INSTRUCTIONS
LETTRES PASTORALES, etc.
DE M.GR P. GIRAUD, PZVÊQUE DE RODEZ, A l'occasion de son entrée dans ce diocèse.
Enfin , nos très-chers frères , après une attente (jui aurait paru longue à notre impatience , si les terreurs d'un ministère redoutable aux anges mômes n'eussent comprimé en nous tout empressement de volonté, toute précipitation de désirs; enfin, il nous est donné de vous faire entendre notre voix , et de vous manifester les sentiments de notre cœur.
Empreint do ronction du Saint-Esprit, de cette huile de joie qui nous distingue de nos frères \ en nous conférant la plénitude du sacerdoce ; les mains pleines de bénédictions que nous n'avons pas reçues pour nous seul , et devenu Vévêqne de vos âmes par Tautorité du Vicaire de Jésus-Christ, le souverain Pasteur , nous pouvons vous saluer comme nos disciples bien-aimés , nous pouvons vous témoigner avec TApôtre , combien nous vous désirons et î'07w chérissons tous dans les entrailles de J.-C.^. iMais on prenant possession de cette illustre et antique Eglise , qui nous est donnée pour épouse , en touchant ce sol que nous sommes appelé à féconder de nos sueurs , où nous devons jeter la semence du salut et de la vie éternelle , pardonnez , N. T. c. F., si nous éprouvons le besoin de porter un dernier regard vers la terre de notre naissance ' , que le Seigneur , comme autrefois à Abraham , nous ordonne d'abandonner ; vers cette autre Eglise , non moins illustre , dont une portion si précieuse fut longtemps confiée à notre vigilance. Ah ! puissent ces derniers adieux , les seuls que la crainte d'une émotion trop vive , d'une sensibilité trop abondante nous ait permis de leur adresser , apporter quelque consolation à tous ceux
' PS. XUV. 9. - PHILIP, I. 8. 3 c£jj, XII. 1 et 2.
qui veulent bien partager avec nous les amertumes d'une séparation douloureuse ! Puisse ce tribut de nos regrets et de nos larmes être accueilli avec bonté par le vénérable Pontife , couronné de mérites et de jours, qui nous a constamment encouragé de SCS regards , prévenu de sa tendresse , bonoré de sa confiance , et sous qui nous aurions pu faire Tapprcntissage de l'épiscopat le plus saint et le plus glorieux , si nous avions mieux su profiter des grands exemples de foi , de piété , de sagesse , d'incomparable cbarité , qui le rendent , depuis tant d'années , un objet d'amour , d'admiration , et presque de culte à son clergé et à son peuple ! Puisse-t-il être agréable à ce clergé si justement recommandé par ses vertus et ses lumières , avec lequel nous aimions à entretenir des relations si bonorables et si consolantes pour nous, et dans lequel nous étions beureux de compter un si grand nombre d'amis ! Puisse-t-il être accepté comme un gage d'éternel et tendre souvenir , par ce troupeau cbéri , à qui nous étions uni d'esprit et de cœur par des nœuds si doux et si saints , dont la confiance , la docilité , l'attachement véritable , nous ont rendu légers les travaux d'un ministère rempli de sollicitudes , et que nous serions inconsolable de quitter , si le choix du Pasteur chargé
de le conduire , ne nous donnait l'iicureuse assurance que nous ne le laissons pas orphelin ! Ne vous offensez pas, n. t. c. f., de ces souvenirs qui nous attendrissent , de ces larmes qui coulent d'elles-mêmes de nos yeux , ou plutôt de notre cœur : loin de vous contrister , ces témoignages doivent vous réjouir, si vous mettez quelque prix à notre affection , ils vous sont un garant de l'attachement que nous vous porterons à vous-mêmes; ils vous prouveront que dans l'absence des vertus qui nous manquent, et à défaut des talents que nous n'avons pas, le Ciel du moins nous a fait la grâce d'avoir un cœur de pasteur qui sait aimer les âmes, et chérir ses brebis.
Oui, N. T. c. F., c'est Dieu qui forme le cœur des pasteurs , et comme il est amour * , la première grâce qu'il y verse est une effusion de sa tendresse et de sa charité. Un cœur de prêtre, un cœur de pasteur , un cœur d'évêque , quelle admirable création ! Quel est donc ce sentiment plus élevé , plus étendu , plus généreux que tous les autres; ce sentiment plus fort que l'amour d'un père , plus tendre encore que l'amour d'une mère ? C'est la charité de Dieu même qui est répandue dans nos âmes par le Saint-Esprit \ Nous vous