LIVRE SEPTIÈME. 38i
Malgré toute son anxiété, Thamyris se décide à reprendre, en ces mots, la suite de son récit:
"Dans la seconde partie du poëme mythique, Prométliée, s'élançant sur le sommet des montagnes, allume son flambeau créateur au char du soleil, et apporte le feu aux hommes. Cette grande conquête, principe de toutes choses, qui seule met une barrière entre nous et les animaux, est célébrée avec enthousiasme par le chantre cosmogonique. Mais on découvre dans Tenivrenrent de sa poésie quelque chose de funeste et de douloureux. Il peint les métaux façonnés d'abord en charrues et en instruments de labourage, et ensuite en glaives homicides, en machines de guerre, en mille appareils de mort. L'or corrupteur est tiré des entrailles de la terre. La cognée abat le pin altier, qui va se courber en quille de vaisseau, le chêne robuste destiné à soutenir le toit sous lequel dormira l'oisif des villes. Toutes les contrées se répondent l'une à l'autre. Les montagnes sont aplanies, les abymes des mers sont comblés. Le commerce court civiliser les hommes. Mais le vent de la destruction souffle en même temps de toutes parts; et le génie dévorant des conquêtes inonde de sang et de larmes les champs où croissent les fécondes moissons, les monuments des arts qui ornent les opulentes cités. L'homme s'avance dans la gloire, mais il s'avance aussi dans le malheur.
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Son inulli};oiUM' l(H;i(i|;ii(Ma, p;uTO(|iriI la sollicilcia |K)nr lies besoins factices ([iTtilU^ ne pourra safisliiire. Son iniaj'jiiiation deviendia connne une solitude, |>arcc«|ndle s'étendra ontre niesuic, et ({n'il n'aura plus la puissance d'eu peupler les contrées faulasti- (|ues dont les limites se reculeront chaque jour devant lui. Veuillent les dieux ([u'au moins il lui reste l'espéra u ce!
« A de tels accents, je vous avoue, Kvandre, (pie je jetai un cri delTroi. Le cliœur avait jeté, en même temps, un cri semblable. A ce cri s'était jointe comme une vaste lamentation qui sortait de toutes parts, de dessous les pavés du temple, de ses murs élevés, de ses voûtes immenses. Les prêtres voulurent me calmer. Du milieu de cette détresse profonde, ils m'adressent ((uelf[ues ])aroles consolantes. «Orphée, ajoutèrent- ils, a entendu les mêmes «chants; il ne s'en est point troublé, il s'est en ve- «< loppé la tête de son manteau, et a dit: «Qu'un «tel avenir ne nous effraye point! Que l'homme « soit malheureux ; mais qu'il soit grand ! Tha- « myris, nous t'engageons à imiter la noble résigna- (' tion d'Orphée. »
« Ah ! m'écriai-je , Orphée sans doute avait pé- « nétréau fond dun sanctuaire qui demeure fermé « pour moi. Veut-on me faire lutter seul contre des «forces aveugles, contre une puissance insaisis-