‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 132 sur 189 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

' dire liclentiHcation que la nature humaine doit « recevoir pour t[u'elle puisse tirer d'elle-même la " force de se connaître, la force de se sentir, la force «de se ré^Tcnérer? comment dire enfin le dévoue- « ment, la plus belle et la plus noble des attribu- « tions du cœur humain, le dévouement appliqué "ici à cette nature intermédiaire du Titan, s'éle- « vant un jour jusqu'à être une fonction auguste «de la divinité? car cette pensée si extraordinaire «repose, inconnue du reste de la terre, dans ces « antiques traditions juives, religieusement conser- « vées par un peuple qui, pour le prêtre de l'E- " QYV^^-) ^tt'it u^^ peuple d'esclaves. »

«Évandre, continue Thamyris, j'avais peine à fixer de si éblouissantes clartés. Mais je compris mieux ce que le prêtre me raconta d'Orphée.

«Orphée, selon ce quî m'a été dit, après avoir entendu le poëme des anciens jours, en fit sortir un autre enseignement plus accessible à ma faible intelligence. Il vit Ihomme appelé à vaincre constamment les lois de la nécessité , à se perfectionner malgré le destin. Il avait peint, dans le passé et dans lavenir, la marche progressive du genre humain se faisant lui-même, et la haute mission des hommes de génie s'avançant les premiers, devançant les autres hommes pour leur frayer la route. Ils pour-

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raiiMit s'nrrôtcrà coiiloniplcr huirs piojucs jumisccs, mais il y a eu eux une fbrec'trinstiiK l t|iii les pousse à aceoui pli r les pensées ininiortelles. La l'alalité liuira-t-elleparsiirconibersonsla volonté de riioimiie, et riioniuie liittera-t-il jiisipi'à ce (jne cette grande victoire soit acconijilie? Ses forces ne peuvent lui servir (piautant (ju'il les em])loie sans cesse, sans repos, l^lles seraient impuissantes s'il suspendait un instant les travaux de son intelligence, le labeur de ses mains.

'< Vous reconnaissez sans peine, Evandre, dans cette noble théorie de l'humanité la destinée plébéienne tout entière.

« Des entretiens continuèrent sur la poésie, et ces entretiens furent ph^ins de gravité et d'instruction ; permettez, roi pasteur, que je vous en rende compte sans ordre et sans suite, tels que doivent être des entretiens familiers.

" S'il est dans l'avenir un homme assez audacieux u pour se saisir seul de lempire de la poésie, ce sera .' celui qui osera montrer, dans ses tableaux variés, « l'homme même, l'houime entre Dieu et la iiature. « Sa riche et vaste imagination embrassera successi- ' vement les mœurs domesti([ues, les mœurs guerurières, l'homme voyageur. Celui-là créera tout à- X la-fois l'épopée et le drame. Mais qu'importe qu'il " y ait un homme (jui apparaisse nour gouverner

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« seul lenipirc de la poésie? Les peuples ne savent- « ils pas donner des noms aux traditions? ne savent- « ils pas se chanter eux-mêmes? Les historiens* « viendront plus tard succéder aux poètes; ils vien- « dront pour raconter les événements tels qu'ils se « passent, un à un, dans leur réalisation matérielle. « Le poëte remontant plus haut les saisit dans leur «suite et dans leur ensemble, dit les causes pro- « fondes, les origines cachées. Il s'appelle prophète " et devin. Le poëte est l'expression vivante de Dieu, « des choses, des hommes.

« Thot nous a dit que les nombres étaient les « formes accessibles de la pensée éternelle , et que « le signe des nombres était le signe de' cette pensée «immuable. La valeur relative des sons pour proie duire l'harmonie musicale est fondée sur la loi « merveilleuse des nombres; il nous a enseigné cette « loi ordonnatrice, dépendante de celle qui régit « l'univers, qui gouverne les temps.

« Il nous a dit encore que le monde et les choses « du monde étaient la pensée de Dieu écrite. Les « peintures linéaires ou plastiques du monde et des «choses du mond'e, d'après ce premier des sages, « sont pour nos sens une peinture de la pensée « divine, et la pensée humaine est une image de la « pensée divine.

«Considère donc nos einblènies, Thaniyris: le

ciel et la terre, resj)i'it et la matière, la nature et « la soeicté, y sont (ladiiits en si{ynes. Nos rituels « et nos j)lnnisphères sont le type des iiiytliolo|;ies , "tontes analogues entre elles, toutes identicpies, « coiiHJie les laujjues sont toutes loiiduleuse drat perie qui dénonce la même intelligence. Les eni- '« blêmes des lois de la Providence et des forces de "la nature, |;i{]antcsf[iies, bizarres, naïfs, au-delà " du Caucase, ont été polis et divinisés en-deçà, et " revêtus de formes plus ou moins agréables , plus «ou moins sévères, selon les lieux. Les nôtres, « restés ce qu'ils sont, mais seulement, il est vrai, « dans l'intérieur du labyrinthe, nous garantissent "de l'idolâtrie, piège qui vous est tendu, à vous .^autres Grecs, par votre imagination, et auquel « ne put jias toujours échapper ce peuple d'esclaves « qui vécut au milieu de nous avec ses promesses et " ses traditions.

"Considère aussi nos hiéroglyphes; ils sont des «peintures du nom de Dieu, ou des attributs du " nom de Dieu, he nom ineffable ne se prononce " point ; on prononce seulement le nom du signe " qui représente le nom de Dieu, le nom de chacun « de ses attributs, et nous évitons ainsi le piège qui '< est encore tendu à votre brillante fantaisie.

« Toutes les sentences de l'antiquité sont gravées « iqi çn peintures hiéroglvphi(jues : ces peintures

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