LIVRE SIXIÈME. 3iy
ter, non pour la justification des prêtres de l'Egypte, mais pour faire comprendre leur conduite, je dois expliquer que, comme ils n'ont pas à leur disposition les trésors variés et infinis de la Providence, dont ils veulent sinuder respectueusement les lois , s'ils tendent des pièges, ils ne souffrent jamais qu'on y tombe.
«Ainsi, rendu en apparence à la liberté, bientôt les contrées les plus poétiques de la terre, où j'aurais pu couler de longs jours, vinrent se présenter de nouveau à mon imagination avec tous leurs charmes. Je commençais à craindre cette austérité des enseignements de la sagesse. Il me semblait que dans cette région , que je considérais à présent comme la région du silence et de la mort, je perdrais tant de riantes illusions , et que j'allais anticiper sur la froide vieillesse. Au lieu d employer toutes mes forces à lutter contre moi-même, je les employais à faire de coupables efforts pour vaincre la sagesse qui me livrait de rudes combats. Un sentiluent de lâche découragement, ruse funeste de ma faiblesse, venait me .saisir; je me jetais alors dans toutes les distractions qui se présentaient de tous côtés, et que je n'avais pas d'abord aperçues. L'Egypte, vous le savez, est le pays des jongleurs , des magiciens , des astrologues. Les hommes qui se vouent à l'amusement du publicy sont d'une adresse
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(•Mri'inc. Il ^ a dt's (laiisciiscs d une {;raii(lc pcilrc- (ion. .Il' iK' tlodaigiiais ni les oisils ni les haiadiiis. Iaîs maîtres de tnnli^s les sciences \aincs ("laicnl accueillis par moi avec un cm|)i'essement dc])l()ial)le. Sans doute j'aurais en trop à laire de me délendrc à-la-fbis et contre mes sens et contre la cuiiosité de mon esprit, .le puis lavouerrl présent, ])rince pieux, et j'en rouf^is encore, non il n y a point de pièf^e {grossier pour lliomme, même pour C(;lui qui a cou(;u le désir de la sagesse et Tamour de la vérité.
" Néanmoins de temps en temps je sentais la pointe du remords, je me faisais pitié : je me disais alors : « Voilà donc pour([uoi je suis venu en Égy])1e! «Allons, retournons dans la Grèce, et renonçons « au vain projet de suivre la trace si difficile du sage .< des sages. Ou plutôt, au lieu d'aller par le monde '< chercher les leçons d'Orphée, de mendier par- « tout des oracles (jui veulent rester muets pour u moi, courons ensevelir notre honte au sein de la "Silencieuse Scythie. Dans tout autre lieu, sans '< doute on me montrerait au doigt; dans tout autre «lieu, on dirait avec une juste dérision : «Voyez «celui qui prétendit à sortir des voies communes, "dessein si au-dessus de ses facultés! On le sait «à présent, il fut séduit mal -à -propos par la « haute renon^.mée d'Orphée. C'est la vanité qui l'a « égaré. «