‹ ŒuvresChapitre 45 sur 58 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

^ol■s touchons enfin, n. t. c. f., à l'accomplissement d'un de nos vœux les plus chers : encore une visite pastorale , et nous aurons reconnu toutes les portions de notre nombreux troupeau ; nous aurons rempli cette tache de vigilance et de sollicitude sur toutes les églises ' , que vos chrétiennes dispositions nous rendent si douce et si légère. La parole que Dieu a mise dans notre bouche pour vous être distribuée , aura parcouru toute la terre qui nous est échue en partage , et aucun point de notre diocèse , si reculé qu'il soit , ne sera demeuré

' SoUiciludo omnitiiii Eculesiaruni. i. cor. xi. 28.

y.t.l.K DES Eni.lSF.5. 2 il

caché au rayon bienlaisanl , aux saintes influences , à la chaleur féconde de cet Esprit d'amour et de vérité dont nous sommes les dispensateurs '. La visite que nous vous annonçons va donc clore cette première série de courses apostoliques , dont le retour périodique resserrera de plus en plus les liens qui doivent unir le pasteur et le troupeau. Dans la moisson d'un champ si vaste, il était impossible qu'il ne restât à glaner; ce sont ces épis, non pas oubliés, mais échappés à la faux évangélique, que nous venons recueillir , avec la confiance que la fin d'une œuvre aussi sainte répondra à ses commencements , et que nos visites , continuées avec tant de bénédictions , trouveront , dans une conclusion non moins consolante , leur perfection et leur couronne. Oui , vous couronnerez dignement , par les fruits de votre ferveur et de vos œuvres , cette suite de nos travaux , fidèles des districts de Conques , de Naucelle , de Lédergues , de Réquista , de Cassagnes , de Ceignac , auxquels nous allons apporter le royaume de Dieu. Pour venir après les autres , vous n'êtes pas les derniers dans nos affections. Nous aurions pu sans doute vous visiter plus tôt , et nous n'aurions eu pour cela qu'à suivre le mouvement de notre

' lu oiniieni lenarn exivit souus..., et non est qui se abscondal à calore ejus. ps. xvui. '» et 7.

'2H 7.ÈLR DF:S KGI.ISKS.

cœur. Dieu nous est témoin combien nous aurions désiré d'embrasser à la fois tous nos enfants dans une même étreinte I Mais , dans l'accomplissement d'un ministère aussi considérable que l'est celui de la visite pastorale, il nous a paru qu'il importail moins de faire vite, que de procéder avec ordre, et qu'il était plus expédient de voir chaque établissement paroissial avec quelque détail , de manière à nous rendre compte de son état et de ses besoins , que de suivre une marche irrégulière et précipitée , qui n'aurait laissé qu'incertitude et confusion dans nos souvenirs. Si votre cœur a souffert de ces retards involontaires, croyez, n. t. c. f., que le nôtre a souffert aussi , et que nous vous apportons la même mesure de sentiments qu'à vos frères , sentiments rendus plus vifs encore par la longueur de l'attente et l'impatience de nos désirs.

Nous dirigerons d'abord nos pas, n. t. c. p., vers cette antique église de Conques , l'une des plus illustres entre les églises de notre diocèse, et si digne des premières bénédictions de notre visite par la célébrité de son ancienne abbaye , la première des abbayes de France, dès les temps les plus reculés de la monarchie , et le berceau de la foi dans nos fidèles contrées, dès les premiers siècles du christianisme. Avec quel respect nous visiterons ces lieux

ZF^I.K DF,S KGLISES. 243

peuplés par la Religion , défrichés par des anges terrestres, encore embaumés de l'odeur de ces vertus qui faisaient fleurir le déscrl et tressaillir de joie la solitude ' f Avec quel charme d'émotion douce et triste nous pénétrerons sous ces voût(^s séculaires, qui frémirent et s'animèrent si longtemps au son des instruments sacrés et des divins cantiques; nous foulerons ce sol sanctifié, sous lequel reposent, dans l'attente du jugement , tant de précieuses dépouilles ; nous interrogerons ces ruines si riches de souvenirs , cette vallée choisie et , pour ainsi dire , creusée par les solitaires , dans les racines de monts élevés , comme un sanctuaire recueilli , disposé tout exprès pour la prière , fermé à tous les bruits de la terre , et ouvert seulement du côté du Ciel pour recevoir et retenir, comme dans une coupe sacrée, les rosées qui en descendent ! Mais quelle joie surtout pour notre cœur, n. t. c. f., si nous voyons revivre dans vos mœurs et dans votre religion l'espiit de ces anciens Ages , si le monument de votre foi , plus fort que la main du temps , plus fort que la main des hommes , est resté debout sur les débris des institutions qui l'ont fondé !

Nous quitterons à regret ces lieux bénis, et aimés du Ciel, pour recomiaître les églises du Segala, où

> Exultabit solitude et Hori'bil quasi liliuin. is. xxxv. I.

-24'i ZÈLE DKS KGLISKS.

de nouvelles consolations nous attendent. Cette région, dont une partie nous est déjà connue, nous est devenue plus chère encore par les choses édifiantes que nous avons ouï raconter de son empressement à profiter du bienfait des retraites, et des grâces attachées à ces saints exercices. Nous suivrons la trace des hommes de paix qui l'ont évangélisée, parcourant toutes les paroisses oi^i la bonne nouvelle a été annoncée , les félicitant de leur bonheur , nous édifiant de leur piété , et priant le Seigneur de confirmer par sa grâce ce que sa ijrace a opéré clans les âmes^. Nous terminerons enfin , n. t. c. f., le cours de nos stations évangéliques à ce sanctuaire vénéré , où , sous le nom de Notre-Dame de Ceignac , Marie reçoit depuis tant de siècles les vœux de ses serviteurs , en échange des miracles de sa protection ; et déposant à ses pieds les insignes de notre charge pastorale , unissant vos cœurs et le nôtre dans une même offrande , nous lui consacrerons notre diocèse et nous-même , et nous mettrons sous la garde de sa maternelle bonté les fruits de cette première visite générale , ouverte et consommée sous ses bienheureux auspices.

Après avoir fait connaître à tous l'ordre et la suite de nos stations, pour que les uns se disposent

» Conlinna hoc, Deus, quod operalus es in nobis. vs. lxvh. 26.

aux grâces de l'Esprit-Saint , et que les autres nous accompagnent de leurs vœux et de leurs prières , nous toucherons en peu de mots, n. t. c, f., un des principaux objets delà visite du premier Pasteur; je veux parler du soin des églises , de leur tenue , de leur décence en tout ce qui peut contribuer à la majesté du culte divin. Le souvenir encore récent des restaurations , des embellissements , des généreuses offrandes, provoquées par nos précédentes visites , nous persuade que ce ne sera pas en vain que nous aurons cherché à exciter votre émulation , à intéresser votre religion et votre zèle en faveur d'une œuvre aussi excellente.

Nous le dirons sans déguisement, n. t. c. f., si l'on excepte un petit nombre de paroisses qui se distinguent par le zèle et la sainte jalousie de la maison de Dieu , et nous aimons à comprendre dans cette exception celles que nous allons visiter , la plupart des fidèles semblent ne pas apprécier assez le mérite de cette œuvre , que , pour rendre avec précision ma pensée , j'appellerai V œuvre des églises. Cette remarque s'applique plus spécialement à certaines localités où ce genre de bonnes œuvres est à peu près ignoré , et plus d'une fois les Pasteurs ont déposé dans notre sein les peines qu'ils ressentaient de cette disposition particulière à leurs peuples. Ce n'est pas que I. 16

ceux-ci soient d'ailleurs moins généreusement disposés pour les œuvres de piété et de miséricorde ; ils donnent aux pauvres, ils font prier pour les morts avec une charité digne de leur foi ; mais , par je ne sais quelle fausse appréciation du mérite des œuvres , ils se montrent peu sensibles et presque indifférents au triste état d'abandon et de dénuement où gémissent leurs églises. A Dieu ne plaise , n. t. c. f., que nous voulions refroidir votre charité , soit envers les pauvres de J.-C. , soit à l'égard de ces âmes chères et souffrantes, que vos suffrages vont consoler et rafraîchir dans le lieu de leurs épreuves et de leur exil. Faire l'aumône est une œuvre sainte , et l'une des plus parfaites entre toutes celles qui nous sont recommandées par l'Evangile; elle rachète les péchés et en couvre la multitude ^ ; eWe purifie l'âme; elle nous fait , dans la cité sainte , des amis qui nous ouvrent les tabernacles éternels ; eWereYèi, nourrit, visite J.-C. même, dans les pauvres dont il a voulu prendre la ressemblance. Se souvenir des morts, donner h leur soulagement une part de ces biens qu'ils nous ont laissés , faire offrir pour leur délivrance le divin sacrifice, est une pensée sainte et salutaire^, au

' Charilas operit multiludinem peccatoruni. 1. pet. viii. 4. ' Sancta et salubiis est cogitatio pro defunctis exorare, ut à peccatis solvantur. 2. mach. xii. 46.

jugement de l'Esprit-Saint ; c'est même un devoir de Religion , une dette de justice et de reconnaissance : mais toutes les prescriptions de la charité ne sont pas renfermées dans ces deux pratiques ; il faut observer celles-là , et ne pas omettre et négliger les autres\ au nombre desquelles le soin des églises doit sans doute être compté. C'est une œuvre digne de toute louange , que de secourir l'indigent , de couvrir sa nudité, de recueillir l'étranger , de soulager le malade , de visiter le prisonnier; mais,N. t. c. f. , ne faut-il pas aussi assister J.-C. ? Dans cette vie eucharistique où il s'oublie lui-même et s'efface , Dieu sans éclat , soleil sans rayons , ne voyez-vous pas qu'il est pauvre , qu'il est nu , dépouillé de cette gloire qui fait son vêtement ^ ; et voulez-vous ne laisser à ses mystères d'autres voiles que les ténèbres qui en cachent la majesté? Ne voyez-vous pas qu'il est étranger, qu'il est du Ciel, et non de ce monde, où il ne passe que pour vous faire du bien ' ? et ne voulez-vous pas offrir une demeure spacieuse et parée * à ce visiteur auguste , qui vient à vous de si loin , et qui descend de si haut jusqu'à votre néant '^ ? Ne voyez- vous pas

' HfEc oportuit facere, et illa non omittere. njc. xi. 4?.

* Amidus lumine sicut vestimcnto. ps. cm. 2. ^ Pertransiit benefaciendo. act. x. 38.

^ Cœnaculum grande stratum. marc. xvi. l5.

* Visitavit nos oiiens e.x alto. luc. i. 78.

qu'il est prisonnier dans ce tabernacle ou son amour le tient enchaîné? et ne voulez-vous pas éclairer , embellir l'obscurité de sa solitude , et orner du moins de quelques fleurs les liens volontaires de cet aimable et généreux captif de vos âmes? Ne voyez-vous pas enfin qu'il vient à vous dans son infirmité , dans un état d'humiliation et de faiblesse, et que rien n'annoncera sa présence parmi les mortels, si la beauté de son temple , la décoration de son sanctuaire ne publie que , pour être abaissé , il n'en est pas moins le Dieu de puissance et de grandeur? Et le sacrifice offert pour les morts est aussi une œuvre non moins agréable à Dieu que profitable aux âmes souffrantes. Mais pour l'offrir, cet adorable sacrifice, il faut un temple, et dans le temple un autel , et pour le service de l'autel , des vases , des linges , des ornements sacrés ; et comment sera-t-il offert avec bienséance et dignité, si tous ces détails du culte saint ne répondent , par leur décence et leur convenable entretien , à la grandeur de l'oblation et à l'excellence de la Victime? Et pensez-vous que Dieu ne vous tiendra pas compte de vos pieuses offrandes , et qu'il ne saura pas en appliquer les fruits aux âmes que sa justice éprouve, si vous les lui présentez dans cette religieuse intention? Vous le voyez donc, x. t. c. f., loin d'être un mérite léger et de peu de valeur que notre piété

puisse dédaigner, l'émulation pour la beauté de la maison du Seigneur nous fait pratiquer les œuvres qui nous sont les plus chères , elle égale les plus saintes vertus , elle les surpasse même , puisqu'elle renferme en elle seule toute leur gloire et tout leur prix. Ah ! si nous comprenions la grandeur de ce Dieu qui nous honore de sa présence , qui nous prévient de sa familiarité , qui se fait Emmanuel , Dieu avec nous et au milieu de nous; si nous étions pénétrés du sentiment de ces mystères de grâce et d'amoiu' qui s'opèrent dans nos églises et sur nos autels , les plus riches offrandes pour l'entretien et la décoration de son sanctuaire ne nous paraîtraient pas une assez magniiîque expression de notre foi et de notre reconnaissance. Nous dirions avec Salomon : 0 Dieu ! que la terre et les deux ne peuvent contenir, vous , pour qui le firmament avec ses flambeaux, et son pavillon d'azur, pour qui la terre avec toutes ses merveilles ne sont pas un temple assez digne , comment oseroiis-nous vous offrir cette humble demeure \ bâtie de la main des hommes , et dont les proportions ont si peu de rapport avec votre infinie majesté? .le sais bien que Dieu n'a pas besoin de ces témoignages pour manifester sa

* Si cœlum el cœli cœlorum non te capiunt, quanlù magis duuius haec quam œdificavi 1 3. reg. vui. 27.

grandeur. 11 est grand et partout et toujours : il était grand sur la simple pierre et l'autel de gazon où le Patriarche lui offrait ses sacrifices, aussi bien que dans les splendeurs de cet auguste et immortelle cité dont l'apôtre saint Jean a décrit les magnificences : il était grand dans l'étable de Bethléem, dans l'obscurité de la crèche , aussi bien que dans le temple de Jérusalem , la gloire de la ville sainte et la merveille des nations : il était grand dans les catacombes , dans les déserts et les antres des rochers où la proscription de son culte le contraignit plus d'une fois de cacher ses mystères, aussi bien que dans nos superbes basiliques , sublime essai du génie chrétien , qui semble avoir voulu égaler à la majesté de Dieu même les monuments élevés à sa gloire , et la plus pauvre des églises n'en révèle que mieux peut-être au cœur tendre et pur, à l'âme aimante et fidèle , la présence du Dieu bon qui s'est fait à l'image de V homme, et s'est trouvé lui être semblable dans ses formes et ses plus indigentes apparences \ Mais c'est le privilège d'un petit nombre d'âmes choisies que cette vive appréhension de la foi, qui saisit Dieu d'une vue pure, à la manière des esprits ; et pour la multitude des chré-

' In similitudinem hominum factus , et habitu inventus ut Iiomo.

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