POUR LR CARÊME DE 183C
Après avoir établi, n. t. c. f., dans des considérations générales sur la loi du Carême , Tautorité de cette sainte loi,' son antiquité vénérable, son universalité, sa perpétuité; après vous avoir ensuite exposé les principales lins que s'est proposées l'Eglise dans l'institution du jeûne quadragésimal , il nous paraît convenable de descendre à des applications pratiques de ces premières instructions , et de vous entretenir des dispositions avec lesquelles nous devons entrer dans cette carrière d'expiation et de pénitence.
Le temps du Carême est saint : ainsi le nomme l'Eglise. C'est un temps favorable, ce sont des jours de salut ' : ainsi l'ont désigné les Prophètes. Mais ce temps , ne possédant aucune sainteté , aucune
' Tempus acceplabile.... Dies salutis. 2. cor. vi, 2.
à62 ESPRIT l)K LA PENITENCE.
vertu par lui-nièine , nn sera véritablement saint et profitable pour nous, qu'autant que nous le sanctifierons, et que nous lui ferons produire des fruits de grâce et de vie. Or, dans quel esprit devons-nous l'observer pour lui donner ce caractère , pour en recueillir ces fruits de sainteté? Voilà ce ipie devrait d'abord se demander tout cbrétien , tout catholique digne de ce beau nom, aux approches du Carême; et, comme nous avons prévenu vos 'questions, N. T. c. F., nous nous ferons un devoir d'y répondre , en établissant que nous devons passer le temps du Carême dans un esprit de pénitence , dans un esprit de prière , dans un esprit de charité opérant par les bonnes œuvres.
Esprit de pénitence. Prenez garde, n. t. c. f., il y a dans la pénitence chrétienne deu^ choses qu'il ne faut pas confondre , le corps et l'àme , la lettre du précepte , lettre stérile par elle-même , lettre morte , et qui ne peut donner que lu mort , si elle est réduite à sa propre vertu j et V esprit qui l'anime , la vivifie et la féconde '. Le corps de la pénitence consiste dans les jeûnes, les abstinences et antres austérités propres à mortifier la chair. Ces œuvres ont leur mérite , puisque la Religion les recommande, puisque Dieu nous déclare, dans ses Ecri-
> Littera occidit , Spiritus autem vjviûcat. 2. cor. m. 6.
tures , qu'il les a pour agréables ; et nos frères séparés, qui les ont rejetées comme inutiles ou injurieuses à la bonté divine , n'ont pas compris ce mystère connu de saint Paul et de tous les sages , comme de tous les Saints, ce mystère des deux hommes que nous portons en nous-mêmes, et qui doivent être l'un et l'autre immolés au Seigneur par le sacrifice qui leur est propre , afin que notre être tout entier confesse son néant devant l'Etre des êtres. Mais ces œuvres extérieures , toutes saintes et méritoires qu'elles peuvent être , ne constituent pas à elles seules toute la pénitence. En vain se persuaderait-on qu'on a satisfait à l'obligation du Carême , parce qu'on aura jeûné quarante jours , et observé religieusement durant le même espace de temps l'abstinence des viandes : en gardant ces observances , on aura bien rempli la moitié de la loi , la partie extérieure et, pour ainsi dire, matérielle du précepte , mais on l'aura négligée dans sa partie la plus parfaite et la plus élevée; on aura offert au Seigneur ce sacrifice des taureaux et des génisses qu'il ne voulait plus recevoir des mains d'un peuple grossier ' ; mais on ne lui aura pas offert ce sacrifice d'un esprit humilié^ , ces hosties spirituelles
' Munus non suscipiam de manu vestra. malach. i. 10. î Saciificium Deo spiritus contribulatus. ps. l. 19.
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dont parle l'Apôtre, et qui sont agréées de Dieu eu considération de leur union à l'offrande de la grande }'ictinie '. Aussi l'Eglise, toujours juste dans son indulgence , comme elle est indulgente dans sa sévérité, croit-elle pouvoir dispenser, comme elle dispense en effet pour des causes graves et légitimes, des pratiques de la pénitence corporelle ; mais , toute miséricordieuse et toute puissante qu'elle est , et quoique tout pouvoir lui ait été donné au Ciel et sur la terre dans la personne adorable de son Epoux , elle ne se reconnaît pas le droit de nous dispenser de l'esprit de la pénitence.
Maintenant, >. t. c. f., que devons-nous entendre par cet esprit de pénitence, si nécessaire à la perfection de nos œuvres satisfactoires , et sans lequel nos jeûnes, nos abstinences, nos mortifications ne seraient que des sacritices impurs, des offrandes souillées? Ab ! c'est ici que nous aurions l)esoin d'être animé de l'inspiration des Prophètes, de l'esprit d'Elie et de Jean-Baptiste au désert, et de tous les saints pénitents des deux alliances , qui comprenaient et pratiquaient si bien ce que nous ne pouvons vous exprimer que par de faibles paroles. Nous essaierons cependant de vous en faire concevoir
' Otferre spirituales hostias acceptabile? Dec per Jesum Chiistum.