LIVRE SIXIEME
«tait, nous n'agissons que lorsqu'il ne daigne pas '< agir. Toi , tu ne nous as été livré que parceque les « dieux ne t'ont pas jugé digne de t'initier eux- '< mêmes. Telle est notre régie de conduite. Nous '■' n'avons point à te la celer ; et quoique tu la con- " naisses à présent , nous sommes persuadés en- « core que tu nous trouves injustes et bizarres " à ton égard. Dis la vérité ; elle ne peut nous of- « fenser. »
« Oui, je dirai la vérité. Je l'avoue donc , j'ai cru « que tant de travaux entrepris par moi pour par- " venir à la sagesse, auraient dû me mériter un autre " accueil des maîtres de toute sagesse. Mais cette illu- « sion n'a pas duré, et je puis avouer aussi qu'en- " suite j'ai trouvé en moi une misère et un délaisse- « ment que je ne m'attendais pas à y trouver. »
« Cette candeur, Thamyris, expie déjà beaucoup
« de fautes. A présent que tu es mieux instruit, sois
•ï certain que nous ne tendons de pièges qu'aux fai-
'- blés , car nous ne voulons pas décourager les forts.
En comprends-tu la raison ? »
« Je commence à la comprendre, mais j'espère i> par la suite la comprendre encore mieux. On i. m'avait dit que les prêtres des saints mystères exi- " geaient des initiés qu'ils eussent toujours marché '< dans la voie de la vertu et du bonheur. C'est dès «aujourd'hui seulement que j'entrevois (juelque
x\2 owvwia:.
« iiiolil dans 1 oxcliisioii des iiilorlnii('\s. Vous ne «voulez pas sans donte (\uv llionimc vienne cnse- « velir dans ronihrc. dn sanctnaire les restes (Tnne «vie condamnée à ropj)ro])re et à la misèie; vous « ne voulez pas qu il donne à la saj^esse des jours « flétris qu'il ne ]ient donner aux plaisirs et aux i< honneurs. Tl ne vous appartient ])as d'accneiliii- « les rebuts du monde. »
« Ce motil ([ue tu nous attribues n'est pas, il faut "l'avouer, bien difficile à atteindre. Un jour tu «sauras mieux pourcpioi nous ne voulons pas dé- « couraj^er les forts; un joui- tu sauras mieux pour- " quoi nous exigeons de l'initié (pi'il ait été toujours « homme de bien et heureux. A Dieu seul il appar- « tient de voir jusqu'à (juel point le lepentir a pu « effacer une faute ; à Dieu seul il appartient d'aj)- « précier les ravages que le malheur a pu faire dans «les cœurs les plus honnêtes. Dis- moi, fépouse « (jui a été souillée par la violence, sans qu'il y ait « de sa faute, restera-t-elle agréable à son époux? « Et celui qui voudrait se choisir une épouse pren- « dra-t-il la vierge dont un ignoble scélérat aujait « flétri la sainte innocence? Malheur cependant à « celui qui oserait condamner cette épouse et cette «vierge! malheur à celui qui ne détournerait pas « d'elles tout regard qui pourrait les faire rougir! « Les dieux, qui savent toutes choses, qui nous con-