‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 107 sur 189 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

« naissent avant et après, qui dispensent le mal- " heur et la beauté, l'innocence ou le crime, la dif- « formité et la fortune, les dieux peuvent choisir «les épreuves, nous ne le pouvons pas. Voilà tout « ce que nous avons à te dire en ce moment sur les " mystères de la morale. Nous-mêmes savons-nous « assez la science du bien et du mal , entrevoyons- « nous assez de cette autre science, la science toute « divine de la juste attribution, de la sévère impu- « tabilité, pour que nous puissions te les raconter? « Par la suite , nous les étudierons avec toi , et nous '< verrons si linitiateur peut avoir quelque chose à «apprendre de l'initié. Toutefois, Thamyris, nous « n'avons point oublié que, dans la Thrace, tu as « tenu la lyre d'Orphée, et que par elle tu as opéré « des prodiges; nous ne donnerons point le signal « pour faire mouvoir la roue où tu es attaché. Tu « n^auras point la crainte de voir des lambeaux de « ta chair aux pointes de cette herse. Qu'il te suffise « de savoir que l'homme a besoin d'expier même «ses bonnes actions, car le motif seulement peut « donner du prix aux œuvres. Sache encore que « souvent une mort cruelle peut être un événement «heureux, si elle est acceptée comme expiation. «Qu'il soit donc détaché de la roue, et délivré de « ses fers ! »

« Lorsque je fus rendu à la liberté, on me fit

iMfoiiu r ma vie tout entière. On voulait (|uc jo disse le bien et le; mal. On m inteiioj^eait sur les eireoiistaiices et les motifs de chacune de mes actions, sur 1 ()ri{;ine et la direction de mes pensées les jilns intimes. Tout était pesé avec une impartialité rijjoiirense.On me faisait remar([uer les choses (jui s étaient passées en moi à mon insu. Je voyais mes meilleures actions dépecées comme l'eût été mon corps s'il eût passé sur la herse. On me permettait de me défendre, et l'on ne poussait l'examen plus avant que lorsque, par un complet assentiment, j'étais oblif>é d'adopter, de devancer même la pensée sévère du jujfje. Il s'établissait entre lui et moi je ne sais ([uelle puissante sympathie, ou plutôt un flambeau brillait entre nous. Modeste Évandre, c'est ainsi que je fus convaincu de vanité, d'amourpropre, de confiance en mes forces dans la recherche de la vérité. La manière dont j'avais conçu l'initiation, et que je vous ai expliquée, quoique fondée sur la réalité, était néanmoins un piège tendu à ce ([u il y avait de vanité et d'orgueil en moi. Telle fut la cause de toutes mes chutes dans les premières épreuves. .Te fus convaincu encore d'avoir voulu tirer ma vie hors de la ligne commune, afin dêtre distingué, afin de mériter de vivre, long -temps après que je ne serais plus, dans lestime et dans la mémoire des hommes, que ma gloire fût usurpée

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