‹ ŒuvresChapitre 47 sur 58 · M'M. XXIV · texte numérisé non relu

M'M. XXIV

de la gloire humaine ; mais pourtant , quelle douce satisfaction pour de zélés paroissiens que de pouvoir se dire : « Jusqu'à nos jours , la maison de Dieu offrait l'aspect de l'indigence, de la désolation et de la ruine ; nos pères nous ayaient laissé des maisons commodes , spacieuses , honorables , proportionnées à nos besoins et à notre fortune , et V arche du Seigneur , le tabernacle de son alliance , reposait sous un toit plus vil que ce misérable réduit où le berger abrite son troupeau * ! Des frères tièdes , ou indifférents , ou cédant aux calculs d'une prudence intéressée , nous disaient , comme autrefois les politiques et les temporiseurs d'entre le peuple juif, au retour de la captivité : Le temps n'est pas encore venu de

relever , de réparer la maison du Seigneur Mais

nous entendions notre Dieu nous crier par la bouche de son prophète Aggée : Est-il temps que vous ayez des habitations décentes ou somptueuses , et que cette maison sainte reste toujours déserte et abandonnée ^ ? Dociles à cette voix , nous nous sommes animés à l'œuvre ; nous avons mis en commun nos sueurs et les tributs levés sur le trésor de notre pau-

1 Ecce ego habilo in donio cediinà , area autem Domini sub pcl-

libUS est. 1. PARALIP. XVII. 1.

- Nondiiin venit lempus domùs Domini œdilicandœ. — Numquid tempus vobis est ut habitetis in domibus laquealis , et domus isla déserta? agg. i. ti. 3.

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vreté. Le Ciel a béni nos travaux ; le voilà cet édifice que nos deniers ont fondé, que nos mains ont construit, que l'étranger admire, que nos voisins nous envient , qui fera chérir notre mémoire par nos derniers neveux appelés à jouir de génération en génération du fruit de nos sacrifices ! Sans doute , ô mon Dieu ! nous avons à nous faire pardonner bien des fautes , bien des erreurs ; mais nous pouvons nous rendre le témoignage avec le Roi-Prophète que nous avons aimé la beauté de votre maison , le lieu trèssaint où habite votre gloire^; et ce monument de notre foi , s'élevant vers le Ciel comme une prière éternelle , fera descendre sur nous la grâce et la miséricorde. »

Il y a plus , N. T. G. F. : l'Eglise n'est pas seulement la maison de Dieu ; elle est aussi la vôtre ; oui , votre propre maison autant et plus encore que celle que vos ancêtres vous ont transmise par héritage , ou que vous auriez acquise ou construite de vos épargnes pour vos usages domestiques. Comme on voit s'élever, au milieu de chaque agrégation d'hommes , liés par des rapports de voisinage ou une communauté d'intérêts , une maison dite commune , parce qu'elle est ouverte à tous les enfants du village ou de la cité , qui

' Dilexi decorem domiis tuae et locum habitationis aloriae tuœ. PS. XXV. 8.

viennent y traiter de leurs affaires civiles : ainsi , pour les assemblées oîi se traitent les intérêts de la famille spirituelle , chaque circonscription paroissiale possède une maison, propriété commune de tous ceux qui prient le même père et le même Dieu , dans la comnuinion d'une même mère. Et l'église de Dieu est tellement la maison du chrétien qu'il n'est point de circonstance solennelle , point d'actes importants de sa vie qui ne soient consacrés dans son enceinte ! Là vous avez pris une nouvelle naissance qui a corrigé le vice de votre première origine ; là vous avez essayé vos premiers pas dans la carrière de la vertu , et votre langue s'est formée à bégayer les premières louanges à la gloire du Créateur ; là votre enfance a été nourrie du lait de la divine sagesse ; là vous avez grandi , sous les ailes de la Religion , fortifiés du pain de la parole et du pain de l'Eucharistie ; là vos alliances ont été bénies ; là s'écoulent pour vous les heures d'un doux et saint repos, au milieu des vapeurs de l'encens et de l'harmonie des hymnes et des cantiques; là enfin , quand vos yeux se seront fermés à la lumière , vous viendrez recevoir les derniers adieux d'une famille en pleurs et les derniers vœux d'une Religion qui fait briller le flambeau de l'espérance jusque dans les ombres du trépas; et si vos cendres ne reposent pas, comme celles de vos pères , sous le pavé du temple ,

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la demeure des morts est-elle si éloignée de celle du Dieu vivant, qu'elle ne puisse en être regardée comme une annexe et une dépendance? Ainsi donc, >'. t. c. f., ce que vous faites pour l'entretien de vos églises , vous le faites pour vous : quand vous ajoutez un ornement à la maison du Seigneur , c'est votre propre demeure que vous embellissez ; plus vous inultipliez vos dons pour contribuer à l'éclat de ses fêtes et à la pompe de ses solennités , plus vous multipliez vos propres jouissances , et vos plus cbers intérêts se confondent ici avec vos devoirs les plus saints.

Au reste , n. t. c. f., nous ne demandons pas que vous vous imposiez des sacrifices au-dessus de vos forces : nous connaissons la modicité des ressources du plus grand nombre des paroisses, et nous n'ignorons pas que le culte divin comporte une dignité relative , proportionnée à l'importance des églises, accommodée au nombre et aux facultés des fidèles qui la fréquentent. Ce n'est pas du luxe que nous réclamons pour ces chères églises , quoique ses recherches et ses profusions ne puissent être plus légitimement excusées, plus saintement justifiées que par leur application à la décoration du sanctuaire. Que vous demandonsnous? Que vous comptiez l'entretien et la sollicitude des églises au nombre des premières et des meilleures œuvres ; que vous leur réserviez une part dans vos li-

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béralités et vos dispositions charitables ; que vous observiez fidèlement nos règlements et ordonnances où nous avons tâché de ménager , avec un juste tempérament, ce qui est dû à Thonneur de Dieu et ce qu'exigent d'indulgence les difficultés des temps; que vous secondiez à cet égard le zèle de ^os Pasteurs qui seraient les premiers à conseiller et à modérer votre générosité , si elle s'écartait des règle^^de la sagesse ; que vous donniez peu , si vous avez peu; plus abondamment , si vous avez beaucoup , et toujours avec joie et empressement, comme il convient de le faire quand on donne au Seigneur. Que vous demandons-nous? Que vous retranchiez quelque parure sur la vanité pour faire servir ces dépouilles de l'Egypte à l'ornement du temple ; que vous contribuiez à cette œuvre excellente du travail de vos mains , quand vous ne pouvez y contribuer de votre or; que les doigts de vos vierges et de vos épouses s'exercent à apprêter les tissus , à entretenir dans un état de propreté et de blancheur les voiles consacrés au service de l'autel ; que les bras forts des pères et des jeunes hommes s'emploient au transport du bois et des pierres qui doivent entrer dans la construction du saint édifice. Que vous demandons-nous? Rien autre chose que ce que vous avez promis quand vous avez eu l'honneur de voir votre église décorée d'un titre paroissial. En

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sollicitant cette faveur , ri'avez-vous pas pris rengagement de pourvoir à toutes les nécessités du culte divin, à la décente célébration des saints mystères , à la convenable administration des sacrements, à l'entretien de cette lampe qui annonce la présencedu Dieu très-haut , qui fournit le feu pour le sacrifice ; de cette lampe , symbole de vos cœurs , qui luit et brûle jour et nuit devant l'autel, comme pour vous y représenter et vous y suppléer, comme pour témoigner de votre regret de ne pouvoir brûler comme elle et vous consumer sans cesse devant la face de Dieu !

Mais en recommandant , n. t. cf., à votre zèle et à votre piété le soin de vos églises , nous n'aurions rempli qu'imparfaitement le devoir de notre ministère , si nous ne vous exhortions en même temps à ne pas négliger ce sanctuaire invisible , qui est aussi , dans un sens plus parfait et plus élevé , le temple de Dieu; j'entends parler de vos âmes dont les temples matériels tirent en partie leur sainteté. Une église décente et parée est belle sans doute ; mais elle charme surtout mes yeux, parce que j'y vois la figure d'une âme ornée de toutes les vertus. Qui me donnera de vous introduire dans ce sanctuaire auguste, de vous en faire contempler les richesses et les merveilles? Là aussi s'élève un édifice, édifice spirituel-, de l'aspect le plus régulier , soutenu , comme sur

autant de colonnes , par les vertus de force , de tempérance , de prudence et de justice. La foi en a posé les fondements , la sainte espérance le porte jusqu'aux Cieux ; la divine charité en couronne le faîte ; la pureté en revêt les murs d'une éclatante blancheur; la douceur, la résignation, la patience, en remplissent toute l'enceinte des plus suaves parfums. Là est aussi un autel où s'offrent des hosties spirituelles par l'immolation des désirs ; un tabernacle oià Dieu repose, car so« royaume est au-dedans de nous \ Là brûle aussi la lampe mystérieuse sans cesse entretenue par l'huile des bonnes œuvres; là s'exhale aussi un encens pur, les prières des Saijits^ , recueillies et portées par la main des Anges devant le trône de l'Agneau. Là se fait une prédication intérieure, je veux dire Vonctiou de l Esprit-Saint qui enseigne et persuade toute vérité ^ De là partent aussi les saintes pensées, les ardents désirs, traits brûlants qui vont frapper le Ciel , comme ces flèches de vos clochers élancées jusqu'aux nues. De même enfin que le temple visible, ce temple spirituel a reçu sa consécration dans l'eau du baptême qui l'a sanctifié, dans le sceau du Saint-Esprit qui l'a mar-

' Rcgnum Dei iiitrà vos est. li;c. xvii. 21.

- Quae sunt oiatioiies sanclorum. apocalyp. v. 8.

•^ Unctio ejusdocet vos de omnibus. 1. joan. u. 27.

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que de son empreinte. Ah! gardez, n. t. c. F.,quc rien de souillé n'en approche ! Le châtiment serait terrihle. Celui qui aura profané ce temple saint , Dieu le perdra ' /

Ainsi, X. i. c. f., vous réaliserez, et dans un sens plus spirituel qu'il ne l'entendait, le vœu de l'apôtre saint Pierre , qui demandait que Ton dressât trois tabernacles^ sur la montagne où Jésus fut transfiguré. En fondant le tabernacle de Dieu dans vos églises, et le tahernacle de Dieu dans vos âmes, vous aurez préparé le tabernacle de vos âmes dans l'éternité! Pensez-vous que.I.-C. refusera l'entrée de son royaume céleste à ceux qui lui auront offert sur la terre une généreuse hospitalité? Et si , comme il nous rassure , dans son Evangile , // y a différentes demeures dans la maison de son Père ^ , ne vous est-il pas permis d'espérer qu'il réservera les places les plus brillantes aux fervents zélateurs de son temple , qui n'auront rien épargné pour le rendre moins indigne de sa suprême majesté?

' Si quis templuniDei violavcrit, dispcrdet illum Deus. I. cor. m. 17.

2 Faciamus hic tria tabernacula. llc. ix. 33.

' Mansiones mullœ simt in domo Patris mei. joan. xiv. 2.

INSTRUCTION PASTORALE

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