T.IVRE SEPTIÈME
sublime où Dieu avait dai^rné en quelque sorte se justifier. De si redoutables oracles, Evaiidre, ne peuvent être révélés à rbonime de bien que par les plus cruelles calamités : la hauteur de la science se mesure par la rigueur de l'épreuve. C'est ainsi que Job comprit tout ce qu'il est donné à l'homme de comprendre des plans du Créateur, de l'ordre, et de la magnificence de ses œuvres. La gloire de Dieu manifeste la justice de Dieu, et l'homme apprend ce qu'est l'homme lui-même dans l'harmonie des mondes.
« .le restai abymé dans la contemplation des prodiges dont je venais d'être témoin, des vérités qu'il m'avait été permis d'entrevoir, des secrets qui m'étaient dévoilés. Il me semblait que j'eusse vu le monde sortant du chaos, l'homme, lorsque sa demeure a été toute préparée , prenant possession de l'air, de la lumière, des météores, des éléments, des plantes , des animaux , et nommant les lieux , les êtres, les choses.
« Après un tel ravage de mes idées, comme serait une rafale d'automne balayant la terre, le prêtre voulut me faire assister à la formation du mythe, autre expression de la poésie : ce fut l'objet du second poème qui m'avait été annoncé.
«On ne connaît pas l'auteur du chant de Prométhée, parccque les voyants des premiers âges,
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dociles stMilemonf à 1 inspiration , se croyaionl intiMprètcs, ot non j)oinf inventeurs. (^n('l(jn{>(()is leurs poënies sont traduits clans les langues de la terre: alors des inconnus les vont chantant parmi les peuples, et recevant pour prix de leurs vers immortels le l)ain du voyageur, la nourriture de l'étranger. Ils se retirent sans laisser de nom. C'est le poëte, c'est nu vieillard aveugle; pendant sa vie il demanda raumùne; après sa mort des villes opulentes et célèbres se disputent Vlionneur de sa naissance ignorée. Ils ont été comme des apparitions merveilleuses, et leurs récits restent dans la mémoire des vieillards qni les redisent ensuite aux fêtes solennelles.
« L'histoire de Prométhée , sage Évandre, est une fiction hardie où la vérité de la tradition primitive est enveloppée d'un voile brillant, qui peut éblouir les yeux du vulgaire, mais (pii ne saurait tromper les yeux des sages. La fable est une réalisation de la parole ancienne ; cette parole est entendue et sentie instinctivement par les peuples. La puissance de personnification, qui réside au fond de toute allégorie, naît en silence, et croît inaperçue dans le sein obscur du temps: ainsi serait un nuage qui s'étendrait au loin, qui se condenserait spontanément, <pii un jour viendrait réclamer une forme et un nom. Si les yeux du vulgaire restent éblouis, les