LIVRE SEPTIEME
'brillante, toujours active, que les (générations, «en se succédant, se transmettent, les unes aux « autres, sans l'épuiser? »
« J'avouai que je n'avais pas élevé mes pensées si haut. « Je suis musicien , il est vrai, répondis-je, et « j ai vu les peuples attentifs aux accents de ma voix, " aux sons de ma lyre. Mais je suis sans aucune « science. Je chante ce que j'ai ouï chanter, je redis « ce que j'ai entendu dire. Ma parole est l'écho « d'une parole dont j'ignore le mystère et le se- « cret. »
" C'est bien, reprend le prêtre; ta seule science, " cest l'ouïe. Tu n'es pas, comme nous, accoutumé « à cette autre sorte de parole extérieure qui se com- " munique par la vue, sans réveiller l'idée du son ari< ticulé. Nos caractères hiérographiques sont doués " d'une telle énergie , qu'ils arrivent à produire des " langues douées elles-mêmes d'un pouvoir de créa- " tion. Mais 1 étude de ces caractères sacrés te serait "inutile. Ainsi, avec toi, notre seule science sera " celle qui s'adresse à l'ouïe. Toutefois nous t'ap- « prendrons ce que tu ne sais pas encore; nous '< t'aj)prendrons qu'il existe une source unique, fé- "conde, inépuisable, d'où émane toute science; .' nous t'apprendrons qu'il y a une génération in- » tellectuelle, dont la génération des êtres est une " image imparfaite. C'est là le mystère ((ue nous
" cluMclioiis à |)(^iu'(rer rcs|>t'(liu'iisenicnt, le secref <' (|ne nous essayons de sniprcndic. Dieu, nous « n'en doutons point, Dieu ii jiailr une fois; Dieu, «nous le croyons ainsi, a dit une lois comment le « monde idéal était devenu le; monde j^lasticjm;. "C'est cette parole de Dieu, émise une lois, <j[ui, « venant à se reposer sur les lèvres de Thomme pri- « mitif, a été la jurande voix , la voix unique et mul- " tiForme de toutes les traditions primordiales. Notre « poésie, Thamyris, est un symbole, et c'est ce que « doit être toute vraie poésie , car la parole de Dieu , « lors([u elle se transforme en la parole dcrhonnne, « doit se rendre accessible à nos sens , à nos facul- « tés, s'incarner en nous , devenir nous-mêmes. Elle « revêt une teinte obscure parcequ'elle est reflétée u par des orfjanes obscurs. Au fond, le symbole est « une vérité que la langue de l'bomme ne peut pas «dire à l'oreille de l'bomme, et que l'esprit dit à « lesprit. De plus, le symbole est une condescen- « dance dont nous aimons à reconnaître le bienfait « pour nous et pour ceux à qui nous devons trans- « mettre les enseignements de la saj^esse. Notre poé- « sic a produit plusieurs cbefs-d'œuvre : aujour- « d'hui , Tbamyris , nous nous bornerons à t'en « faire connaître deux. »
«Alors le prêtre me récita le poëmc de Job et celui de Prométbée.