LIVRE SlXlf:ME. 3ii
où les tempêtes ellcs-niêiiies et les orages ont une voix (jui est comprise.
«Cette civilisation savante et parfaite, mais fixe et nnifornie, que j avais sous les yeux, me fiiisait apprécier bien mieux tous les charmes de ces civilisations ébauchées, mais diverses et progressives, qui promettaient une si grande variété de mœurs et de coutumes, plus ou moins sévères, plus ou moins riantes. Je me trouvais dans un monde ancien où tout était dit, et j'aurais préféré un monde nouveau où tout eût été à dire. En un mot, Évandre , je craignais que, dans les sociétés vieillies, la science ne remplaçât les grandes et profondes sympathies qui forment le lien si puissant et si doux des sociétés naissantes.
« La vie, en Egypte, ne semble s'appuyer sur rien ; aussi les hommes y cherchent-ils à donner de la durée à la mort. Toutes les différentes époques de l'existence humaine, comme une suite de vies et de morts qui naissent les unes des autres, sont célébrées avec des cérémonies funèbres.
« Ainsi l'homme ne parvient à sa dernière mort ([ue par une suite de trépas successifs ; et cette deruière mort n'est à son tour que le passage à une autre vie. Ainsi encore, à mesure (ju il entre dans un âge nouveau , Ihomme prend le deuil de l'âge j)récédent; il est donc successivement en deuil de
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sa j>ro|>i(> o\isl(>nco, de. son existence iiioMlool cliiuif^canle, tomiiu' (Miliint, l(>rs(|M il devient jinni; lioniine; comme jenne lionniie, lorsqn'il devient lioimnc fait; comme vicillaid , lorscpi'il entre dans la decr("j)itude. Le vêtement assi{;né à elia<jne âj",e est déjDOsé dans une sorte de tombeau, imafjc de celui où sera déposé nn jour le corps lui-même, dernier vêtement de lliomme, que Ton conservera avec un soin iniiiii : ainsi donc enfin, on ne donne de la réalité qu à la mort; tout est provisoire jusquelà, et Ion ne manque jamais de faire assister le spectre de la mort à tous les repas. Mais lorsque riiomme n'est plus , non seulement on honore , comme par-tout ailleurs, sa cendre; non seulement on prend soin d'embaumer ses restes; bien plus, on lui construit une demeure stable à laquelle on s'efforce d'assurer une durée éternelle. On dirait que c'est la crainte de la mort qui a produit le sentiment de l'immortalité; toutefois on se tromperait étrangement si l'on croyait que l'Égyptien veut uniquement soustraire son corps et ses ouvra^yes à la destruction; ce qu'il veut sur-tout, c'est fixer la mort même, la fixer comme l'endjlème et le gagje de l'immortalité.
« La pensée n'abandonne point l'homme dans son tombeau, lors([ue son corps a subi toutes les préparations pieuses de l'embaumement, qui doi-