‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 100 sur 189 · LIVRE SIXIEME. 3il · texte numérisé non relu

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vent lui assurer la durée des siècles. Cette pensée continue de le suivre dans sa destinée future; elle accompaj'inc l'âme voya^jeuse, au sortir de ce monde sublunaire, parcourant les différentes sphères étoilécs, comparaissant, à chacune de ses stations, devant une divinité d'un autre ordre, jusqu'à ce que toute la hiérarchie céleste soit épuisée, et accomj^lissant ainsi , dans des existences successives , la série d'épreuves par lesf[uelles il faut qu elle passe avant de pouvoir être introduite dans son état définitif, dans la gloire de l'époptisme véritable, dont l'époptisme des initiations n'est qu'une image affaiblie.

«Évandre, j'aurais maintenant à vous peindre avec quelque détail toutes les villes opulentes que j'ai vues, et qui ressemblent si peu à celles de la Grèce ou du Latium ; j'aurais à vous dire leurs noms, leurs mœurs, leurs cultes, leurs institutions; mais ce sera le sujet inépuisable des divers entretiens que nous reprendrons par la suite : nous ne devons pas espérer ni l'un ni l'autre que nous puissions vivre assez pour que nous ayons fini, moi, de raconter tant de choses, vous , de les entendre et de m'interroger. Quant à présent, je dois me hâter de satisfaire aux plus justes désirs de votre curiosité.

«Après avoir traversé toute la Basse-Egypte, ce fut à Sais, ville de la Ma u te-Égy pte , (jue je me dé-

(Cl minai à îiIUm' doniaiulci- les iMonlails dv. l'iiiitiafioii. .le II ('tais pas sans <(ik'I(|iic crainte à ('et é{;ar<l. Si (Icja de siiiij)les relations sociales nie donnai(;nJ une sorte d'hésitation dont je n'étais ]kis le niaîtie; si déjà les paroles usuelles du foiiiiiieiee ordinaire de la vie j)roduisaient en moi du trouble, ])aice<pi(î l'étais toujours inceitain du sens caché (jueje leur sup])osais, «juelle ne devait pas être mon anxiété lors- <[ue, dans l'intérieur du temple , je me trouverais en comnninication avec les maîtres de tonte science! Mais du moins la ville de Sais n'est en aucun temps submcr{>éc par les eaux.

"On se fait, sur les initiations, bien des idées fausses (jue la suite de mon rc^cit vous ap])rendra, roi pasteur, à rectifier. On croit en ^«jénéral qu'elles sont destinées à dévoiler la vérité, et à renseif;ner. Cela n'est point vrai: la vérité ne s'enseigne pas; elle illumine celui (jui en est difjne. Les prêtres de lEjjypte n'ôtent jamais le voile qui couvre la statue d'isis, et jamais eux-mêmes n'ont vu cette statue sans voile. Dans les initiations, il est vrai, on interroge celui qui se présente. Le néophyte répond selon ce qui se passe en lui ; et, s'il s'est trompé, on se fait un devoir de ne pas le détromper; c'est un aveu.;;le que l'on laisse aller. On fait plus, on le pous.se dans le sens même de son ^cfénie; on l'abandonne entièrement à son propre instinct. Si ensuite

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il fiiit des progrès, il s'aperçoit bien de ses premières erreurs sans qu'on ait besoin de les lui montrer. Alors on est sûr de lui , et l'on ne peut en être sûr que de cette manière; car c'est lui qui a fait sa doctrine et sa science. Trois maximes sont le fondement de l'initiation ; et ces maximes , je les connaissais avant de me présenter. Les voici : Nul n'est digne de la vérité, s'il ne la découvre pas lui-même. Nul ne peut parvenir à la vérité , s'il ne parvient à la découvrir lui-même. Enfin nul n'est en état de comprendre la vérité, s'il n'a pas été en état d'y parvenir de lui-même. Dieu a tout fait en donnant le langage à l'homme : c'est la grande et universelle révélation du genre humain. Les prêtres de l'Egypte n'enseignent donc rien, parccqu'ils croient que tout est dans l'homme; ils ne font qu'écarter les obstacles. Ils vont plus loin , les adeptes qui ne peuvent pas entrer par leur propre impulsion dans la sphère d'idées et de sentiments où l'on veut les introduire, sont renvoyés comme des profanes. Les dépositaires de la sagesse croient que la vérité est une chose dangereuse pour l'homme qui ne la trouve pas en soi. Il la saisirait mal, il n'en verrait qu'un côté, il en ferait un usage mauvais, il la prostituerait à sa vanité, il l'altérerait, et, ainsi altérée, il la répandrait sans choix et sans discernement.

"Au reste, il y a plusieurs chemins pour par-

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\(tiii ;i l;i vorité. I/Mtrc rterncl se révèle de la iimiiièrc ijiii lui convient à lui, et, sans doute aussi, (le I.i manière (|iii convient à cliacim; mais e'esf toujours dans rintiniité de la conscience. îj'un est éclairé j)ar les lumières d'uni; haute raison; l'autie est instruit par un tact exquis du sentiment. li'enihnnsinsme de la poésie emporte les uns sur des ades de lèu dans les réf^^ions où habite la vérité; les autres trouvent mille secrets dans les profondeurs d'une trancjuille méditation. Mais ensuite, et ren)ar([ue/v bien ceci, une question résolue d(! deux manières différentes peut quelquefois être bien résolue et dans la justice et dans la vérité; car la morale a aussi ses mystères. Voilà, fds de la Thyade, tout ce que je soupçonnais des doctrines de l'Egypte; et vous devez comprendre qu'il ne m'était pas permis d avoir assez de confiance en moi pour être rassuré. Instruit d'avance que la misère de la condition humaine exclut tout principe absolu, je savais bien que je ne pouvais demander aux prêtres de lEp^ypte la loi {ifénérale, universelle, de lêtre intellijjent et moral. Mes irrésolutions et mes craintes n'étaient que trop fondées.

" Je me détermine cependant. Je vais frapper à la porte du temple. On m'ouvre.

'< Que demandez-vous? »

« A connaître la vérité. » *

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" Qui êtes-vous ? »

« Je suis un Scythe qui passe pour être né dans la « Thiace, et je chercbe par-tout Orphée. »

« Etes-vous poëte, prince, ou législateur? "

« Les muses ont daigné m'inspirer. »

« Gomment vous nommez-vous? "

« J'ignore le nom que j'ai reçu de mes parents, les « peuples m appellent Thamyris. "

« Votre renommée, Thamyris, est parvenue jus- « qu'à nous , mais sans éclat. Croyez-vous donc que « l'entrée de ce temple soit accessible à tous? Et qui '< nous dira que vous êtes digne de connaître la vé- « rite, ou même une partie de la vérité? »

« Je ne refuse pas les épreuves. »

« Qu'importent les épreuves? O homme! si la vé- « rite n habite pas déjà dans ton cœur, qui pourrait « l'y placer? La vérité n'est pas une chose étrangère « et hors de nous. Elle a sa demeure dans le cœur « de l'homme, et non point dans les grandes pyra- « mides bâties par la main des hommes. »

« Je sais que la vérité est dans le cœur de l'hom- « me; mais souvent elle y est environnée de téné- « bres, et nul n'a plus besoin que moi du flambeau « des sages pour dissiper ces ténèbres. »

«Eh bien! retire-toi pour te préparer par une '< retraite volontaire à la faveur d'entrer dans le " sanctuaire d'isis. Pendant quarante jours, tu iné-

il s oiirma:.

.. (lit(M'ns soiil sur l(*s cliososciiril ini|)()rt('à I lioiniiic "tic connaître; ensuite tu viendras deniandei les « épreuves. »

«< Ce délai, dont j'ifjnorais le motif, était destiné à ce {)cnre d éj)ieuvcs (ju'oii appelle rinitiation extérieure. liC futur néophyte reste (juarantc jours surveillé, sans quil puisse s'en douter. On va jus- (|uà lui tendre des pièfjcs pour s'assurer de ses mœurs, de sa ])rudence; pour connaître Tusa^e (ju'il fera de sa liberté. N'allez pas dire, Evandre, que de tels moyens ne peuvent réussir à féfjard d'un homme déjà prévenu, et qui doit être sur la réserve. Ah! s'il n'est contenu que par cette sorte de méfiance snr tout ce qui l'enloure, il ne tardera pas de succomber. Il y a tant de iiiiblesse et tant de misère dans lliomme, ([u'il ne faut pas une [jrande science de séduction pour l'entraîner à mal user de sa liberté. Et, croyez-moi, il n'y a point de piè(je ^H'ossier. Les prêtres de lËgypte, au reste, imitent en cela, ou se croient autorisés à imiter les fjrandes voies de la Providence à féjjard du {jenre humain, qui, en effet, est soumis à des épreuves, et qui ne l'ignore point. L'homme accomplit le mal, souvent, hélas! sans aucune utilité même passagère; souvent la vertu n'a pas besoin de remords pour être vengée. Et le remords lui-même n'est-il pas un témoin qui dépose que nous sommes libres? Je dois ajou-

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