‹ ŒuvresChapitre 39 sur 58 · QUATRIÈME · texte numérisé non relu

QUATRIÈME

à la lene étant le Iruit de l'esprit de douceur, de la loi d'amour de l'Evangile. Et quant à la partie des montagnes que nous avons visitée , nous n'hésiterions pas à avouer notre prédilection pour les fidèles populations qu'elles nourrissent , si la tendresse pastorale pouvait distinguer les lieux , et faire acception des personnes. On dirait que le Sauveur des hommes , en se retirant sur la montagne pour prier ' son divin Père , y a laissé la bénédiction de sa prière , et qu'il y a attaché comme un privilège de religion et de vertu ; et l'on croit comprendre pourquoi le même Sauveur recommandait à ses disciples de chercher sur la montagne^, au jour des tribulations , un asile à leur salut et à leur foi. Soit que ces sites élevés, d'où l'œil domine au loin sur la scène agitée où luttent misérablement les passions humaines , favorisent davantage le sérieux et le recueillement de la pensée, et secondent mieux l'essor de l'âme vers ce ciel qu'ils avoisinent, qu'ils semblent toucher, et qui , vu de ces hauteurs , se montre si ouvert et si beau ; soit que leur isolement préserve de toute contagion la pureté de l'air qui les environne , et l'empêche de s'altérer par le mélange de ce souffle de corruption , de ces vapeurs

' Ascendit in montera solus orare. matth. xiv. 23.

2 Tune qui in Judaeâ sunt, fugiant ad montes, matth. xxiv. 16.

VISITE PASTORALE. 2iS

pestilentielles qui . s'exhalent des basses régions de la terre ; soit enfin que le Ciel , dans sa justice et dans sa bonté, ait voulu leur donner, comme une compensation aux biens qu'un sol moins généreux leur refuse , une part plus abondante dans les trésors et les consolations de la foi , on ne peut méconnaître que la Religion , cette vigne que le Seigneur a plantée \ dont les rejetons ont couru de la mer à l'Euphrate, et dont les rameaux ont couvert le monde, a jeté sur les montagnes ses plus profondes racines, et que l'arbre de la foi s'y est élevé, fort et majestueux , comme y croissent les grands chênes, étendant paisiblement ses branches séculaires sur les générations ravies de respirer sous son ombrage. Là , nous avons vu des églises paroissiales réglées sur le modèle des communautés religieuses , d'aimables troupeaux de lidèles, petits en nombre, mais en qui le Père s'est plu à établir son royaume ^• à qui nous disions avec vérité , quand ils se pressaient autour de nous pour nous voir et nous entendre , que nous enviions le sort de leur pasteur, et que nous serions heureux de vivre au milieu d'eux, parmi l'innocence de leurs mœurs et la simplicité

Page 1