T.IVRE SEPTIÈME
entretiens avec lui, au sein de la douleur et de la misère, parceque d'ordinaire les hommes n aiment pas à converser avec Dieu lorsqu'ils sont dans l'enivrement de la prospérité. Job ne savait pas les desseins de son Créateur; mais il éprouvait qu'une vanité infinie gisait dans labondance de tant de biens. Il était effrayé de la fécondité de ses troupeaux , de la fertilité de ses champs. «Aurais-je '< donc offensé le Seigneur, disait-il, puisqu'il refuse « de me visiter? Il n'y a point d'affliction en moi , « et je sens d'autant plus la fragilité de tant de biens, « car ces biens ne peuvent me satisfaire. C'est une " grande affliction, la plus grande de toutes, que celle « de n'avoir rien à désirer, et cependant de désirer « toujours. C'est une immense tristesse qu'une tris- « tesse sans objet. » Les vœux de Job furent trop accomplis. Du sein de l'amertume, de la douleur, des plus poignantes adversités, il put parler avec Dieu. Son Créateur daigna faire connaître au patriarche, accablé de maux, les voies cachées par lesquelles la Providence marche à l'accomplissement de ses desseins. Vénérable Evandre , cette partie du poëme ne saurait être redite, parcequ'il faudrait peindre en même temps et les spectacles d'épouvante qui accompagnaient les paroles du prêtre, et la musique si désolée qui ébranlait tous les sens, et les nccents de détresse qu'exhalait le
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clioMir. Le prrtrc restait dans un calnu; iiti]K>saiit, <jiu>i(|M il lût coniinc vaincu par cette lutte inconiparahle de lame et de la pensée. Toutes les forces liumaines semblaient en lui arrivées au point où Ton pouvait croire qu'elles allaient succomber; et cependant elles ne succombaient pas. Je ne sais quelle voix inconnue exprimait la voix de Dieu ; et cette voix inconnue, ({ui planait majestuensement, qui retentissait plutôt (pielle n était émise, sans doute était une voix bumaiue, puisque j'étais parmi des hommes; mais où avait-elle puisé de tels accents, de telles paroles, de telles formes de langage, une telle immensité de sons? Et celui qui osait proférer de tels discours, où avait-il appris les mystères de la vie et de la mort, les lois éternelles de l'univers? où avait-il appris les secrets de nos facultés, de notre intelligence? Comment secouait-il à-la-fois toutes les énergies de mon ame, pendant que mon corps se sentait, pour ainsi dire, brisé dans ses ressorts les plus intimes? Mes yeux étaient éblouis, mes oreilles pleines de terreur, la sueur inondait mon visage. Les entretiens entre Dieu et Job se passèrent au sein des orages et des tempêtes, et les orages et les tempêtes, soulevés par le Dieu puissant, ne se feignent j)as, ne peuvent pas être reproduits par les organes fiagiles de l'homme. Et toutelois je croyais assister à la réalité de cette initiation