‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 152 sur 189 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

" sens. L homme , après avoir subi les influences « des éléments, fera-t-il subir aux éléments sa pro- « pre influence? E'homme régénéré réf^énèrera-t-il « la terre ? »

«Les ténèbres s'épaississent autour de nous, dit «un neuvième sage; bâtons-nous de nous reculer, « car notre pied pourrait glisser dans un abyme. >>

« Je fus alors saisi d'une sorte de vertige, je m'échappai de la prison de mes organes, mon ame plana sur le monde. Il me sembla que, dans une illusion ravissante , ma pensée assistait au commencement des choses. Qui pourrait dire mon étonnement ?

« Les éléments sortaient du chaos avec leurs lois primitives et leurs propriétés, et ces lois gouvernent les atomes et les sphères célestes ; et les sphères célestes agissent les unes sur les autres comme les atomes s'attirent et se repoussent.

« La création fut pour moi l'acte d'un magisme divin; et cet acte, je sentais intuitivement qu'il était un acte continu, éternel.

«Je vis la terre d'abord peuplée d'êtres, et cependant solitaire, à l'époque où aucun des êtres qui l'habitaient ne levait les yeux vers le ciel, ne savait contempler la lumière et l'ombre; et Ihoinme vint pour apprécier et connaître, pour prendre possession des solitudes inutilement enchantées de la

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terre, pour prendre possession de Ini-inèine, de ses propres laenltés ; car pour I lioniine être réellement c'est se connaître.

-.le devins cet homme par la puissance de sympathie, par la réahsation d'une synthèse primitive; je devins cet homme à (jiii la création tout entière apparut, une prennère lois, comme au sein d'un rêve magi([ue. Je prophétisai donc, et je donnai un nom à toutes choses, et ce nom était l'essence de chaijue chose.

«Je fus quelques instants cet homme dont les facultés existaient, mais endormies, puis se réveillèrent, puis participèrent à la création.

« Je fus cet homme universel ((ui , ayant saisi la responsahilité de ses pensées et de ses actes, pécha et fut condamné.

« Et le décret ([ui le condannia fut en même temps un décret de condescendance, puis([u'il était le moyen de reconquérir l'être perdu.

"Je devins, après un malheur qui me paraissait irréparable, cet homme universel dispersé par la jf^énération ; je me sentis successif, de stable et de permanent que j'aurais dû être; et je compris comment Prométhée a été dit avoir fait l'homme; mais je compris en même temps qu'il n'avait résoin qu'une moitié du problème, celle de la responsabilité.

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