‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 108 sur 189 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

ou non. .l'a vouai ([ue je n'avais point été digne d'échapper, conjme Orphée, aux épreuves ordinaires, à celles qui sont le partage des êtres les plus vulgaires, et contre lesquelles je m'étais révolté. Enfin j'en vins à dire: «Oui, j'ai mérité la mort, non «selon la justice des hommes, mais selon la justice « des dieux immortels. Je n'ai d'autre désir que d'ex- « pier par ma mort, s'il le faut, les motifs indignes « qui m'ont dirigé jusqu'à présent. »

< Sans doute, dit le prêtre, tu as mérité la mort, '< mais nous ne sommes pas chargés par les dieux « immortels de te la donner. Il nous suffit de ton "aveu. Au reste, mon fils, car dès ce moment tu " nous appartiens, et tu ne tarderas pas à revêtir la « robe blanche du néophyte ; au reste, il faut que tu « élèves tes idées plus haut. L'arrêt que tu viens de « prononcer contre toi est un arrêt qui enveloppe « la race humaine tout entière. Ainsi tous les hom- « mes méritent de mourir, c est-à-dire de passer par « l'épreuve de la destruction du corps, car les dieux "immortels sont justes; et ils n'auraient pas in- « fligé le redoutable châtiment de la mort, si ce « châtiment n'eût été fondé sur la justice, si cette « épreuve n'eût été utile à notre purification. La « mort n'est donc point, comme on le croit, le sim- « pie résultat d'une loi nécessaire, la dure loi de la "Succession des êires; et cette loi elle-même de la

iiG OUI' III*: II.

'< succession tics êtres, loi eosmo|joni(|ue et non fa- .' talc, |iouirait-ellc êh'c autre chose ([u'iiiie loi d'a- «Hiour? Non, la nature iutellij;eu(e n'est ])oint «livrée à un impitoyable destin; elle n'est point «livrée aux aveu{jles combinaisons des éléments; «elle n'est point une forme passagère, successive, " plus ou moins éclatante, plus ou jiioins doulou- « reuse de la matière; les dieux ont trop de respect " pour elle. La vie est une épreuve. Le bonheur et « le malheur sont des épreuves. L'opprobre qui suit « ([uehjuefois le malheur est une épreuve de plus. « La dégradation morale qui , trop souvent , s'at- « tache au malheur, même au malheur non nié- «rité, est encore une épreuve. Les facultés diffé- " rentes, la privation des facultés, le crime enfin, « le remords qui suit le crime , tout est épreuve. Le "mystère profond, auguste, impénétrable de l'at- " tribution et de limputiibilité est un secret que « Dieu s'est réservé. La mort est une initiation à lait quelle tous les hommes sont appelés. Voilà pour- « quoi, dans les saints mystères, il faut que Tinitié « meure à lui-même. Mon fils, dans la langue sa- « crée, initiation veut dire mort.

w Je ne t'ai parlé que de la destinée des hommes «en général, ceux que l'on nomme bons, comme «ceux que Ton nomme méchants; un autre jour " on t'apprendra la destinée particulière des mé-

Page 1