‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 138 sur 189 · LIVRE HUITIÈME. 4o · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. 4o

" porte le fardeau d'un auathème inconnu , et cet '< anathème est la grande énigme que nous clier- « chons en vain à résoudre. Il faudrait une mani- ' " festation qu il nous est permis de pressentir, qu'il

«nous est interdit de deviner; quant à présent, " notre partage est de gémir. Tel est donc cet ana- '< thème terrible, inscrutable, enveloppé d'un nuage « de colère, cet anathème que nous signalons sans « oser l'expliquer ; l'homme ne peut rien sur son « état présent , il ne peut que sur son état futur. «Telles sont donc aussi nos épreuves successives, " oîi le néophyte est prép^'é seulement à une autre « épreuve. Telle est donc enfin la raison de ce destin « inflexible qui paraît gouverner le monde , qui " semble enchaîner l'homme. Mais l'iiomme doit u combattre pour vaincre dans une vie suivante. "Nous venons de sonder la nature du destin, 'fan- '( tome d'épouvante pour les peuples. »

« Plusieurs tableaux succédèrent à celui-ci. Dans

les uns on voyait des peintures de l'âge d'or, telles

<t que les poètes les ont chantées, et qui indiquent

• un état primitif d'innocence et de bonheur, dont"

plus tard la race humaine aurait été déshéritée.

Dans les autres on voyait l'homme voulant usurper

un pouvoir qui ne lui, appartient point, et châtié

.pour cette usurpation par mille redoutables fléaux.

Uh de ces- tableaux représentait la désolation de

leiix (jui, jjprès leur mort, iravaicnt pas re(ju les lioriuours do la scpulturc. INlais ctM[ui m'ctonna le |)lus, ce tilt de voir de pauvres enfants qui avaient à peine entrevn la lumière du jour, et qui, sans avoir mérité un si triste sort, devaient demeurer plon;;és à jamais dans de lamentables ténèbres. « Dieux immortels! me disais-je à moi-même, car la « parole m'(3tait sévèrement interdite, dieux inirnor- « tels, où est la justice de cet arrêt? » Le prêtre cependant expli([uait tous ces tableaux à mesure qu'ils se succédaient, et il juj^^ea à propos de dire, sans l'expliquer, le malheur de ceux qui sont privés de sépulture, aussi bien que l'état misérable des enfants ravis aux embrassemcnts de leurs mères , avant qu'ils aient pu faire usage de leur raison. Sans doute que de si étranges épreuves ne sont pas faites pour produire, dans de timides néophytes, un vain étonnement de terreur; mais je fus obligé de les subir en silence. Puis m' élevant à des considérations inspirées par tout ce qui avait été dit, je me mis à penser : « Serait-il possible de mieux « marquer faltération qu'a subie fessence humaine? «serait- il possible de mieux dénoncer je ne sais «quel crime primitif qui implore douloureusement . « une expiation primitive comme lui? N'est-ce pas « là le triste sceau de l'anatbème antique? » Et toujours il restait à savoir ce que furent et l'altération ,

MVRE HUITIÈME. *4o7

et le crime, et l'aiiathème; il restait à savoir dans quels jours cosmogoniques se sont passés les funestes événements dont par-tout est empreinte l'austère commémoration, et dont le récit même symbolique n'est retracé avec quelque clarté nulle part. Alors je me rappelai que le prêtre souvent se croyait réduit à promulguer la doctrine sans pouvoir la pénétrer.

^' « Tels sont , sage Évandre , les célèbres tableaux du temple d'Isis, connus dans le monde sous le nom de tapisseries égyptiennes, ou tapisseries sacrées, tissus animés par les prestiges des arts, et que l'on montre seulenient aux inities.

«Mais, après l'exposition de ces tableaux muets, j'assistai à des tableaux variés, dont les personnages étaient réels. Ils agissaient, ils parlaient , ils accomplissaient des desseins, ils arrivaient à un but. C'était la vie liumaine elle-même se manifestant par des actions dignes d'éloge ou de blâme; c'était une loi de la Providence, rendue sensible; c'était la volonté de riiomme luttant avec dignité contre le destin, ou succombant avec courage contre des obstacles invincibles. Des héros surhumains étaient le sujet de ces représentations ; des dieux et des génies descendaient du ciel, ou sortaient delà terre, |)our se mêler à ces héros des premiers âges. Des faits cosmogoniques étaient évoqués de leurs silen-

4ob oniMii'K.

ciouses (ônôbros. L illusion <jiii :> jiiotliiit \c nioiulc actuel, cette yraïuie et noble ])Ocsie, l'illusion seni- |);iia de moi tout entier. Je rêVais à-la-lbis le temps mobile et rimmol)ile éternité. Je suivais Isis dans ses courses gémissantes et civilisatrices, donnant le ble, les lois, la iamille, les tombeaux. Je voyais I homme subissant l'épreuve de cette vie, et se ])réparaut ainsi «à l épreuve de la vie suivante.

«Il me Fut annoncé, Évandre, que je serais appelé à remplir les fonctions de myste dans un de ces drames sacrés qui sont la gloire du labyrintbe. Mais avant de revêtir ainsi le caractère et les sentiments d'un personna^re .symboli((ue, je devais être ■"admis à admirer un autre j|enre de drame, où le spectacle était l'évênemenf lui-même, événement d'une haute importance pour lÉ^^ypte, et dont le nœud allait en ce moment se dénouer en présence des sages.

« Le prêtre me l'expliqua en ces mots : « Une « grande solennité nous réunit aujourd'hui, he roi « qui gouvernait l'Egypte vient de mourir. Celui V' qui jugea les hommes sera jugé à son tour. C'est " Théoclyméne, fils de Protée. Protée fut le dernier i< roi de race divine qui ait régné sur nous; car jus- « qu'à lui nos dynasties royales furent des dynas- « ties divines. Théoclyméne ne |^ut qu'un homme; « nous n'exigci'ons point de lui les merveilles (pii

Page 1