IV NOTICE BIOGRAPHIQUE
qu'il avait obtenus dans les conférences du séminaire Saint- Sulpice et dans la chaire de la cathédrale d'Amiens , où il avait prêché n'étant encore que diacre ; ils l'engagèrent à prêcher dans leur église , et un an ne s'était pas encore écoulé que tous se disputaient la salislaction de le voir rompre le pain delà parole de Dieu à leurs paroissiens avides de rentcndre. Bientôt Mgr de Dumpierre comprit que laisser l'abbé Giraud à la lèle d'une classe de seconde, c'était cacher la lumière sous le boisseau ; il lui permit de suivre l'élan de son zèle et de s'appliquer exclusivement à la prédication.
Au mois d'octobre ISn, il se retira dans un ancien cou\tnl de Carmes , situé entre Clermout et Montl'errand ; de cette soiilude , qui devint ainsi le berceau des missions diocésaines de Clermont, l'abbé Giraud, auquel ne tardèrent pas à se joindre des collaborateurs , allait prêcher par les villes et les campagnes , opérant sur son passage les fruits les plus extraordinaires de conversion et de salut. Sa renommée, qui grandissait tous les jours , s'étendit bientôt au-delà des limites du diocèse ; les évêques voisins le demandaient pour prêcher les stations de l'Avent et du Carême dans leur ville épiscopale , et cherchaient à l'attacher à leur clergé en lui offrant soit une place de vicaire-général, soit un canonicat titulaire ; mais Tabbé Giraud, dont l'âme se tenait en garde contre les atteintes de l'orgueil, et qui ne cherchait que sa sanctification en travaillant à celle des autres, déclinait toujours les honneurs auxquels on voulait l'élever, pour rester l'enfant soumis de son évcque , jusqu'à ce qu'enfin celui-ci , craignant qu'à force de sollicitations on ne lui enlevât le brillant sujet dont il était tout fier, le nomma, dans le courant de janvier 1823 , curé de la cathédrale et vicaire-général de Clermont.
Dans sa nouvelle position , qu'il n'accepta qu'après bien
SUR LE CARDINAL C.IRAUD. v
des irrésolutions et pour se rendre à l'ordre de son évèque, aux sollicitations du clergé et au vu;u de la ville entière, l'abbé Giraud ne perdit rien de sa modestie et de sa piété. Son zèle, stimulé par la pensée du compte qu'un jour il devait rendre à Dieu du troupeau soumis à sa charge, devint encore plus vif et plus ardent. Tout entier à son ministère, il partageait entre le confessionnal et le travail du cabinet le temps que lui laissaient l'administration temporelle de sa paroisse, le conseil épiscopal et la visite des malades. Les pauvres , pour lesquels il faisait revivre son charitable prédécesseur, exaltaient sa charité j les riches voyaient avec admiration son affabilité et ses manières polies. Ses vicaires, dont il était plutôt le frère que le supérieur, vivaient avec lui dans la plus cordiale correspondance de bons services et d'aimables procédés. La ville entière ressentait les effets de son zèle , et lorsqu'on savait que son tour de monter en chaire était venu , la foule accourait entendre sa parole , à la fois douce et forte, qui ne cessait d'être toujours aussi pure que dans les temps oi!i il semblait avoir [)lus de loisir pour polir le style de ses sermons; ses prônes furent quelquefois envoyés comme Instructions pastorales au clergé et aux tidèles du diocèse par Mgr de Dampierre , qui le chargea même aussi de composer plusieurs de ses Mandements.
Appelé à prêcher à la cour du roi de France la station du Carême en 1825 , et celle de l'Avent en 1827, il reçoit cette charge insigne, moins comme un honneui- que comme une affliction. Après avoir recueilli la première fois les éloges les plus flatteurs, il ne parle de son retour probable dans la chaire de la chapelle royale que comme d'un châtiment qu'il appréhende, il ne cède aux [dus honorables invitations qu'après une résistance de deux mois , et ce
VI NOTICE BlOO.RAPHIQl'K
n'est que le canir déchiré (lu'il inarclic à de nouveaux triomphes. Le roi, en lui lêmoignaiil toute sa satisfaction, \eiit lui l'aire [irendre engagement pour une station très- |)rochaine ; mais il prie Sa Majesté de ne point l'arracher de nouveau aux devoirs que lui impose sa charge pastorale ; il promet enlin , mais à condition que sa promesse ne devra s'elTecluer qu'après un laps d'une dizaine d'années —
M. Frayssinous, évéquc d'IIermopolis , heureux du choix qu'il avait suggéré au rui , du cuié de Clermont pour prédicateur, avjiit clé jusqu'à dire après l'avoir entendu : « Il deviendra un Féuelon ! » Il pensait à le présenter pour l'épiscopat ; mais , désireux de doter d'un prélat éminent le diocèse auquel il appartenait par sa naissance, il lui réservait le siège de Rodez, qu'il lui obtint en eil'et, lorsque, à la lin de 1829, Mgr de Lalande fut transféré à l'archevêché de Sens. Dans cette circonstance, le roi dit à son ministre : « Je ne m'étoune [dus que vous nti m'ayez jamais » parlé du curé de Clermont pour un évèclié , vous le )) réserviez pour votre pays! » L'abbé Giraud fut donc nommé évèque de Uodez dans le mois de janvier 1 830 , et sa préconisation eut lieu à Rome , dans le consistoire tenu le o juillet suivant.
Loin de le réjouir , la nouvelle de sa promotion à l'épiscopat consterna l'abbé Giraud : les lettres qu'à cette occasion il écrivit à ses amis sont pleines de larmes j il parle des vives réclamations qu'il a fait entendre et des espérances qu'il nourrit de ses voir agréer. Mais il est obligé d'obéir. Cependant les journées de juillet airivent , il se présente pour recevoir ses bulles arrivées de Rome depuis (|uelques jours; refusées d'abord, rlles lui sont remises enlin après maintes démarches qu'il entreprend malgré lui , mais auxquelles le condamne sa conscience.
SUR LR CAUDINAL GIHAUI). vir
Après avoir prêté, eiilre les mains du chef de l'Etat, le serment ordinaire qu'a autorisé le Saint-Siège , il reçoit la consécration épiscopale des mains du nonce Mgr Lambruscliini , devenu depuis cardinal , dans la chapelle du palais de révèché de \ersailles, le 50 novembre 1850; et le 22 décembre suivant il l'ut installé dans sa cathédrale.
Le premier soin de Mgr Giraud sur son siège épiscopal fut de s'occuper île la visite de son diocèse. Chaque année, il en parcourait une grande partie, sans s'épargner les peines et les fatigues, malgré la neige, la pluie, et le changement de température, auquel il était exposé même plusieurs fois par jour; le plus souvent à cheval depuis le matin jusqu'au soir , il gravissait les montagnes, traversait les torrents, bravait les précipices; il voulait voir chaque portion de son troupeau , et faire entendre la voix du premier pasteur aux peuplades au milieu desquelles , de mémoire d'homme, un évêque n'avait jamais pénétré. Aucune église , quelque perdue qu'elle fût sur le sommet d'une montagne ou au fond d'une vallée, n'a échappé à sa ?ollicitude. Dans toutes, il annonça la parole de Dieu , interrogea les enfants , voulut voir par lui-même si tout était en bon ordre , si la sacristie était pourvue d'ornements propres et en nombre sufiisant pour la célébration des saints mystères. Grâce à sa vigilance , les temples du Seigneur prirent un aspect inusité jusque-là,- et si tous, dans ces contrées où la richesse n'est pas grande, ne purent étaler un luxe brillant, tous au moins furent tenus dans la plus grande décence. Sa cathédrale , qu'il lit restaurer, doit à sa muniticeuce la belle chaire en marbre qui la décore: et la splendide sonnerie, dont les voix retentissent dans la four, est le prix de sa poétique Instruction pastorale sur les Cloches. Ayant obtenu de Rome le corps du martyr saint Artémon , il lit la
vm NOTICK BIOGRAPHIQUE
translation de ces reliques dans une magnilique cérémonie, à roccasion de laquelle il composa son Mandement sur le culte des reliques. Une nouvelle organisation donnée au petit séminaire de Belmont , la création à Uodez d'un établissement semblable, et (lui bientôt réunit plus de deux cents élèves, l'acquisition d'une maison de campagne pour ses séminaristes, rinslitutioii d'une société de missionnaires diocésains qu'il installa d.ins le palais des anciens évèques de Vabres, la fondation des bibliothèques paroissiales , sont encore le IVuil de son zèle. Sa sollicitude ne s'arrêta pas aux simples lidèles , qu'il désirait rendre meilleurs par ses visites pastorales et ses admirables Mandements, ni à ses séminaristes , qu'il cherchait à form<M' à la science et à la vertu, en leur donnant des maîtres pieux et éclairés, et en •voulant constater lui-même, dans des examens, leur force et leuis progrès : chaque année , il réunissait autour de lui , dans une retraite, en\iron quatre cents prêtres, qui venaient successivement se renouveler dans l'esprit de leur vocation , et auxquels il adressait de vive vuix tous les avis dont ils avaient besoin pour l'administration de leur paroisse et la direction de leurs ouailles. Il rédigea des statuts empreints d'une haute sagesse et régla les conférences ecclésiastiques de manière à ce que le clergé , se formant à une science plus profonde , fût capable de discuter les hautes questions qui , dans ce siècle , intéressent directement ou indirectement la foi. Aimé et connu de tous ses diocésains, qu'il visita plus d'une fois et qui tous avaient entendu sa parole onctueuso, chéri de ses prêtres, qu'il connaissait tous parleur nom, il commençait à goûter le fruit de se? travaux, lorsqu'il reçut l'ordre de quitter son diocèse. Déjà il avait été sur le point d'ètie transféré à un archevêché. Le vénérable Mgr Dubourg , archevêque de
SUÎl LK CARDiNAf, GIRAltD. ix
Besançon, l'avait demandé en mourant pour successeur; il refusa Besançon. Endn , le 4 décembre 1841, il fut nommé à Cambrai, dont le siège venait d'être érigé de nouveau en archevêché; mais il n'accepta que sur l'injonction formelle du Pape, qui le préconisa le 24 janvier •1842.
Le clergé de ce diocèse, où il arriva le 20 février, raccueillit avec bonheur, comme un ange qui venait lui apporter l'union et la paix. La visite du prélat, qui allait recommencer dans le Nord tout ce qu'il avait fait dans TAveyrou , fut une véritable marche triomphale. En dehors de tous les partis, entouré d'hommes honorés de l'estime générale, il se lit bientôt admirer par la sagesse de son administration et l'élan qu'il donna au bien.
La même année de son arrivée à Cambrai , les retraites ecclésiastiques , que tous attendaient, furent établies: les conférences, qui étaient presqu'inconnues, furent réglées sur les plus larges bases ; une caisse diocésaine pour le soulagement des prêtres âgés ou inliimes fut fondée, un corps de missionnaires diocésains formé , un missionnaire fut appelé pour prêcher dans la ville archiépiscopale le jubilé donné à l'occasion des périls de l'Eglise d'Espagne; la dévotion au mois de Marie fut encouragée et prêchée publiquement.
On ne peut énuméier les sages réformes qu'il opéra et Jes œuvres auxquelles il donna naissance. Dans les deux séminaires, qu'il soumit à de nouveaux règlements, les études prennent sous sa haute direction un développement considérable ; au grand , il institue des cours d'histoire ecclésiastique , de droit canon, d'hébreu, de physique, de chimie, d'archéologie; au petit, il ordonne l'enseignement des sciences naturelles, des langues anglaise et italienne,
X NO'IICK l!l(>(;h M'HigL K
el il complèU' le cours d'études . en ajoutant aux classes déjà e\isl;uilt's colles de cinquième, sixième et septième, l'iusieurs fois dans l'aiiuée , il fait lui-même subir des examens aux élèves . et alin df répandre plus de douceurs sur les pénibles travaux qu'exigent leurs éludes, il acquiert un vaste terrain aux portes de Cambrai, et lait construire pour eux une magnilique maison de campagne. Quelques dames de Lille travaillaient à confectionner des ornements pour les pauvres églises de villag/^: il érige leur société en confréiie. sous le litre de Saiiile-ElisHbeth , qu'il étend à toutes les villes du diocèse, gù elle obtient les plus beaux résultats. Les associations de cbarité se propagent : des maisons d'éducation religieuse pour les enfants des deux sexes et de toute condition s'établissent en plus grand nombre; la dévotinn .m (llicmin de lu Croix s'introduit dans presque toutes les paioisses ; l'oMiNre de la Propagation de la Foi prend le |ilus bel essor; plus de vingt églises sont construites ; les pèies de la Couipa^nie de Jésus établissent une résidence à Lille, et donnent, ainsi que les missionnaires diocésains , des retraites dans les campagnes : Cambrai voit dans ses murs un couvent de religieuses Augustines destinées à soigner les malades à domicile et dans les hôpitaux: le palais archiépiscopal renferme utie galerie historique des portraits des é\(Mjiics et ar<lievc(jues du diocèse ; les lldèles ont entre les im.iIus un nouveau Catéchisme j le clergé célèbre l'oflice de tous les Saints du pays: le propre du Bréviaire , augmenté des fêtes principales de la Passion et de la sainte Vierge . a reçu la sanction du .Saint-Père: enfin, sous les auspices du prélat, on imprime la Biographie des prêtres les plus célèbres du diocèse morts depuis 1802 : une partie de la Ga/Ha Cfiristiana est complétée, sous le titre de Cameracum (hrlstianuin.
sril Lt CARDhNAI. GIUAUI). XI
Il manquait uiu' gloire à Tarchevêquede Cambrai :c'ét ait la pourpre romaine. Pif. ix la lui conféra, en faisant le plus bel élogft de ses talents et de ses vertus , dans le consistoire du 14 juin I8i7.
Mgr Giraud recul à Paris la barette des mains du roi. I-e 17 juillet, il partit pour Rome, en passant par Clermont et Hodez , où il fut accueilli au milieu des témoignages les plus vifs de vénération et d'amour. Il choisit pour titre cardinalice celui de Sainte - Marie de la Paix. Rentré à Cambrai le r> novembre, il reprit quinze mois plus tard la route de rilalic. et s'en alla poiter des consolations au souverain Poulife , evilé à Gaëte.
Parvenu au faite des honneurs auxquels puisse arriver un prêtre , regardé comme une des grandes gloires du clergé de France, comme une lumière de l'Kglise, admiré de la chrétienté tout entière , appelé par l'immortel Pin ix le premier évèque de France, le cardinal Ciraud ne .se laissa jamais éblouir par l'éelat brillant dont il était revêtu et qui jaillissait de sa personne : il joignait à l'amour de tout ce qui était beau et grand un admirable esprit de simplicité. Plein de grâce et de noblesse dans la pompe des cérémonies et dans l'appareil des réceptions, rien dans son intérieur ne ressentait le faste ; sa table était celle d'un modeste bourgeois : il recevait, avec bonté et prévenance, tous ceux qui \oul;iient lui [tailer , de quelque rang qu'ils fussent ; bien souvent , il traversait à pied les rues de la ville: et, ;i répoipie de la Uduu'lle annéi; . il s'astreignait à rendre une visil<^ à tous ceux qui lui avaient fait la leur. Chaque soir, il réunissait ses domestiques autour de lui , et il leur fesait la prière et une lecture spirituelle.
Chercliant à ftirt; faire de bonnes œuvres . il voulait être à la tête de toutis celles qui s'opéraient dans son diocèse ,
XII NOTICE SUR LE CARDIN AI. GlRAUD.
et il y contribuait souvent au-delà de ses moyens ; seulement il voulait, dans ses aumônes, mettre du discernement et éviter tout éclat ; maintes fois, il se trouva épuisé dans ses ressources pécuniaires. A sa mort, ses héritiers n'eurent à recueillir que ce qu'il avait recueilli lui-même de la succession de ses parents.
Atteint depuis longtemps d'une affection douloureuse au cœur, il ne cessait pas cependant de s'occuper de l'administration de son diocèse , et de donner chaque jour quelques heures à l'étude. Vers la tin de 1849 , le mal se déclara avec plus de rigueur, il lit d'affreux progrès, et bientôt la maladie fut jugée sans remède. Pour lui , acceptant la mort non pas seulement avec résignation , mais avec une volonté déterminée , il supporta ses longues douleurs dans les sentiments du chrétien le plus parfait ; enfin il succomba, plein de mérites et de bonnes œuvres, le 17 avril 1830, pleuré de tout son diocèse . regretté même du Souverain Pontife, qui daigna, à cette occasion, envoyer une lettre de condoléance aux vicaires capitulaires. Son corps repose dans le caveau de la cathédrale, destiné à la sépulture des archevêques de Cambrai.
Le Cardinal Giraud a laissé , outre ses Mandements , quelques pièces de poésie dont plusieurs sont imprimées dans divers recueils de Cantiques , des sermons , et un grand nombre de prônes que nous espérons voir un jour imprimés.
En vous dédiant , nos très-chers et bien-aimés roopéralenrs , cetie nouvelle édition de nos instructions PASTORALES, nous VOUS faisous hommage d'un travail qui vous appartient plus qu'à nous-même. Ces instructions , en effet , sont moins notre ouvrage que, le vôtre , puisque c'est à votre zèle , à votre
piété et votre intelligence des besoins des églises I. 1
ot (le la conduite des paroisses que nous en devons la première idée , et que nous les avons écrites sous l'inspiration, et, pour ainsi dire, sous la dictée de vos sollicitudes et de vos exemples. >'ous aimons à reconnaître que le seul mérite de nos exhortations est de s'être transformées , par votre concours, en œuvres d'édification et de charité, et la pensée que la bénédiction de Dieu peut leur faire porter ailleurs les mêmes fruits, est le seul motif qui nous engage à leur donner une plus grande publicité.
Agréez, nos très -chers et respectables coopérateurs , les sentiments de religieuse et tendre affection avec lesquels nous sommes en N. S. J. C.