‹ ŒuvresChapitre 25 sur 58 · POUR LE CAUEME DE J · texte numérisé non relu

POUR LE CAUEME DE J

C'était la méthode, n. t. c. f., des plus anciens Pères de l'Eglise et des Evêqiies des premiers siècles, quand venaient les temps plus spécialement consacrés à l'instruction du peuple fidèle , de s'attacher à l'explication de quelques passages des Ecritures , de quelques traits de l'Evangile qu'ils interprétaient selon la lettre et selon l'esprit , et dont ils savaient tirer avec une grâce merveilleuse les applications les plus aj)propriées aux besoins spirituels de leur troupeau. Méthode admirable qui nous a valu ces touchantes homélies, ces éloquentes paraphrases du texte sacré que nous no pouvons lire sans nous sentir portés à devenir meilleurs, et qui sont encore empreintes, après tant de siècles, de cette onction de

piété qui les rendait si persuasives ! Nous essayerons aujourd'hui, n. t. c. f., d'employer cette forme de discours h laquelle l'Esprit saint semble avoir ' attaché une bénédiction particulière , et pour vous en faire une application plus profitable , nous choisirons l'un des sujets de l'Evangile les plus propres à vous instruire , à vous toucher , à vous faire produire de dignes fruits de pénitence dans la sainte carrière où nous allons entrer.

• Le Sauveur des hommes, n. t. c. f., aux jours de sa vie publique, sans cesse préoccupé de l'idée de sa mission et de la pensée de notre salut , allait faisant le bien , sur tous les points de la Judée et jusque sur les terres des infidèles, cherchant des malades à guérir, des affligés à consoler, des pauvres à évangéliser, des brebis dispersées à recueillir. Un mystère est caché dans chacune de ses démarches ; un enseignement profond sort de ses actions aussi bien que de ses discours. Là c'est l'aveugle-né dont il ouvre les yeux à la lumière de ce monde visible , en éclairant les yeux de son âme d'une lumière mille fois plus belle et plus pure ; ici c'est le puits de Jacob 011 il demande à étancher sa soif, pour en prendre occasion d'annoncer à la Samaritaine ces eaux de la grâce qui rejaillissent jusqu'à la vie éternelle ' ;

1 Fict in eo fons aquae salicntis in vitam œternam. joan. iv. 14. I. 8

IIS I.KS DIX LKPUEl'X.

plus lûiu il trace sur le sable des caractères fugitifs , pour nous uionlrer la vanité de tout ce qu'écrivent les hommes , quand ils prétendent fonder des ins-» titutions durables , non sur le roc inébranlable de la foi , mais sur le terrain mobile des opinions humaines; ailleurs ce sont des infortunés qu'il guérit d'une lèpre hideuse, mais avec des circonstances pleines de mystère , dont aucune ne doit être perdue pour notre instruction. Rendons -nous attentifs, -N. T. c. F. , à toute la. suite de cette histoire évangélique , une des plus riches en sens allégoriques et spirituels , et sous ces symboles dont la divine Sagesse a daigné revêtir ses enseignements, cherchons avec foi et avec amour la manne cachée qui doit nourrir les enfants de Dieu.

Comme Jésus entrait dans un village , il rencontra dix lépreux, qui, du plus loin qu'ils l'aperçurent, s'arrêtèrent et se mirent à le prier. La crainte de la contagion forçait les lépreux à se tenir séparés du commerce des hommes ; la loi se montrait sévère à leur égard ; il leur était défendu de se mêler aux mouvements de la multitude ; tout ce qu'ils avaient touché était profane , et devait être soumis à des purifications légales ; ils ne pouvaient avoir d'habitation qu'à une distance déterminée de Tenceinte des villes, et dans cet isolement de toute société

humaine , ils demeuraient comme frappés d'une sorte d'interdiction et d'excommunication civile.

Les lépreux, n. t. cf., sont ici la ligure des pécheurs, retranchés aussi sinon du corps de l'Eglise, du moins de son imité intérieure qui se forme par la charité ; privés du droit de s'asseoir au banquet fraternel , et de s'abreuver aux fontaines de Jérusalem où les enft\nts de la cité puisent la grâce et la vie ; tristement relégués dans le désert de leur conscience et la solitude de leurs remords, et condamnés à errer dans des sentiers détournés et difficiles , loin des routes fréquentées par les passagers qui voyagent vers la patrie ; lépreux spirituels , dont il nous est encore plus expressément recommandé de fuir le contact et les approches , qu'il ne l'était aux Juifs d'éviter la rencontre de ceux de leurs frères que la loi avait frappés d'un arrêt d'interdiction.

Les livres saints sont remplis des maximes les plus sages sur le danger de ces communications : « Mon fils , dit le Sage , si les pécheurs vous at- » tirent , s'ils vous disent : Venez à nos jeux , pre- » nez part à nos fêtes , gardez-vous de leur prêter » l'oreille , ne marchez point avec eux , et tenez » vos pieds éloignés de leurs senliers\ » Le Pro-

' Fili mi, si le lactaverint peccalores , ne acquiesças eis. pbov. i. lO.

phète royal en donne la raison : C'est , dit-il , que la vérité n'est point sur les lèvres dit pécheur ; son cœur est un abîme, sa bouche un sépulcre ouvert; sa langue est pleine d'artifices; son souffle corrompt tout ce qui l'approche ; ses paroles sont des flèches empoisnnn'es , et ses yeur lancent des traits qui donnent la mort \ Et, en effet, poursuit l'Ecclésiastique , pouvez-vous toucher un objet immonde , sans en être souillé? Pouvez-vowi communiquer avec le superbe, sans tomber vousmême dans la tentation de l'orgueil ^ ? Et ainsi de tous les autres vices qui s'étendent de proche en proche , et se communiquent , dit l'Apôtre saint Paul , comme une gangrène ^ Consultez vos souvenirs, N. T. c. F.; interrogez vos consciences; pour peu que vous veuilliez rechercher la cause de vos premières chutes, vous la trouverez dans la conversation des méchants. Ce sont les entretiens pervers, dit encore le même Apôtre , qui corrompent les mœurs les plus innocentes '\ Ce sont eux qui ont porté la première atteinte à l'ingénuité et à la candeur de ce jeune enfant qui fleurissait pour la

1 Non est in ore eorum veritas... Sepulcrum pafens est guttur eorum : linguis suis dolosè agebant. ps. v. 10 et 11.

2 Qui tetigerit picem inquinabitur ab eâ , et qui communicaverit superbo , induet superbiam. eccl. xiii. 7.

3 Sermo eorum ut cancer serpit. 2. timoth. ii. 17.

* Corrumpunt mores bonos eloquia prava. 1. coi\. xv. 33.

gloire de la vertu et la .joie de sa famille , et que l'on a vu bientôt dépérir et sécher, comme si un ver destructeur Teût attaqué dans sa racine. Et combien d'exemples de cette nature viennent chaque jour affliger nos regards et contrister notre cœur ! Je ne crains pas de dire que le grand nombre des âmes qui périssent , se sont perdues sur cet écueil. Je le signale aux parents qui attachent quelque prix à la vertu et au bonheur de leurs enfants. Veillez , pères et mères ; écartez de ces chers objets de votre tendresse l'ennemi qui veille aussi pour les surprendre, et qui peut vous ravir en un moment le fruit de tant d'années de soins et de sacrifices : Je le signale à tous , parce que tous y peuvent faire un misérable naufrage. Ne vous excusez pas sur ce prétexte présomptueux , que vous ne fréquentez les méchants que pour les rendre bons ; à moins que vous n'y soyez contraints par les devoirs d'état , ou que vous ne soyez soutenus par la grâce du ministère , leur commerce vous serait plus funeste , que le vôtre ne pourrait leur être utile ; fuyez donc la société des pécheurs , de ces pécheurs surtout , aujourd'hui si nombreux, prédicateurs d'irréligion, apôtres du néant, missionnaires d'athéisme, blasphémateurs de notre vieille et sainte foi au profit de je ne sais quelle foi nouvelle donnée à l'entreprise , sur sou-

missions préalables , et mise au concours de toutes les imaginations malades et de tous les esprits évanouis dans la souffrance et le vague de leurs pensées. N'ayez avec eux d'autres rapports que ceux que la charité ou la nécessité commande. Du reste, mettez entr'eux et vous une barrière de circonspection , et que votre seule présence leur imprime une crainte et un respect qui leur ôte la pensée de s'approcher seulement de vous.

Aussi, N. T. c. F., les dix lépreux de l'Evangile n'osent approcher de Jésus; ils s'arrêtent loin de lui , à une distance respectueuse ; mais ils élèvent la voix, et s'écrient : Jésus, notre maître, ayez pitié de nous ' / Elevez aussi la voix , pécheurs , si vous voulez que Dieu vous entende : ci'iez et ne cessez point de crier '. Ce n'est pas que Dieu soit sourd ; ses oreilles sont toujours ouvertes et attentives à nos prières; mais c'est que vous êtes bien loin de lui. Voyez dans quel abîme le péché vous a fait descendre, dans quelle région inférieure et lointaine vous avez égaré vos pas ; comment voulez-vous que dans ce prodigieux éloignement Dieu vous exauce , si vous ne criez de toutes les forces de votre âme? Comment reviendrez-vous de si loin , si vous ne vous donnez

' Jesu , prœceptor, miserere nostri. luc xvii. i3, 3 Clama ne cesses, is. lvih. 1.

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de graiîds niouvemenls , si vous ne laites des efforts généreux pour briser vos chaînes et sortir de votre captivité ? ISon , non , ce n'est point avec une volonté faible, incertaine, hésitante, que vous romprez avec le péché , et que vous renaîtrez à la justice ; ce ne sont point des prières tièdes qui toucheront le cœur de Dieu, de faibles soupirs qui consommeront l'œuvre de votre conversion; ce sont des gémissements comme ceux de David , qui ressemblaient au rugissement du lion ' ; ce n'est pas le vain bruit des lèvres , le cri de la bouche que vous devez faire entendre; c'est le cri du cœur, d'un cœur brisé par la douleur , d'un cœur inconsolable tant qu'il n'aura pas recouvré le bien qu'il a perdu; criez donc vers Dieu, n. t. c. f., vous tous qui avez eu le malheur de vous faire ses ennemis par le péché ; criez-lui , conune ces lépreux : Jésus , notre maître^ qui enseignez les voies de la vie; Jésus, médecin céleste , qui guérissez les plaies de l'âme , ayez pitié de nousl Criez jusqu'à ce qu'il vous entende , et qu'il vous dise : Allez et montrez-vous aux prêtres : Ite , ostendile vos sacerdotibus.

Qu'elle est donc grande , qu'elle est éminente la prérogative des Ministres du Seigneur ! Quoi ! le Dieu tout-puissant ne peut-il guérir la lèpre du pé-

' Rugiebam à gemitu cordis mei. ps. xxxvn. 9.

ché , ne peut-il sauver les âmes repentantes sans le recours à ses prêtres et l'intervention de leur ministère? Il le pourrait sans aucun doute, n. t. g. f. , mais il ne l'a pas voulu , et tel est l'ordre qu'il a établi dans la dispensation de ses grâces. Dans l'ancienne loi , l'homme atteint de la lèpre devait se montrer aux prêtres, non pour en être guéri, le sacerdoce d'Aaron n'avait pas cette vertu , mais pour faire constater la nature de cette lèpre , et déclarer si elle emportait l'exclusion de la société des enfants d'Israël. Jésus-Christ, qui n'était pas venu aboliî' la loi, mais l'accomplir \ se conforme à cette règle : Allez , dit-il aux lépreux , vous montrer aux prêtres : Ite, ostendite vos sacerdotibus. C'est ce qu'il nous dit à tous, mais dans un sens plus élevé , plus étendu , et avec des circonstances notables qu'il nous importe de bien caractériser; ce n'est plus ici une pure formalité , une simple cérémonie , dénuée de grâce et dépourvue d'efficacité. Les prêtres du Nouveau Testament ne sont pas seulement investis du pouvoir de reconnaître le mal , de le discerner, de le qualifier et de le frapper d'un arrêt de réprobation ; ils ont encore celui de le guérir; tandis que nous voyageons dans cette vie , pèlerins du Ciel , et candidats de l'Éternité , ce n'est que par

» Non veni solvere legem, sed adimplerc. matth, v. 17,

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leur ministère que nous pouvons obtenir la rémission de nos péchés ! Dieu peut nous les remettre immédiatement et par lui-même , et il les remet en effet à la perfection de la contrition et de la charité ; mais l'obligation de se montrer aux prêtres subsiste toujours dans toute sa force , et la charité parfaite elle-même , dans son degré le plus élevé , ne justifie le pécheur qu'autant qu'elle renferme et suppose la volonté de recourir au sacrement de la Pénitence. Montrez-vous donc aux prêtres , pécheurs qui détestez vos égarements, qui concevez des désirs de justice , des intentions de retour , qui commencez à marcher dans une meilleure voie ; il est possible que Dieu , touché de vos prières , de vos aumônes , de la vivacité de votre repentir et de l'abondance de vos larmes , vous ait déjà pardonné , et que le fleuve de la grâce ait recommencé à couler dans cette âme où le péché en avait interrompu le cours; mais accomplissez la loi , et soumettez-vous sans différer à la condition de pénitence et d'humiliation qu'une justice miséricordieuse vous impose.

Pécheurs fiers et hautins , qui vous proclamez justes et qui prouvez assez par cette suffisance de langage que la vérité n'est point en vous * , ne dites

1 Si dixerimus quoniam pcccatum non habemus , ipsi nos sedncimus, et verilas in noLis non est. i. Ep. joan. i. 8.

pas dans ces jours de réconciliation où l'Eglise vous convie au baptême de la pénitence : Qu'iiai-je faire aux pieds d'un j)rètre? Quel mal ai-je fait pour avoir besoin de son ministère! Je ne vous juge point ' ; je ne vous demande pas le mal que vous avez fait ; il est au dedans de vous un témoin qui vous le rappellerait, si aous pou^iez l'oublier; des pensées et des souvenirs qui vous accusent , une conscience qui vous juge , vous condamne , et se charge encore elle-même d'exécuter la sentence en vous faisant sentir la pointe du remords ; mais fussiezvous aussi irréprochables que vous le prétendez , votre àme fût-elle aussi blanche que la neige , comme il ne vous appartient pas de vous rendre témoignage , vous devez répondre comme les autres à l'assignation de l'Eglise qui vous cite à son tribunal. Ou bien , si vous êtes si purs , si vous n'avez pas besoin de pénitence, levez -vous donc dans l'assemblée des (idèles , et , sans passer par la porte de la réconciliation , allez droit à l'autel vous asseoir au banquet de l'Agneau pascal. Vous frémissez à cette proposition ; renoncez donc à une vaine affectation de contiance dans Votre justice , et allez vous présenter aux prêtres :Ite , oslendite vos sacerdotibus .

' Ego non judico quemquain. joan. vni. 15. — Habel qui judicet eum. JOAiN. x\i. 48.

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Justes , \ous VOUS croyez appelés à des voies élevées , extraordinaires ; vous avancez par des routes mystérieuses pour atteindre le sommet de la perfection , je ne veux pas dire que ce ne soit Dieu luimême qui vous y conduise; mais comme l'on doit se délier de ses propres inspirations , même les plus louables , que les illusions sont à craindre dans cette voie où vous marchez , et que la tète peut vous tourner sur ces hauteurs , que d'ailleurs vous avez dans l'Eglise des guides que Dieu vous a donnés pour vous conduire; montrez-vous au prêtre. Découvrez-lui avec simplicité le fond de votre cœur ; recevez avec docilité ses conseils et ses décisions comme des oracles sortis de la bouche de Dieu même ; vous souvenant que l'humilité ne trompe pas , et que , de même que tout est péril dans la propre volonté , il y a toujours sûreté dans l'obéissance. Il discernera ce qui est de Dieu et ce qui est de l'homme ; il jugera si, pour mieux vous séduire, VAnge des ténèbres y comme il arrive trop souvent , ne se serait pas transformé en Ange de lumière ' ; il éprouvera les esprits, c'est-à-dire les pensées, les attraits, les inspirations les plus secrètes , pour savoir si elles viennent de Dieu ' ; Ite , oiftendite vos sacerdotibus.

' Ipse cnim Satanas Iransfiguial se in Aiigeliim lucis. -2. cor. xi. 14. - Probate spiritus , si ex Deo sint. I. ep. wa>. iv. i.

Tel est, N. T. c, f. , le sens spirituel de cette parole que J.-C. adresse aux lépreux ; à peine s'élaientils mis en devoir d'obéir à l'injonction du Sauveur, que déjà leur lèpre avait disparu. La parole de Dieu est vive el efficace ' ; sa volonté opère sans avoir besoin d'instruments : // dit , et tout est fait ; il commande, ci tant obéit ^ 11 n'y a que le cœur de l'homme qui soit libre de lui résister , et de là la difîérence que l'Evangile fait remarquer dans les dispositions des lépreux qui, redevables à J.-C. du même bienfait, lui devaient payer le tribut d'une égale reconnaissance. De ces dix suppliants dont il exauce la prière, qu'il rend à la santé, aux douceurs de la société de leurs semblables , un seul revient sur ses pas , glorifie Dieu à haute voix , et se jette aux pieds de Jésus pour lui rendre grâces. Unus régressas est cum magnà voce magnificans Deiim, La reconnaissance est si conforme à la lumière naturelle ; elle est si bien dans la raison , ou plutôt dans le cœur et les entrailles de l'homme , qu'on peut dire avec vérité qu'elle est moins une vertu divine qu'une vertu tout-à-fait humaine; il est rare aussi qu'elle soit l'objet de nos exhortations dans la chaire évangélique. Le monde la recommande assez

1 Vivus est enim scrmo Dei et efflcax. heb. iv. 12.

2 Ipse dixit, et facta sunl; ipso mandavit, et crcata sunt. ps.cxlviii. ô.

par les éloges qu'il en fait et le prix qu'il y at'ache; c'est une de ces vertus qu'il a adoptées, et pour ainsi dire amnistiées, pour ne pas avoir l'air de les abandonner toutes , et mériter le reproche de ne diviniser que les vices. Chez toutes les nations , même les plus barbares , l'ingrat est flétri et voué à l'opprobre ; le cœur reconnaissant reçoit les bénédictions de toutes les langues. Mais ce sentiment qu'on vous demande pour les hommes , cette vertu dont le monde lui-même vous fait une obligation si étroite , serait-ce trop exiger que de vous la demander pour votre Dieu? Vous regardez comme un monstre un obligé oublieux du bienfait et du bienfaiteur ; de quel nom voulez-vous donc qu'on vous appelle , vous qui , nourris des dons de Dieu , ne prenez pas garde seulement à la main qui les dispense? Voyez que de biens cette main généreuse a répandus sur vous. Dans l'ordre de la nature , c'est une âme intelligente , un corps organisé avec une admirable perfection , des sens sûrs et prompts à exécuter les ordres de la volonté : ici c'est la force et la santé , les premiers biens de la vie présente ; là c'est l'aisance et même la fortune ; ailleurs ce sont des talents , des succès , ou bien c'est la réunion de tous les avantages qui composent le bonheur domestique. Songez-vous seulement à le remercier de toutes ces

lôd LES DIX I.KlMUUiX.

grâces? Dans Tordre du salut, que n'a-t-il pas fait, que n'a-t-il pas soutl'ert, que n'a-t-il pas donné pour racheter >os âmes? Ses exemples, ses mérites, ses larmes, sa vie et son sang; ses sacrements qui nous appliquent les fruits de sa Passion , qui renouvellent ou entretiennent en nous la vie de la grâce ; ce mystère d'amour oîi il se reproduit sans cesse , pour nous donner a\ec sa chair divine un gage de résurrection et une promesse d'immortalité. Eh quoi ! >•. T. c. F., tous n'ont-ils pas été rachetés ? Oii sont donc les âmes reconnaissantes? Nonnè decem mundati sunt , et novem ubi sunt ?

Outre ces bienfaits généraux et communs à tous les hommes , quel est celui d'entre vous qui n'a pas reçu quelque don particulier de sa bonté , quelque protection singulière de sa Providence ? Ah ! n. t. c. f., nous voulons bien croire que vous le priez dans vos besoins, dans vos dangers, dans vos infortunes; grâce au Ciel , la prière n'est pas encore éteinte dans le cœur de l'homme , surtout de l'homme soutTrant et malheureux ; mais quand Dieu vous a exaucés , vous a consolés; après qu'il vous a rendu ce fils dont vous pleuriez déjà la fin prochaine , après qu'il vous a aidés à relever les débris de votre fortune , où est l'action de grâces? Je vous le demande encore une fois, de tous ceux qui ont prié et qui ont

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