LIVRE HUITIÈME. 4i
"Protée, de celui qui connut toutes les sciences « divines et humaines. Que le cercueil de Théocly- « mène soit donc sous la ^sauvefjarde d'un respect « reli^jieux et filial. Nous publierons que le roi a «accompli les devoirs de la royauté, mais que « rhomnie a encouru de trop justes reproches. Nous « procéderons en même temps à l'apothéose de Pro- « tée, afin que la .«gloire de son nom se répande dans « tout l'univers , et que sa mémoire soit consacrée « par les récits de la renommée , par les fables des " peuples. »
"Après cette austère cérémonie, il fut ordonné à un héraut d'aller j^roclamer dans toute l'Egypte le jugement porté sur le roi , pour être reçu parmi les nomes sacrés de Misraïm comme l'impartial j ugement de la postérité.
« Le nom du roi Théoclyméne n'est point arrivé jusqu'à vous, Évandre, parceque ce nom ne mérite pas une grande renommée ; il n'en a point été ainsi du roi Protée ', son nom vous est parvenu entouré de fables, comme l'avait prévu l'ancien des vieillards. C'est que les fables ne sont autre chose que la voix même de la renommée, en rapport avec le génie des temps, des lieux, des langues, des peuples. Protée fut un roi pacifique et législateur. Il connut les grands mystères de la nature et les plus profonds secrets de la science. Il perfectionna lii
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foniH' ;;r()ssi(M(' (l('s \ ;iissi';m\ , ci ses vaiss(Mii\ , l)in- Niiiif les (cmpi'tos cl les ((iicils, coin lii'ciit toulcs les mers. Il lui dil inajjicicn cl devin, cl Ton alliniia (|iril etail j»asteiir des tiou])eaii\ de Ne[)inne. L'Orient le venait consulter, et nul ne put mettre sa sa}J;esse en définit. Il répondit à tontes les éninnies (pii lui lurent proposées. Des pièges lurent tejid us à sa prudenee, et sa jirudenee ne se démentit jamais, liorsqu'on voulait lui arracher des oracles, il savait se soustraire à la vaine curiosité de connaître l'avenir. On dit ([u'il était tantôt vieillard vénérable, tantôt adolescent plein de charmes; qu'il se changeait au besoin en tigre farouche, en rusé serpent, en aigle audacieux ; qu'il s'échappait conjme l'onde, qu il s'élevait en tourbillon de vent ou de liamnie, et que les mortels interdits ne pouvaient ni le saisir, ni le retrouver. Mais voici les paroles de l'apothéose, prononcées par l'ancien des vieillards : '
"Gloire éternelle à Prôtée! c'est à lui que les « peuples de l'Egypte doivent d'inappréciables bicu- « faits. Il n'a point créé la société, mais il a créé '< l'homme social. Il a émancipé la volonté humaine. «Il a confié aux ordres et aux castes le dépôt des « traditions , la loi du progrès, la science et les arts, « selon les capacités de tous. Gloire éternelle à Pro- «tée! Nous n'avons pu lui donner la sépulture; vous le savez, son corj)s mortel a dispaiu du mi-