‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 114 sur 189 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

le dieu. Il y avait de l'eau dans les urnes., car, ainsi que vous le dites, vous autres Grecs, Venfancc de Bacchus fut confiée à des naïades pour nous enseigner la tempérance. 11 faut que la nourriture du corps soit une image de la nourriture de famé. Je fus néanmoins instruit que mes maîtres, qui s'abstenaient de chair, n'en condamnaient point l'usage pour les autres.

M Lorsque la faim fut satisfaite , un musicien habile chanta les merveilles du ciel et de la terre, grands et magnifiques spectacles destinés par un dieu bienfaisant à la première initiation de l'homme , être éphémère qui contient un être immortel , voyageur illustre et inconnu, marchant dans une route obscure où quelques clartés guident ses pas pour le conduire à la région de la lumière. « C'est, « disait le poète harmonieux, c'est la représentation «< de cette pensée divine qui réside au fond de nos « sanctuaires. Voilà pourquoi les tableaux impo- >' sants que nous offrons aux initiés, comme toutes « nos pompes religieuses, sont les peintures hiéro- « glyphiques de ce que la Providence a fait pour «l'homme, pour charmer ses sens, pour étonner i ses esprits, pour agrandir son imagination, pour i< développer son intelligence. L'univers est un mythe « infini que nous osons retracer en caractères sacrés, .< dans nos rituels, dans nos calendriers, dans nos

Su. OHIMlKi:.

.. |)l;inisi)h(Mrs. Voilà pomcinoi iTiron; nos cycles .. sociaux sont en niciiic temps des cycles astrono- - ini(|iies.

« Salut, contrée tlcMisraïni, contrée léconde de u toutes les sciences, contrée où sont retracées toutes «les merveilles du ciel et de la terre! Contrée de "Misraïm, tu nous ap])rcnds par mille prestifjes .« pounpioi la patrie est si clièrc à 1 homme ; c'est « f[ue la patrie est une création de lliomme, une " manifestation de sa puissance. L'homme fait en .' quelque sorte la terre où il vit, le climat où il ha- « hite. L'homme doit lutter sans cesse contre la na- « turc. Il plante des arhres dans un terrain nu, et » il attire ainsi les rosées du ciel; il défriche et dé- « pouillele sol des arhres que le sol a produits de « lui-même, et la rosée du ciel refuse de descendre u sur la terre aride. La fontaine jaillit d'un rocher «ombragé, et le rocher devient stérile si l'ombrage i< tombe victime d'une hache imprudente, car c'é- « tait lui qui exprimait l'eau des nuages. L'homme i: oppose des digues à la mer ; et la mer voit l'orgueil « de ses flots se briser contre des rivages faits par «l'homme. Il s'avance dans des déserts de sable, il «y construit des villes tumultueuses, entourées de « champs cultivés, de vergers fleuris; et les déserts « étonnés se replient en silence devant les travaux « de l'homme. Il dirige les fleuves , et les force ^ por-

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« ter leur fécondité là où il veut. vSitôt qu'il cesse '< de lutter contre la nature, la nature reprend ses " droits. A son tour elle marche derrière lui à me- « sure qu'il se retire ; à son tour elle dévore l'em- " preinte de chacun de ses pas. Ainsi la solitude en- " vahit de nouveau le lieu qui fut un instant habité '< par riiomme. Le désert , rendu à son antique éner- "[;fie,fait des conquêtes bien plus rapides, et l'air « imprégné de qualités mortelles étend le domaine « du désert. Les bêtes sauvages reviennent placer " leurs tanières dans les sombres retraites d'où elles " furent chassées. Des reptiles immondes rampent " sur les débris des arts. Des marais remplacent les « fontaines jaillissantes, les canaux limpides. Coni( trée de Misraïm , contrée florissante qui as mille Il raisons d'être fière de toi-même, contrée de Mistraïm, puisses -tu être toujours ce que tu es à «présent, la terre des merveilles ! puisses-tu être i« toujours une manifestation de la puissance de « l'homme ! "

« Le musicien se taisait. Un des prêtres prenant la parole, dit: «Honneur sans doute à l'Egypte, « l'aînée des nations dans les arts qui civilisent «l'homme! honneur sans doute aux nobles facultés «qui résident dans l'homme! honneur à la pensée «deThomme, qui est un dieu en lui! honneur à « la parole qui n'est que la pensée devenue sensible

352 (^iiniÉi:.

"à ((Ini (|in l.i lonnc, ci à ceux «ii (|iii il mmU l.i .« créer, lien mystérieux des iiitelli(;eiices liimiiiiiies! «Mais soiifjeons an néophyte (jni vient s'asseoir « parmi nous; et tout en exaltant les cIkjscs propres « cà cnorj^neillir Vlionime, ne taisons point celles qui «sont propres à riinmilier. Faisons connaître ses " misères anssi bien que ses {grandeurs. »

«Ah! s il m'était permis de parler, me hâtai-je «dédire, je suis assez instruit sur les misères de '< l'homme! Vous ne pouvez douter de ma science « à cet éjyard. »

« Et toutefois, me dit nn prêtre, ta science n'est «pas grande. Si tu avais pu rencontrer Orphée, «s'il t'avait instruit de sa doctrine, lui qui fut apte pelé à guérir l'infirmité de la nature humaine, il « t'aurait appris ce qu'est cette infirmifé; il t'aurait « enseigné ce qui est à guérir dans la nature hu- « maine. T^es sexes, les classes, s'expliquent par des «(dogmes cosmogoniques; l'union conjugale et les >i lois de la société reposent sur la connaissance de « ces dogmes. Tous les hommes, quel que soit le rit «de l'union à laquelle ils doivent la naissance, « quelle que soit leur ])lace dans le monde de l'hu- « manité, tous les hommes ont un problème à ré- «soudre; et c'est le problème des races, des peu- « pies, de l'espèce. Les barbares ne t'ont pas dit leur « secret : ne t'en étonne point, ils ne pouvaient te le

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