‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 103 sur 160 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

Air . Ermite, bon ermite.

A d'aimables compagnes Une jeune beauté Disait : Dans nos campagnec Règne l'humanité.

Un étranger s'avance, Qui, parmi nous errant, Redemande la France, Qu'il chante en soupirant.

D'une terre chérie C'est un fils désolé.

Rendons une patrie, Une patrie Au pauvre exilé.

Près d'un ruisseau rapide Vers la France entraîné, Il s'assied, l'œil humide, Et le front incliné.

Dans les champs qu'il regrette Il sait qu'en peu de jours Ces flots que rien n'arrête Vont promener leur cours.

D'une terre chérie C'est un fils désolé.

Rendons une patrie,

Une patrie Au pauvre exilé.

Quand sa mère, peut-être, Implorant son retour, Tombe aux genoux d'un maître Que touche son amour; Trahi par la victoire, Ce proscrit, dans nos bois, Inquiet de sa gloire.

Fuit la haine des rois.

D'une terre chérie C'est un fils désolé.

Rendons une patrie.

Une patrie Au pauvre exilé.

De rivage en rivage Que sert de le bannir?

Partout de son courage Il trouve un souvenir.

Sur nos bords, par la guerre Tant de fois envahis.

Son sang même a naguère Coulé pour son pays.

D'une terre chérie C'est un fils désolé.

Rendons une patrie, Une patrie Au pauvre exilé.

Dans nos destins contraires, On dit qu'en ses foyers

Il recueillit nos frères Vaincus et prisonniers.

De ces temps de conquiHes Rappelons-lui le cours; Qu'il trouve ici des fêtes, Et surtout des amours.

D'une terre chérie C'est un fils désolé.

Rendons une patrie, Une patrie Au pauvre exilé.

Si notre accueil le touche, Si, par nous abrité, Il s'endort sur la couche De l'hospitalité; Que par nos voix légères Ce Français réveillé.

Sous le toit de ses pères Croie avoir sommeillé.

D'une terre chérie C'est un fils désolé.

Rendons une patrie.

Une patrie Au pauvre exilé.

DE BÉRAXGER.

LA BOUQUETIÈRE et le CROQUE-MORT.

Air : Le cœur à la danse, etc.

Je n' suis qu'un' bouqu'tière et j' n'ai rien ;

Mais d' vos soupirs j' me lasse; Monsieur 1' croqu'mort, car il faut bien

Vous dir' vot' nom-z en face.

Quoique j' sois-t un esprit fort, Non, je n' veux point d'un croqu'mort.

Encor jeune et jolie, Moi j' vends rosiers, lis et jasmins,

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

C't amour, qui fait plus d'un hasard,

Vous tire par l'oreille Depuis r jour oiî vot' corbillard

Renversa ma corbeille.

Il m'en coûta plus d'un' fleur :

Vot' métier leur port' malheur.

Encor jeune et jolie.

Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins,

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

A d' bons vivants j'aime à parler;

Et, monsieur, n' vous déplaise.

Avec vous m' faudrait-z étaler

Mes fleurs chez 1' pèr' La Chaise;

Won commerce est mieux fêté A la porte d' la Gaieté.

Encor jeune et jolie, Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins,

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

Parc' que vous rtournez d' grands seigneurs,

Vous vous en fait's accroire; Mais, si tant d' gens qu'ont des honneurs

Vous doiv' tous un pourboire, Y en a plus d'un, sans m' vanter, Qu' j'avons fuit ressusciter.

Encor jeune et jolie.

Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins.

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

J" frai courte et bonne, et, j'y consens,

En passant venez m' prendre.

Mais qu' ce n' soit point-z avant dix ans.

Adieu, croqu'mort si tendre.

P't~êt' bien qu'en s'impatientant Un' pratique vous attend.

Encor jeune et jolie, Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins,

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

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