oxoë.
Aux snurrcs du Mêles a-t-on vorsé dos pleurs?
On sait (pie le .Mêles coule près de Smyrnc, mais on ne sait pas hieu à t|uel endroit, car la ville d'Alexandre a été bâtie a une autre place que la ville d'Homère, et deux ou
trois rivières se disputent le nom de jMélès. Les uns ont voulu que ce fût cette espèce de torrent qui descend du Sipyle, et qui ne peut être que l'Achéloiis ; d'autres , cette rivière qui passe non loin de Smyrne, sous le pont des Caravanes, et qu'il faut absolument reconnaître pour le Caléon. Où est donc le Mélès?
A peu de distance du pont des Caravanes , il y a au bord de la route de Constantinople une source belle et abondante, qui forme en naissant im lac plein de roseaux grands et touffus. Cette source, ombragée d'un vaste platane, donne naissance à une jolie petite rivière qui va se jeter à la mer après un cours seulement de trois quarts de lieue, et fait presque en naissant tourner un mouUn. C'est à cette petite rivière qu'une opinion nouvelle donne le nom de Mélès.
Ses eaux sont thermales , et ont une vertu curative , ce qui ajoute un nouveau degré de probabilité à l'opinion qui reconnaît les sources du Mélès dans ce qu'on avait appelé jusqu'à ces derniers temps les bains de Diane ; car dans la mosquée du délicieux village de Bournabat , on lit sur une de ses douze colonnes antiques une inscription grecque que j'y ai copiée , et par laquelle un malade rend grâce au Mélès de sa guérison. Or les eaux de la rivière de Diane ont seules cette vertu curative dans tout le territoire de Smyrne. V^oici l'inscription :
TMNn OEON
MEAHTA nOTAMON
TON 2nTEPA MOT
nANT02 AE AOIMOT
KAI KAKOT
nEnAÏMENOÏ.
Le sang a-t-il coulé dans la rue enchantée
Que de leur nom charmant les roses ont dotée?
La rue des Roses est à Smyrne dans cette partie de la ville qu'on appelle les Jardins. C'est un quartier rempli d'agréables petites maisons bien propres , bien peintes , et d'où s'exhale je ne sais quelle fraîcheur qui fait emie. Elles attirent les regards sous leurs vestibules pavés de dalles, et ombragés de vignes ou d'un grand arbre; c'est là que les femmes travaillent , ([u'on aperçoit en passant leurs jolis groupes, leurs sourires, et sous leurs longs cils noirs , des yeux bleus qui ne sont pas sans coquetterie ; ou bien on les voit , derrière les fenêtres avancées des premiers étages , étendues le long des sofas, tout à fait séduisantes.
On rencontre beaucoup de belles femmes dans la Grèce et dans ses îles : il n'y en a nulle part d'aussi jolies qu'à Smyrne, et smiout en aussi grand nombre. Ailleurs on remarque une femme qui est belle ; à Smyrne , c'est une femme laide qui est l'exception.
La Smyrnéeune n'a dans sa démarche un peu gauche (^ )
(•) « Ah! si les montagnes pouvaient s'abaisser, et me laisser voir « Athènes, où mon amie a la démarche d'une oie ! »
On pourrait presque, si elle était aussi polie et aussi bienveillante en français (pi'elle l'est dans l'original, appli([uer aux femmes de Smyrne cette chanson grecque que M. Ambroise Firniin Didot applique à leurs voisines les femmes de Cydonie, dansun ouvrage que trop de modestie lui a fail destiner à ses amis seuls, et où tout le moude trouverait comnie eux instruction et plaisir : Notes d'un Voi/afjc fait dans le Levant en 1816 et 1817.
ni la nohlesse imposante d'une Italienne, ni l'élégance d'une Française ; l'habitude d'être toujours sur des coussins lui donne un air de grand abandon et de nonchalance , mais qui n'est pas sans beaucoup de grâce, et, si je l'osais dire , de volupté. Elle est faite pour les divans. Elle ne sait pas marcher, elle ne sait pas se soutenir ; on dirait qu'elle plie comme accablée sous un doux faix ; l'air embrasé , plein de mollesse, pèse sm' elle; elle semble dire, comme la Sunamite : « Soutenez-moi avec des fleurs et fortifiez-inoi avec des fruits , parce que je meurs d'amour. »
L'étroite et légère tunique de soie que portent les femmes de Sm} rue , comme autrefois les sultanes ou les bergères de nos théâtres , leur fait une taille courte et peu gracieuse ; mais ce leur est une chose très-seyante que ce voile de moussehne qu'elles laissent retoml^er devant leur cou, rejettent en écharpe derrière leur épaide , et nouent ensuite au-dessous du sein , comme une ceintui'e. Surtout elles ont une coiffure charmante, dont toutes se parent, riches ou pauvres. Sm' un fond de drap rouge ou blanc , elles façonnent uu turban autour de leur tète avec les belles nattes de leurs cheveux mêlés de gaze de couleur et de fleurs naturelles. Cette coiffure donne à l'air quelque chose d'agaçant, et beaucoup d'éclat aux yeux. Elles la recouvrent, quand elles sortent, d'un voile de mousseline ou d'une dentelle noire.
L'Hercinc aux l)elles (>au\ a deux sources limpides , L'une (le la niéiiioire . et l'autre de l'oubli.
Voyez Pausanias. (a's noms donnés aux sources de l'Her-
cine tiennent en quelque chose aux mystères de l'antre de Trophonius , lequel est auprès. On y trouve même encore le mot des initiations 2:ravé sur le rocher.
Le lac Copaïs, aujoui'd'hui Topolias, est voisin aussi de Livadie. L'été , c'est une plaine verte , et en beaucoup d'endroits cultivée. La fontaine de Tirésias coule au bord du chemin , ù l'ombre de deux grands figuiers. Tout ce pays est riche et beau : la maison de mes hôtes le dominait tout entier, cojnme suspendue au-dessus de Livadie. On embrassait de là toute la plaine jusqu'à l'Eubée. Cette maison est sans doute détruite aujourd'hui. J'ai su que la famille grecque qui l'habitait s'est réfugiée à Cérigo ; elle n'y saurait trouver une hospitalité plus généreuse et plus aimable que celle qu'eu d'autres jours elle donnait elle-même.
NOTES
Des îles du Levant Chios était l'envie , Presque libre au milieu de la Grèce asservie.
L'île de Chios était , par sa richesse , son commerce , son industrie, Yéritahlement sans rivale, en 1820, dans tout l'Archipel. Ses étabhssements prospéraient, son collège était florissant;. elle jouissait d'une grande tranquilhté et de plus de privilèges que la plupart des autres îles grecques. Bien qu'un mousselim fût censé les gouverner, les Chiotes en réalité se gouvernaient par eux-mêmes et suivant leurs plus anciennes lois. Sur une population évaluée à près de cent mille âmes, à peine comptait-on dans l'île trois ou quatre mille Turks.
Chios était l'apanage de la sultane Vahdé, et ïC honorait de la protection particulière du harem impérial de Constantinople. Les vingt-deux villages qui cultiveut les lentisques sur la montagne fournissaient, par année, soixante mille oques de mastic aux femmes du sérail, qui font de mâcher
cette gomme leur principale occupation. Si, après avoir fourni le tribut, il restait aux raïas quelque chose de la récolte annuelle, ils avaient le droit d'en disposer pour leur compte , mais ils ne pouvaient le faire qu'en faveur de leur aga, lequel aga en fixait lui-même le prix; il l'achetait une piastre l'oque et la revendait douze. Tout mastic trouvé sans le cachet de l'aga était confisqué , et le vendeur comme l'acheteur roué de coups de bâton. Bien donc que l'escla- A âge de Chios fut aussi léger que l'esclavage peut l'être , on voit qu'il n'était pas tout à fait exempt des vexations qui pesaient sur le reste de la Grèce. Cependant tel était en géneraU'état tranquille et prospère de cette île , que lorsque le navarque Tombasis se présenta devant elle avec la flotte grecque, elle refusa de se joindre à 1 insurrection. Forcée bientôt de donner des otages aux Turks et même de leur livrer ses armes, elle comprit alors, mais trop tard, qu'elle avait été aussi imprudente qu'égoïste en refusant de faire cause commune avec les autres iles de l'Archipel. L'archevêque de Chios, Platon, bien dilférent de l'archevêque Germanos , de Morée , avait conseillé la temporisation et la faiblesse , et ses conseils furent trop bien écoutés par des hommes que les richesses avaient énervés. 11 en a été luimême trop cruellement puni pour qu'on puisse être tenté de faire peser le sang de ses compatriotes sur sa mémoire («) La ville de Chios, appuyée sur le penchant de la montagne, et étendue dans une riche plaine au bord de la mer, régnait sur soixante-huit villages , dont vingt-deux a})partenaient au sultan et trente-deux aux moines.
(•) Relcmi coimiic olayc dans le rliâleaii , il y lui i>eiKlii le ô mai iHii.
Ceux qui l'ont visitée avant la révolution grecque l'auront trouvée telle qu'elle est peinte dans ces chants. Rien de plus riant et de plus animé que l'aspect de cette ville et de ses environs, couverts d'arbres, de cultures, et de maisons de campagne qui , s'étageant des deux côtés de Chios , semblaient en faire partie et lui donnaient une étendue de plusieurs lieues entre la montagne et le rivage. Des jardins d'orangers et de citronniers entouraient toutes ses maisons , la plupart bien bâties et semblables à des palais. Elles ont été élevées par les Génois lorsqu'ils étaient maîtres de la Grèce et de ses iles. Ils venaient de leur ville de Gènes y passer la belle saison. De vastes couverts de vignes à grosses grappes, soutenues par des piliers , y procuraient au milieu de la plus grande chaleur une ombre agréable. Auprès des portes de quelques habitations turques, des fontaines de marbre donnaient leur eau au passant.
Les femmes de Chios sont johes et d'une ligure très-avenante : elles ont dans les traits moins de régularité, mais plus d'expression que les autres Grecques , celles de Smyrne exceptées. Leurs yeux sont en général très-signilicatifs , et leurs dents fort belles. Il y a un quartier de la ville où on peut les voir en grand nombre sur le pas de leurs portes et devant les boutiques, occupées à dévider et à teindre la soie, à faire des bom'ses et des filets , à préparer les fleurs pour » les réduire en essences. Ces atehers en plein air présentent l'aspect le plus agréable. On sait que la production des essences est, avec celle du mastic, la principale industrie de Chios. C'est l'ile où on cultive le plus de Heurs; elle fournit aussi des jardiniers à tout l'Orient.
Je n'ai i)as l'inteiition de grossir cette note de tous les
CHANT M-rVlf^.ME. 4H
détails queCtiios, sou gvmiiase, ses établissements divers pourraient me fournir. Tous les voyageurs les ont donnés. Aucun n'a pourtant, que je sache, parlé de la poste aux lettres de la ville. Elle est curieuse, elle mérite qu'on la remarque. C'est une pierre au milieu d'une petite place. Les marins qu'on a chargés de lettres , soit à Scala-Nova , soit à Smvrne, soit à Constantinople , les déposent sur cette pierre dans la rue ; les gens qui en attendent viennent ^ oir dans le tas s'il en est à leur adi-esse , et ils emportent celles qui sont pour eux , en laissant les autres éparpillées. Ce qui est digne d'attention, c'est que ces lettres, mises là par terre, sont respectées, que personne n'y touche si ce n'est ceux à qui elles peuvent appartenir. J'en ai vu huit ou dix au milieu de la rue, un peu sales, m.ais qu'importe! 3Ion embarras est de savoir ce que devenait la poste aux lettres quand il taisait du vent. Malheur au courrier s'il survenait une pluie. Mais la pluie, y pense-t-on, s'en souvient-on sous ce beau ciel? entre- t-elle pour quelque chose dans les arrangements et les prévoyances de ces peuples ?
Le cœur saigne en songeant aux événements dont ce pays a été, en 1822, l'affreux théâtre. L'imagination se refuse a croire que toute une population ait ])u être ainsi exterminée ou dispersée; et pourtant Chios était de\enue véritablement un désert. Mais telle est la fécondité de cette côte que peu de temps après le grand désastre, ses jardins, ses oliviers , ses vignes lui avaient déjà rendu sa première appaix'iice. Des voyageurs, y passant au printemps de 1825, y trouNèrent même déjà revenus douze ou quinze mille habitants. Mais si la nature répare bien vite ses pertes, les ou\ rages des honnnes se refont lentement. Presque toutes
les maisons de la \ille étaient encore à cette époque sans toiture, sans fenêtres, à jour et en ruines.
C'est Glarakis ! c'est moi '. je vis encor.
Sur une population de cent mille âmes que renfermait rUe de Cliios au moment de l'insurrection grecque, un petit nombre seulement avant pu échapper au désastre, j'ai cru longtemps que M. Glarakis avait subi en effet le sort delà plupart de ses compatriotes, jusqu'au moment où les feuilles publiques m'ont appris qu'il était ministre de l'intériem' du nouvel état grec.
M. Glarakis était un des professem's les plus distingués du gymnase de Chios. 11 avait achevé ses études à Paiis, où il suivit pendant quelques années des cours de médecine et de philosophie ; et , après avoir parcouru la France , l'AUemague et l'Italie, il retom'nait dans son pays plein de savonet d'idées généreuses, au moment où, en 1820, je quittais moi-même la France pour aller >isiter la Grèce. jNous avons partagé un mois enseml)le, sur le Thémistocle et à Hydra, rhospitahté de Tombasis.
C'est à M. Glarakis qu'a été adressée cette charmante épitre grecque de N. S. Piccolos :
H>.6c , T/.T.-.T./.r. ou-y-î , r, 77c6s'ja='vr, wpa , etc.
Ces jeunes Grecs , exilés à Paris, qui le trouvaient si heureux de revoir la montagne de Cliios, la. Fontaine du Pacha et V École d'Homère, et qui le suivaient de tant de \(eu\ \ers
l'île regrettée, ne se doutaient guère des malheurs que leur ami allait chercher.
Pouqueville raconte que la jeune femme de Glarakis, après avoir \u tuer sous ses yeux son père et sa mère, et emmener sa sœur esclave , n'a échappé que par miracle à la destinée de sa famille. Elle a fui vers la montagne, seule, sans asile , sans nourriture, dans un état de grossesse avancée; et c'est au creux d'un rocher qu'elle mit au monde son enfant, sans être secourue de personne. Llle fut trouvée là par des Psariotes, qui la conduisu'ent à Hydra. Elle avait à peine seize ans.
iNOTE 118, PAGE 182.
Mais, le reconnaissant sous sa teinte cuivrée,
.le m'élance et m'écrie : Est-ce vous, Paul d'Ivrée?
Voy . Pouqueville , Histoire de la régénération de la Grèce.
Ce capucin de la mission de France, dont l'historien ne sait pas le nom , que l'ile de Chios n'a pas connu elle-même autrement que par ses honnes œuvres et son incroyable dévouement, c'était le père Paul d'Ivrée.
Le père Paul, lors de mon séjour à Athènes, occupait le couvent de Saint-Louis, et composait à lui seul toute la communauté franciscaine; homme simple et bon, remaiquable non par la science , mais par la charité.
Le couvent des capucins a été hrùlé en 182'i ou 1823; mais le feu parait avoir respecté le numument choragique qui s'y trouvait enclavé, et qui faisait partie d'une cellule.
iU NOTES DU POi:ME DE LA GRÈCE.
La Lanterne de Déwosthcnes était le cabinet frétude, cabinet nn peu poudi'eux, de l'excellent père Paul.
On sait que lord Byron a habité ce couvent , auprès de lui, pendant prè^ d'une année. Il y a passé quelques-uns des plus beaux jours de sa jeunesse. C'est de là qu'il a daté plusieurs de ses ouvrages. Après s'être fatigué toute la journée à courir à cheval dans la foret des oliviers , ou à se baigner dans la mer à la rade de Phalère , il y revenait le soir se mettre au travail , cai' il ne composait guère que la nuit , et il faisait ses vers à haute voix et en se promenant dans la chambre ; l'inspiration de son âme avait besoin d'une excitation physique. J'habitais, au couvent, la même chambre qu'il y avait fait arranger, et où il s'était donné le luxe d'une cheminée ; chose aussi rare à rencontrer dans les maisons de Grèce, qu'une trace de roue sur les chemins. Je Tai habitée moi-même plus longtemps ([ue je n'aurais ^ oulu , retenu par une maladie grave qui a failli me donner les honneurs du temple de Thésée ».
M. de Saint- André logeait avec moi chez le père Paul, il était alors consul de France à Napoli de Romanie ; il l'a été ensuite à Trébizonde et enfin à Prévèsa. Je ne saurais oubher l'amitié de cet excellent jeune homme, qui, presque sans me connaître, me prodigua les soins d'un frère. Ce n'est plus qu'à sa mémoire que je puis adi-esser ma recon-
(") Le temple de Thésée était alors un lieu de sépulture pour les étrangers qui mouraient à Athènes. Lord Bjron y avait lait inscrire cette épitaplie sur la tombe <l'un de ses compatriotes :
Si iniseranilus in iiiortc, beatus lamen \n scpulci'o.
Il ne se doutait i^uérc que cette epitaphc semblerait un jour avoir clc l'ait»! pour lui-même.
CHANT NFrviKMF. ^i-
naissance. 11 est mort dans cette même Grèce où il avait fait du bien , et où il avait sauvé tant de malheureux Grecs. Tl n'a peut-être pas eu un ami pour lui donner les soins que j'aurais tant aimé à lui rendis, et qui eussent pu le sauver. Les historiens de la régénération de la Grèce parleront avec honneur de M. de Saint-André; je ne veux parler ici que de mes regrets.
11 serait difficile de reporter son souvenir vers Athènes sans songer à M. Fauvel, qui en lit longtemps les honneurs au nom de la France avec tant de bonté , de savoir et de grâce. Peu de voyagem-s ont quitté l'Attique sans avoiicontracté envers cet honorable vieillard une dette de gratitude. Les événements l'ont forcé de fuir loin du lieu qui était devenu sa patrie. Sa maison , dont il avait fait le musée d'Athènes , sa jolie maison , si hospitalière , a été ravagée et brûlée. 11 vit maintenant réfugié à Smyrne; son âge lui permettra-t-il de voir luire pour son pays adoptif des jom-s plus heureux !
Alix lueurs dun brasier une internale ronde.
Ceci est un souvenir, mais non pas de Chios, bien que Chios, selon les récits de Pouqueville et de plusieurs mémoires contemporains, ait été témoin de scènes à peu près semblables. J'ai rencontré, sur le chemin de Daulis, au khan du Triodos, une bande de derviches qui a passé presque toute une nuit à danser autour d'un grand feu, en IMHissant des hurlements bizarres. Leurs pieds, tombant eu
cadence , ébranlaient tout le khan ; leur chant bruyant et monotone finissait par faire tourner le cœur. Ils sont remontés à cheval aux approches du matin , après s'être ainsi reposés quelques heures. Ils avaient véritablement plutôt Fair d'une troupe de démons que d'une compaiinie de moines en voyage.
Nous regardions du ciel descendre une soirée Comme celle t\m naît pure, calme et dorée.
L'École d'Homère est à deux lieues environ de la ville, à l'extrémité septentrionale des jardins et des maisons de plaisance qui bordent le rivage, sur un rocher qui s'élève en surplomb à peu de distance de la mer.
Homère, selon Hérodote, enseignait à Cliios, et les habitants de l'île prétendent que c'est en cet endroit même, où l'on trouve taillés dans la pierre une sorte de siège et , autour du siège , des espèces de bancs. Quelques savants voyageurs disputent à ce lieu le nom qu'il a reçu; ils disent que là était un temple. Mais qu'importe! les iiabitants de Chios ont raison contre tous les savants du monde ; leur rocher est V École d'Homère; trouverait-on à l'appeler mieux?
J'ai eu du plaisir à me représenter Homère aveugle, assis sur ce roc, au milieu de jeunes disci|)les , en face de la mer, par quelque bL41e soirée d'été semblable à celle dont j'ai joui moi-même à cette place. J'aimais à l'entourer du calme , du silence, et , pour ainsi dire, du respect de toute la natiu'e.
C'est le ■2.") iuillet 1S20 (|ii(' nous xisilioii^ ce lieu consacré
r.IIANT NELVIKME. 417
par la vénération des siècles. Le jour était près de finir, la lune connncnçait à se réflécliir sur les eaux, la nier paisible et presque unie \enait mourir avec le plus doux murmure dans la jolie baie qui s'arrondit devant la l'onlaine ihi Pac/tn. Plus de vent parmi les vieux platanes qui la protègent; ils ("taient aussi silencieux (]^ueks deux cvprès du bord ; à peine cntendait-on tomber l'eau de la fontaine dans son ange de marbre ; Tair était embaumé.
C'est devant cette même FunUùne du Ihirha que, moins de dix mois après (8 mai IHil , se présentait Tombasis a\cc sa flotte de uucrre.
^OTES