LIVRE SEPTIÈME
« dire; tu le sais à présent mieux qu'ils ne le savent «eux-mêmes, parcequ'il est des mystères déposes "dans les traditions, à l'insu de ceux qui en sont « dépositaires. Talaon représente pour toi le barbare « savant; yEagrius est le barbare ignorant. Les Thra- « ces sont un peuple barbare et sacré. Quoi qu'il en « soit, Thamyris , les plus illustres augures des pères « ne dispensent pas les fils de l'expiation; c'est pour « tous que l'essence bumaine, une, et souillée du « même opprobre qui pèse sur tous, a besoin d'êti'e « relevée tout entière. Tout-à-l'beure nous t'en di- « rons un peu plus.
« Mais tu ne dois pas attendre de nous une claire « vue qui nous est refusée à nous-mêmes. Les faits '( qui sont des causes sont inscrutables; nous som- « mes tenus d'en respecter l'immense obscurité , « les augustes ténèbres. Derrière le voile que nous " avons soulevé avec le plus de peine, nous aperce- «vons toujours un voile qui sans doute, bêlas! « n'est pas le dernier. Lorsque tu as visité la Samo- «tbrace, tu y as trouvé des preuves irrécusables « d'une grande catastrophe qui a bouleversé jusjc qu'aux vestiges d'un monde plus ancien. Cette « catastrophe a frappé les facultés extérieures de « l'homme ; auparavant , ses facultés intérieures « avaient été atteintes par une autre catastrophe " dont la mémoire est restée enfouie dans la parole.
rOME IV. 23
;i54 OHPiir.K.
«. 1 ,'iiit(Hi;;rîice aussi a S(^s rtiiiics, niiiics si Instcîs « et si imposantes.
«Néopliytc, (juas-tu retenu du ehant de notn; « poète? »
«Le poëte dont il m'a été donné d'entendre les '< vers harmonieux a voulu justifier le sentiment (|ui «a lait naître les merveilles de la patrie, .lai vu, «dans les contrées rpie je viens de parcourir, le « commencement et le pro(jrès de ces merveilles ; « rÉ(jypte m'en a offert rachèvement et la perfec- " tion. Je sais tout ce que rintelliî;ence humaine « doit de déploiement à finstitution de la société. »
« Et toutefois encore, rejirit en souriant le prêtre « qui m'avait dt^a parlé, et toutefois ta science n'est «pas grande. Cest quelque chose, en effet, d'avoir « remarqué cet état de lutte perpétuelle des forces « de la nature contre les créations de l'homme; mais « ce n'est point assez. Thamyris, tues bien loin de « connaître toutes les conditions inq^osées à l'homme « pour le développement de ses destinées. A force «d'études transmises, accumulées les unes sur les « autres , et ajoutées à nos propres études , nous « sommes parvenus à connaître quelques unes de u ces conditions. Nous te dirons successivement ce « que nous savons, selon que nous t'en jugerons di- « gne. Les éclatants spectacles du ciel et de la terre «sont, a dit le poëte, une initiation pour la race