THESS. I et II
ments , nous éprouvons le besoin , et nous regardons comme un devoir de vous faire partager toutes les consolations que nous avons recueillies dans notre visite pastorale. Comme IS grand Apôtre aimait à exciter une sainte émulation de vertus entre les églises dont il avait la sollicitude , en leur racontant dans ses di\ines Epîtres , les succès et les bénédictions qui avaient accompagné son ministère , qu'il nous soit donc permis de redire aussi , pour votre édification et pour votre exemple , tout ce que nous ■d\ons remarqué de consolant et de louable dans notre passage au milieu de vos frères.
Ah ! elles sont encore présentes à notre mémoire toutes les circonstances de notre course apostolique , parmi ces populations fidèles qui en ont fait , par leur concours et leurs empressements , un véritable triomphe pour la religion. Nous pourrions citer dans leur ordre tous les lieux où se sont arrêtés nos pas , et reproduire dans leur suite tous les souvenirs que nous en avons emportés. Nous sommes forcé de mettre une garde de réserve et de discrétion à nos lèvres, prêtes à proclamer tant de saints pasteurs, de dispensateurs fidèles , au milieu desquels nous sentions nos forces s'accroître, et notre confiance s'animer ; tant d'honorables magistrats et d'hommes recommandables à qui nous ne pouvons reprocher
que l'excès de leurs soins et de leurs attentions pour notre personne. Dans l'impossibilité de rappeler ici tous les noms qui nous sont chers , recevez , pour toutes vos sœurs , le tribut de notre gratitude et le témoignage de notre satisfaction , église de Saint- Affrique , où nous avons pu croire un moment, à leur touchante et fraternelle unanimité , que tous les esprits étaient unis dans une même foi , comme nous avons un même cœur pour les réunir dans nos affections ; église de Vabres , autrefois illustre par votre siège , et encore aujourd'hui si vénérable par les restes de votre ancienne dignité , et si intéressante pour ce diocèse, par les espérances que lui donne la pépinière lévitique que nous y avons transplantée ; église de Belmont , encore en deuil de l'excellent pasteur que nous avons pleuré avec vous, et oiî nos regards aiment à retrouver cette autre école de jeunes aspirants au sacerdoce, qui porteront des fruits dans leur temps ' ; église d'Orient , heureusement rendue au culte saint , et de nouveau consacrée et sanctifiée par les prières et les soupirs des filles de Benoît, gémissantes colombes toujours prosternées en adoration devant l'Agneau immolé ; et vous , modeste chapelle du monastère de Tournemire, où nous avons eu la joie de bénir une communauté
1 Fiuctum 8uum dabit in tempore suo. ps. i. 3.
aussi nombreuse que fenente, où nous avons prié pour que les murs de l'église principale se relèvent de leurs ruines.
Recevez la même expression de notre sensibilité pour l'accueil que vous avez fait à votre premier Pasteur , paroisses de Sainte-Eulalie , de Coupiac , de Cornus, de Saint-Félix, de Sjivanès , de Saint- Sernin ; je ne me lasse point de vous nommer , paroisses de Broquiés , de Pousthomy , de Gozon , de Brusque , de Camarès , de Murasson , de Saint-Séver, de Saint-Rome-de-Tarn et de Sernon , qui nous avez retracé l'image de la foi et de la piété des premiers siècles! Combien de fois, au milieu de \os populations empressées , de vos accktmations , de vos cantiques de joie , en parcourant sous des berceaux de verdure vos rues jonchées de feuillages , nous nous sommes dit au-dedans de nous-mème , dans l'abondance de nos sentiments, dans notre excès d'émotion : Que ne sont-ils témoins de ces scènes ravissantes , ceux qui osent prétendre que la vieille foi chrétienne n'a plus de racines dans les cœury français! Qu'ils viennent, qu'ils contemplent ce spectacle de tout un peuple qui se lè>e, de toute une contrée qui s'émeut à la nouvelle du salut qu'on lui anuonce , et que leurs fronts soient couverts d'une confusion salutaire; ou plutôt qu'ils admirent
avec nous ces triomphes de la foi , qu'ils se laissent attendrir par des démonstrations si touchantes, et qu'ils acceptent le pardon de cette Religion d'amour qu'ils n'auraient dû jamais abandonner. Non , ce n'est pas pour nous , faibles ministres , inutiles serviteurs, que se disposent ces apprêts et ces fêtes : et qui sommes-nous pour mériter de tels honneurs? C'est à notre Dieu , c'est au grand Roi dont nous sommes les ambassadeurs , que s'adressent ces pieux hommages ; c'est une conviction puissante qui remue et électrise ces âmes , aux approches de la grâce que le ciel leur envoie. Ah ! cette noble terre de France est encore une terre chrétienne ; l'impiété peut ajourner ses espérances; elle peut périr mille fois elle-même , avant de voir ses vœux exaucés , ou si , par un sévère jugement de Dieu , l'antique foi devait être exilée du reste de la patrie , elle trouverait un asile inviolable sur ce sol généreux qu'elle a pénétré de germes si vivaces , dans ces cœurs fidèles sur lesquels , malgré les révolutions des temps et les révolutions des hommes, elle a conservé tant d'empire !
Et qu'on se garde bien, n. t. c. f., d'attribuer à l'ignorance , à l'absence des lumières , cette vivacité de foi , cette candeur de piété. Est-ce que les vraies lumières seraient ennemies de la Religion?
Est-ce que l'Eglise pourrait redouter les lumières , elle qui les a religieusement conservées quand elles menaçaient de s'éteindre, qui les a répandues sur le monde quand le monde n'y voyait plus; elle à qui nous devons à peu près tout ce que nous savons en littérature, en antiquités , en philosophie, et môme ces petites objections , ces sopliismes usés et ces vains systèmes qu'elle a prévus et réfutés mille ans avant que nous ayons pu nous en faire des armes pour la combattre ? Nous devons dire que , grâce aux soins des pasteurs et aux enseignements transmis des pères aux enfants autour du foyer domestique , nous avons trouvé l'instruction religieuse généralement répandue et quelquefois dans un degré qui ferait honneur à plus d'un sage du siècle, les enfants initiés de bonne heure à la connaissance de la doctrine sainte , les adultes éclairés autant qu'ils doivent l'être pour se conduire avec la conscience de l'honnête homme et du chrétien ; et si après cette étude de la vraie sagesse , si après cette science de la religion , la première des sciences et la meilleure des philosophies , il est permis de parler des études humaines , de la science des livres, nous ajouterons que les éléments n'en sont point négligés, que même dans les canq)agnes l'exercice de la lecture est familier au plus grand nombre , ce que nous avons remarqué
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avec d'autant plus de satisfaction qu'ils ne se servent de cet avantage que pour mieux étudier leurs devoirs , et chanter avec plus de goût et d'intelligence les cantiques de Dieu , et qu'enfin pour une culture plus perfectionnée de l'esprit , tous les secours désirable? sont offerts à la jeunesse des deux sexes , dans des écoles justement recommandées, dont nous avons pu admirer l'ordre , la discipline et les succès.
Sans doute , >. t. c. f., à tant de motifs de consolation , se sont mêlés quelques sujets d'affliction et d'amertume : nous n'avons pu voir sans une profonde douleur l'état déplorable de plusieurs églises , il en est dont les pierres tristement séparées et renversées sur la place publique, comme autrefois celles de Sion , attendent une main réparatrice qui les rapproche et les relève ; d'autres sont menacées d'une ruine inévitable, si l'on ne se hâte de la prévenir par de prompts secours; quelques-unes étalent aux regards un luxe de pauvreté et de dénûment qui attriste profondément une âme chrétienne ; nous ne demandons pas la magnificence pour nos temples, quoiqu'elle ne puisse être plus convenablement placée que dans ces éditices augustes oîi la Majesté sainte daigne habiter ; mais nous demandons la propreté, la décence, la salubrité, toutes choses d'un entretien peu dispendieux , et qui réclament plus de
soins que de sacrifices; un plus grand nombre encore sont devenues insuffisantes pour recevoir la multitude des fidèles, et à voir la foule confusément pressée dans le lieu saint, et souvent forcée, durant les divins offices , de se tenir en dehors de l'enceinte sacrée , on croit entendre le Seigneur se plaindre , comme autrefois par la bouche du Prophète , de l'exiguité de son sanctuaire , et demander de l'espace ' pour les besoins de son peuple et la libre célébration de ses mystères. Mais que ne devons-nous pas espérer du zèle des pasteurs et des dispositions généreuses des fidèles , quand nous avons vu à Saint- Exupère, à Notre-Dame de Bétirac , à Saint-Crépin , ce que peuvent , pour la restauration des temples et la décoration des autels , des prêtres pleins de foi secondés par des populations dévouées; ([uand nous avons vu particulièrement à Fayet de véritables prodiges de cette énmlation pour la maison du Seigneur, une de nos belles églises fondée , élevée , terminée et décorée en quarante jours , et après uu terme si court , déjà retentissante des louanges de Dieu et des actions de grâces des peuples? Ils savent, ces bons peuples des campagnes , et ils nous le disaient dans leur naïf langage , quand nous les félicitions sur la tenue de leurs églises , ils savent que la maison de
' Anguslus est locus , fac spuluim rnilii ul haliitcm. isaik. .\lix. 20.
Dieu est aussi la leur , que toute leur vie de chrétien se rattache à ce saint asile depuis leur naissance spirituelle jusqu'à leur passage à un monde meilleur; que c'est là qu'ils ont répandu avec leurs cœurs des prières qui n'ont jamais été repoussées ; là qu'ils ont pleuré et qu'ils ont été consolés ; là encore qu'un saint repos leur est donné après leurs fatigues , et qu'ils trouvent même des joies et des fêtes dignes de leur innocence et de la simplicité de leurs mœurs, eux pour ({ui la terre a oublié d'ordonner des fêtes , et n'a préparé que des labeurs î Tels sont , >. t. c. f., les sentiments avec lesquels nous Aenons à vous; c'est le cœur tout rempli de ces heureux souvenirs et des légitimes espérances qu'ils nous donnent pour le succès de notre nouvelle visite , que nous vous apporterons les dons du Saint-Esprit, fidèles de l'arrondissement de Villefranche. Nous ne doutons point que vous ne répondiez à notre attente , que vous ne vous montriez les dignes émides de vos frères, que vous ne justifiiez les idées favorables que nous ont fait concevoir de votre religion les témoignages de a os pasteurs , et les rapports que nous avons eus nous-méme avec vous. Nous vous exhortons, avec l'Apôtre, à ne pas recevoir en vain la grâce ' excellente qui doit
> Exhortamur ne in vacuum graliam Dei recipiatis. l. cor. m. l.
VOUS être conférée par l'imposition de nos mains; préparez-vous , comme les premiers disciples , à la venue de l'Esprit d'amour et de vérité , par la retraite , la prière et une épreuve consciencieuse des dispositions de votre cœur. Retirez-vous du mal , rompez avec le péché, séparez -\ous du siècle, entrez dans le cénacle de votre âme , et demeurez-y saintement recueillis dans une religieuse attente df l'Esprit qui doit venir la purifier de son souffle , Téclairer de sa lumière , la toucher de son feu , la féconder de sa grâce. Voici que toutes les âmes ferventes , les saintes épouses du Seigneur , les ministres de l'Eglise , toute la communauté des fidèles , vont se mettre en prières pour appeler sur vous toutes les effusions des divines miséricordes. Joignez vos humbles supplications à tant de vœux qui s'élèvent pour vous vers le ciel , et l'Esprit descendra , il visitera la terre, il la fertilisera par sa rosée céleste , et l'enrichira de l'abondance de tous les biens '.
* Visitasti tenam , et inebriasti eam , muitiplicasli Icicupletare eam Pâ. LXiv. lu.
INSTRICTIOX PASTORALE