MARS
Chaque année, n. t. c. f., à la veille de nos visites pastorales , nous nous sommes attaché à traiter sommairement quelqu'un des points qui importent le plus au bon ordre , à Tédification , à la prospérité spirituelle de vos paroisses , encouragé dans la poursuite de cette tâche sainte , par la bénédiction qu'il a plu au Seigneur de donner à nos paroles , et par l'opportunité du moment qui nous permet de voir de nos yeux l'heureuse application des règlements recommandés à la vigilance de vos pasteurs , et de recueillir en quelque sorte , de nos mains , les fruits de nos exhortations fécondées par votre zèle. Nous continuerons aujourd'hui ce cours d'instructions doctrinal à la fois et pratique, pour ouvrir et préparer
les voies à la nouvelle visite que nous nous proposons de faire, au sein d'une des portions les plus chères et les plus fidèles de notre troupeau ; et , dans le nombre des sujets qui nous restent encore à toucher, nous choisirons de préférence celui des Ecoles , tant à raison de son importance dans l'ordre de la Religion et de la société , que des développements et de l'extension nouvelle qu'a pris et que prend chaque jour l'enseignement primaire dans nos villes et dans nos campagnes. Vous nous pardonnerez, pasteurs des peuples , et vous tous , nos bien-aimés frères en J.-C, si nous détournons un moment nos pensées de la communauté des fidèles , pour les reposer sur cet âge heureux qui en fait l'ornement et l'espoir ! L'enfance n'est-elle pas à l'Eglise , à l'état , à la société , ce que le printemps est à l'année , ce que les tleurs sont aux richesses et aux pompes de la nature , ce que l'espérance est aux sentiments qui agitent le cœur de l'homme? Ouvriers du père de famille , les enfants ne sont-ils pas les plantes les plus précieuses de ce champ de l'Eglise dont la culture vous est confiée, la couronne et la joie^ de votre ministère , votre plus douce , et souvent votre unique consolation dans les amertumes dont il est abreuvé? Parents chrétiens, vos enfants ne sont-ils
' Gaudium ineuni et corooa ruea. philip. iv. i.
pas votre plus cher trésor , l'objet de vos plus tendres affections, de vos plus vives sollicitudes? Et nous occuper des enfants , des soins que réclament leur instruction , leur éducation , d'oii dépend leur bonheur et le vôtre , d'oii dépend l'avenir de la Religion , n'est-ce pas intéresser toute la communauté chrétienne ?
Nous sommes , au reste , d'autant plus fondé à intervenir dans une question qui préoccupe si vivement la pensée des législateurs , et qui excite à un si haut point le zèle de l'administration , que vous n'ignorez pas, n. t. c. f., que le principe de tout enseignement louable et salutaire repose dans la foi dont nous sommes les gardiens et les interprètes. Dieu, qui a préposé les évêques dans son Eglise pour la gouverner \ les a établis aussi pour instruire. Allez , enseignez toutes les nations , leur apprenant à garder toutes les vérités et toutes les ordonnances dont j'ai daigné vous instruire moimême ^ Telle est la mission des Apôtres, devenus, par cette parole de Jésus-Christ, les docteurs du monde, les véritables instituteurs primaires de ces peuples enfants qu'ils devaient plier à la règle ,
' Posuit qjiscopos regere Ecclesiam Dei. act. xx. 28. - Euntcs docete oinues gentes.... Docenles eos servarc omnia quïecumque mandavi voLis. matth. xxviii. 19.
l-KS ÉCOLES. 335
assujettir à la discipline , engendrer de nouveau à une vie plus complète et plus abondante , jusqu'à ce que J.-C. fût formé en eux\ et qu'ils fussent arrivés à la plénitude de lâge, à la mesure de l'homme parfait^. Telle est encore la mission des évêques , leurs successeurs dans l'apostolat ! Mission toujours actuelle et persévérante , parce que le Sauveur ne lui a point assigné de terme , parce qu'en l'imposant à ses envoyés, il leur a promis son assistance pour tous les jours , jusqu'à la consommation des siècles ^ ; parce qu'il est dans la nature de cette œuvre d'instruction , de ce travail de régénération , de recommencer sans cesse avec les générations qui se succèdent et se renouvellent , embrassant dans son action universelle et continue les peuples qui se prétendent avancés , comme les peuples vieillis et les peuples nouveaux ! Mission auguste et sacrée que nous ne nous sommes point donnée, mais que nous avons reçue de celui qui a la puissance , que nous ne tenons pas des bommes, mais de J.-C; qu'on peut nous reconnaître , ou nous contester , sans que nos droits en soient pour cela accrus ou diminués ; et
» Filioli , quos itciùm paiturio , donec fonnetur Christus in voLis.
f.ALAT. IV. 10.
- In mensiiram œtalis plcniludinis Christi. epii. iv. 13. * Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus , usquè ad consumma tionem sa?culi. m.mth. x.xviii. 20.
que , dans aucun cas , nous ne saurions abdiquer sans prévarication , parce quelle est pour nous une nécessité \ Paître le troupeau, les brebis et les agneaux , les petits et les mères, rompre aux forts le pain des forts , donner aux enfant» le lait des enfants , procurer à tous des pâturages sains , veiller à ce qu'ils ne s'abreuvent qu'à des fontaines pures : voilà le grand devoir de notre charge ! Pascite qui in vobis est gregem Dei \ Paître le troupeau de J.-C, le n(>urrir par nous-mème de la saine doctrine, selon la mesure de nos forces et de la grâce qui nous est donnée , et , parce que nous ne pourrions seuls suffire à tant de soins et distribuer à chacun cette divine nourriture , ne permettre qu'elle leur soit dispensée que par des mains intelligentes et fidèles , que par des suppléants avoués de notre ministère, qui instruisent et exhortent comme par notre bouche , de peur que la parole de vérité ne vienne à s'altérer et à se corrompre , en passant par des canaux qui ne seraient pas en communication avec la source d'où l'enseignement catholique doit émaner : voilà pourquoi nous sommes évoques et pasteurs , comme l'indiquent assez ces dénominations sublimes ! Pascite qui in vobis est gregem Dei.
» Vae niihi si non e>;ingelizavero ! nécessitas cuiui aiihi iiicumbit. 1, COR. IX. IC. ' 1. PETa. 5. 2.
Après cette exposition de principes qui nous a paru nécessaire au milieu de la confusion qui règne aujourd'hui dans les esprits, touchant les premières notions des droits et des devoirs , nous aborderons , N. T. c. F., avec la même confiance, une accusation soulevée dans des temps non encore éloignés de nous , espèce de fin de non recevoir , qui tendrait à écarter l'intervention du clergé dans la direction et la surveillance des écoles , sous le prétexte qu'il est hostile par intérêt , et comme par instinct , à la propagation des lumières. Qui de vous , pour peu qu'il veuille interroger ses souvenirs , ne se rappelle avoir lu , ou entendu répéter , que les prêtres sont les ennemis naturels de l'instruction ; qu'il leur importe de retenir le peuple dans l'ignorance , afin de le mieux exploiter et de le mieux asservir? Ignoble langage , mais qu'il nous faut reproduire , pour être compris ! Nous ne reviendrions pas sur ces indécentes attaques , tombées devant la pudeur publique et le bon sens populaire , si nous ne savions que la calomnie laisse toujours après elle quelques traces de son passage ; que des préventions qui paraissaient assoupies , se sont plus d'une fois réveillées , et que des imputations , précipitées dans le mépris par leur odieux et leur ridicule , peuvent se relever plus audacieuses , et se redresser plus menaçantes , selon
556 LES F'r.OLES.
rinlci'ct des temps et des passions. Nous profiterons donc de l'occasion , puisqu'elle se présente , pour peser la \aleur d'une accusation si grave.
Mais d'abord est-ce bien sérieusement cpTelle nous est intentée? Certes, ils seraient bien oublieux, ou bien ingrats et bien injustes, ceux qui représenteraient comme fauteurs de l'ignorance les ministres d'une Religion qui est tout enseignement, et l'enseignement par excellence ! Les prêtres ennemis de l'instruction ! Eb î de quelle instruction entendon parler? Est-ce de cette instruction plus ornée, plus complète , de ces études plus fortes et plus brillantes, gloire et parure des nations policées? Mais qui peut constester au clergé le zèle de la science et des bonnes lettres? Vous qui le calomniez, où en seriez-Yous sans lui , où en seraient vos arts , vos institutions, votre langue, et celte civilisation dont vous êtes si fiers, sans ses nobles efforts pour retirer a os ancêtres de la barbarie, polir leurs mœurs , les façonner aux arts utiles , les apprivoiser avec les lois , et accoutumer leurs yeux au jour nouveau qu'il faisait luire sur leurs têtes? Ouvrez l'histoire , et surtout celle de notre France : ne voyez -vous pas la Religion présider à toutes les fondations , à toutes les œuvres qui ont pour but d'éclairer les hommes , de les doter avec une magni-