DU LIVRE HUITIÈME
J'ai assez insisté sur cette loi si primitive ([ui oblige une dynastie , celui sur qui repose la faculté dynastique, à deviner l'énigme générale de Thumanité et l'énigme^ particulière du peuple que la dynastie doit représenter.
J'ai assez insisté aussi sur le point de départ de la race humaine, point mystérieux qui ne peut être qu'un dogme ou un mythe , comme la fin des choses humaines toujours , dans toutes les croyances , fut un dogme ou un mvthe.
Les livres sacrés des Indiens parlent d'une succession de transformations qui se termine par l'absorption universelle. D'après cette hypothèse, qui est le plus haut panthéisme, le fini ne se dégagerait de l'infini que pour y retourner.
Les animaux, qui n'ont point à conquérir la responsabilité, qui n'ont point à passer par les épreuves , peuvent se perdre au sein de la vie universelle; mais la nature de l'homme requiert une autre destination, puisque seul il a la conscience de lui-même.
La donnée panthéistique ne résout pas, pour l'homme, le problème du progrès au prix de la souffrance.
Et cependant, aujourd'hui comme à l'origine, à mesure {[uc l'homme s'élève dans la hiérarchie des facultés, il augmente en lui la somme de souffrance.
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l'Ile iir résout pas non plus le prohlènw du domaine exereé par l'Iioninie sur la crealion.
Enfin j'ai assiv. dit tontes nos inanlitudes sur l<'s véritables doctrines de riniiiation, et les puissants motifs qui m'ont porté à en faire le rellet des traditions ])riinordiales.
J'ai dû écarter le naturalisme, (|ui a été attribué aux prêtres de ri''gv])te, et dont ils sont dis(ulj)és par les monuments.
Dans ce livre, transition des ré{;nes divins aux rê- {jnes bnmaius : ici encore lutte de r(''j)opée et de l'histoire.
Au reste, la chronologie idéale a cet avantage rjuclle s'applicpie à tous les âges. Ainsi nous ])ouvons remarquer une analogie avec le mouvement palingcnésiqiK! actuel de la France, par où commence celui de rKuroj)e. En effet, maintc.'uant les rois sont inviolables et infaillibles par une raison humaine, au lieu de l'être par um; raison divine.
C'est une loi de la Providence de conserver, à toutes les époques, les monuments vivants de la civilisation antérieure, des points d'arrêt pour que le cours des choses ne soit pas trop précipité. Ainsi , à toutes les époques , nous voyons , comme dans l'Odyssée , diverses formes de civilisation , synchroniques entre elles.
N'en est-il pas de même, encore en ce moment, sur la terre? Si nous embrassons de nos regards non seuh;ment l'Europe évolutive, mais le globe tout entier, n y trouverons-nous pas toutes les formes de civilisation, ici
DU LIVRE HUITIÈME. ^cjy
pétrifiées, là plus ou moins ouvertement travaillées par une tendance progressive?
Le mobile Occident finira sans doute par ébranler l'inmiobile Orient.
Dans tous les cas , l'espace et le temps semblent toujours se donner la main pour manifester par-tout à-la-fois l'identité de la race humaine , identité qu'il ne faut pas se lasser de constater.
Les sacrifices humains furent abolis par Hercule, et Évandre , comme la sibylle de Samothrace , craint qu'il y ait insuffisance de la rançon humaine.
M. de Maistre aussi croit que si l'homme cesse de supplier par le sang, il deviendra insolvable à l'égard de la justice divine.
Le sang de la grande victime aurait-il donc en vain coulé sur les sommets du Golgotha?
L'usage des sacrifices humains, jusque dans les temps historiques assez avancés, revint plusieurs fois. Lorsqu'une calamité sévissait contre les peuples malheureux , on crovait devoir recourir à cette forme terrible de supplication. Il serait peut-être même permis de dire que ces sacrifices affreux ne furent point légalement abolis, qu'ils tombaient plutôt en désuétude, et qu'ils reparaissaient dans les moments de crise. Les superstitions ont la vie dure ; elles ont, au reste, un fondement réel. Ici, par exemple , il ne faut point oublier combien est universel le sentiment de la nécessité de l'expiation.
Pompée fit immoler deux victimes humaines. Césai sacrifia un homme accusé d'avoir révélé le nom de la divinité cachée de Home.
Ijitrc l"'\;nuli'(' cl ces ilciix illiisircs coiiipéiiteurs <l(' rempile futur (juc de sièrlcs écoulés!
Toutefois il est juste de reniar<[uer que le sanifiee (le Césai- peut être consitléré comme le châtiment d'uue faute.
Mais si l'action de Ponij)ée fut une action suj)erstitiense, je crains bien que celle de César ne fût ime condescendance j)ourune superstition.
Le ])rincipe à importer dans 1(^ Latiuni ne pouvait être un , car il en serait résulté l'immobilité ou l'anarchie.
La condition de l'Einope était d'être livrée à la lutte de deux principes , le principe siationnaire et le principe progressif : le premier, qui est l'Orient, représenté par les patriciens ; le second, qui est fOccident, représente: par les plébéiens.
ORPHÉE