‹ ŒuvresChapitre 61 sur 65 · DU CHANT DIXIÈME · texte numérisé non relu

DU CHANT DIXIÈME

NOTi: 121, PAGT-: 197.

Au t'nnd d'un i^olfe à l'eau verdàtro.

L'eau, si bleue daus Tarcliipel, devient verdàtre dans la rade de Smyrne. La couleur verte de la mer indique souvent que l'eau a peu de fond.

L'Hermus, qui débouche en face du fort Sangiac, à peu de distance de l'ancienne Phocée, le riche Hermus, nonseulement 7ie roule plus cVor, mais , ce qui est plus fâcheux pour un fleuve , il ne roule même plus d'eau , du moins en été. En le traversant au mois d'août , on le cherche , et on voit à peine un mince filet serpenter connue éiîaré au milieu de pierres, de cailloux, de petits platanes , d'agnus-castus. Dans l'hiver et au ])rintemps, les torrents qui le remplissent lui rendent une ai)|)arcnce de ileuve , et ])ousseut alors dans le golfe ces sables, qui gagnent d'année en année, et finiloiit par l'eiincr la passe.

n'est à rentrée du golfe, à la hauteur du cap Cara-Uour-

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non, (jiie les vaisseaux qui font voile vers Smvriie trouvent ordinairement ïimbut, le bienfaisant imbat . ce vent d'ouest si célèbre dans le pavs, (jui souffle du lariie , et dont le retour régulier ^ient rafraîchir tous les matins à la même heure la haie éolienne. A Smjrne , dans les mois d'été, on ne commence >raiment chaque jour a respirer et à vi\ re (|u'a l'arrivée de ïiinbaf.

rsOTi- 1-2 -2, PA(;]: lo;.

Un rivaire brillant nionlo pn amphilhôàtre. C'est Sni\ me !

Cette ville, Tentrepôt et le marché de l'Orient, se présente, au fond du golfe (pii porte son nom, encadrée de longues hgnes de cvprès, et dominée par une colline qu'écrase un large château fort : c'est l'antique mont Pagus , où Alexandre s'endormit un jour sous un ])latane ])our rêver la fondation de sa Smv rue , dont on voit encore des déhris. De loin, la rade parait remplie de mats; les cvprès, se confondant avec les vaisseaux, produisent cette illusion c(miplète; mais de près on est fort étonné de la trouveipresque vide. Quand je l'ai Aue, on n'y apercevait guère, semés çà et là, qu'une trentaine de navires, parmi lesquels quatre ou cinq d'Europe seulement, et un Américain.

Toutes les villes d'Orient se ressemhlent ; et . aux yeux d'un étranger, les cvprès, les minarets, les rues étroites, le silence, les incendies, doiment a toutes un air de so-urs, I.a ))este était entrée à Smyrne. le matin même de mon arrivée, a la suite d'un pacha. >"nus entendions, de la mer, le canon

saluer leur bienvenue. La peste exerce souvent les |)lus grands ravages dans cette ville resserrée et populeuse. En 1814 elle y moissonna plus de quarante mille personnes, à peu près un tiers des habitants : on a remarqué qu'elle était surtout terrible quand elle venait d'Egypte.

A voir combien les incendies y sont fréquents , on pourrait presque se croire à Constant! nople. Douze ou quinze cents maisons avaient brûlé peu de jours avant mon passage. La place fumait encore : et telle est la puissance de l'habitude et le calme imperturbable des Orientaux , que les marchands voisins étaient déjà , dans leurs ]x)utiques , couchés sur leurs nattes, sans plus songer à rien. Dans les cafés contigus aux débris , les Turks , assis les jambes croisées et faisant tranquillement leur />ief, regardaient monter près d'eux la fumée avec autant d'oubli et d'indifférence qu'ils regardaient celle de leur pipe.

Ce qui frappe surtout à Smyrne , ce qui étonne d'autant plus que sa population tout entière est commerçante , c'est le silence qui y règne. Le mouvement qu^on peut voir sur le port et devant les magasins se fait à peine entendre; les métiere ailleurs étourdissants , sont là sans bruit ; pas de voitures, peu de chevaux , nulle rumeur : on dirait que les hommes qu'on rencontre parlent enti'e eux à voix basse ; les femmes sous leur voile glissent le long des maisons comme des ombres ; ces chameaux , dont on aperçoit les longues files passer lentement dans les rues étroites à la suite du petit âne qui les conduit, paraissent poser leur pied large et mou sur le sol avec ])récaution ; les bois de cyprès , élevés par ])laces dans la ville , semblent a\ ec leurs tombes en accroître le silence. Cependant Smyrne plaît, elle n'est

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pas triste , on ne la sent pas inanimée ; dans plusieurs de ses quartiei^s les maisons sont agréablement mêlées aux. ombrages; ses ])azars sont l)eaux, ses environs sont charmants : j'ai parlé de ses femmes.

Les Grecs formaient en 1820 emiron un tiers de sa population : les six années cruelles qui viennent de s'écouler en ont sans doute bien diminué le nombre. Cette ville a été le théâtre d'affreuses scènes : le quartier grec a dû être presque entièrement ravagé et détruit; beaucoup de ces jolies maisons ornées de peintures et de persiennes ont peutêtre été brûlées ; beaucoup de ces femmes qui les habitaient , égorgées ou vendues !

D'Arméniens, de Juifs et de Tuiks entourée.

Ordinairement cha([ue esclave mise en > ente attend les acheteurs dans une cliajnbre séparée : ce sont même des femmes qui sont cliargées d'en montrer les détails. Mais , dans le désordre d'une guerre d'extermination, les Turks n'y ont pas regardé de si près , et ils ont vendu des prisonnières grecques en public , et pour ainsi dire sur place. l?ien ([ue la Acrité poétique n'ait pas besoin d'être calquée sur la vérité réelle, je crois m'être peu écarté de celle-ci même, en plaçant une ejichèiv d'esclaves au milieu d'un bazar.

On aura peine à croire (ju'au siècle où nous \ivons un seud)lable trafic de ])opulalions chrétiennes ait i)u se faire en présence de l'Europe. On conccNra encore moins qu'une |)uissance chrélienne n'ait [)as craint de prêter ses vaisseaux

i22 NOTES DU POEME DE LA GRÈCE.

à cette traite infâme. Il faut le dire à rhonneur de la France , qui prend toujours l'initiative des sentiments généreux, et qui, en cela comme en tant d'autres choses, a donné le si^înal aux autres nations , c'est elle qui la première a mis du moins l'iunnanité à l'ordre du jour de sa politique. Le premier acte public où la pitié ait été stipulée, et où l'opinion favorable aux Grecs ait été légalement proclamée, a été voté en France par le premier corps de l'état, à la Aoix d'un pair illustre , ^\. de Chateaubriand. U appartenait à l'ami ancien , à l'hùte de la Grèce, à celui qui , n'ayant encore qu'un pouvoir littéraire, avait appelé sur elle l'intérêt de TJ^urope par ses ouvrages , de continuer en orateur et en homme d'état ce qu'il avait commencé en écrivain et en poète.

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Oui, tandis que si doux vos pieds vêtus de soie Des fleurs de ces tapis foulent, le riche émail.

Tout le morceau qui termine ce chant a été écrit au commencement de 182.5. On conçoit qu'il a dû l'être en effet avant que, dans Paris, les femmes aient donné le noble exemple, imité avec tant d'empressement dans toutes les villes de France, et suivi chez les autres nations. Ce qui était un vœu au moment où j'ai l'ait mes vers est devenu bien vite une réalité.

Ce serait , dans la suite du poëmc , une chose belle à reproduire que ce mom émeut imprimé par nos aimables femmes à la j)itié pubhque; ces ventes, au bazar, de leurs bijoux et des ou\raiies tra\ aillés par leurs mains; ces quêtes oîi l'on

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a Ml les plus lichcs, les plus jeuues et les plus délieutes, aller à pied de rue eu rue, Irapjjer de porte eu porte, inoutcr d'étage en étai;e, et demauder à l'hôtel et à l'éelioppe, aux salous et aux boutiques , l'auniôue |)our le peuple i;ree ; enfin ees coneerts où elles attiraient la bienfaisanee a l'appât du plaisir, oii les plus timides , eourageuses de pitié , ont pu s'exposer aux regards et aux applaudissements de speetateurs payants, et prodiguer devant le publie, sur une estrade, au |)rofit d'une naticm malheureuse, ees talents cultivés pour leur seul amusement, et qui ne s'étaient fait eutendi'e qu'aune famille et à des amis. C'est ainsi que, par toutes sortes d'exemples et de séductions touchantes, elles ont entraîné ])eaucou|) de cœurs a ers la (îrèce. Si l'on ne peut pas dire que des quêtes aient été faites dans les églises, et que les orateurs sacrés soient montés en chaire pour appeler la charité au secours d'un peuple chrétien , du moins on se souviendra toujours avec reconnaissance de ces généreuses missionnaires qui ont accompli ce devoir de rimmanité et de la religion dans les salous et dans les rues, en même tenq)s que les orateurs politi(pies le renq)lissaienl a la tribune nationale et à la chambre héréditaire.

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