‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 162 sur 189 · LIVRE NEUVIÈME. 46i · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. 46i

«disait-il, réjouis-toi dans les sombres demeures, " ton époux inconsolable t'est rendu. Ce n'est plus « l'illusion des son^^es qui t'offre à lui ; c'est la réalité « d'une vie illimitée. » De telles paroles ne pouvaient être qu'une allégorie des sentiments du vieillard. Dégoûté de la vie présente, il évoquait la vie à venir; et les souvenirs d'un autre âge sans doute étaient revêtus par lui du nom brillant d'Orphée : croyait-il se séparer de ses propres souffrances , au moyen de cette ruse de la douleur ?

'• Thamyris , me disait-il , que l'expérience des « affaires humaines soit inutile à la plupart des «hommes, je le conçois; mais à vous, vous est-il « permis d'y ajouter quelque pensée de stabilité? « Écoutez-moi, je n'ai point été dépourvu de sens. «J'ai contemplé les choses, les événements, et les « hommes. Tout change , tout disparaît. L'univers « interrogé par moi , par vous , Thamyris , par mille « autres , l'univers ne s'est-il pas obstiné toujours à « garder envers tous un silence terrible ? Si la des- « tinée répond quelquefois à l'homme qui la con- ''« jure de sortir de derrière son voile funeste, c'est «avec une froide et sévère ironie, et comme im- « portunée de cette curiosité inquiète. O inconnu ! « inconnu ! tu me glaces d'une sueur mortelle. So- « leil qui fais mûrir les fruits et les poisons, qui «donnes aux fleuis et aux nuées leurs riches et

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i< (Vlntaiitcs couleurs, soleil (|ui brilles et celijui lies, .«(lis-moi (pli (Il es! Nii.'ij;es voyajjtuii's (|iii cire/ «siir in;i tête, et portez dans votre sein les fertiles «ondées ou les fléaux du eiel, dites-moi qui vous «êtes! l'^toiles et planètes ([ui juiuple/- les déserts '< de Tespace, doù venez-vous, où allez-vous? Ani- « maux qui partagez avec rhonimc sa demeure ter- ««restrc, ou qui la lui disputez, sauricz-vous me « révéler vos instincts? Plantes, herbes, et fontaines, . ([iii vous fait croître et couler sans fin? Cv ma{;ni- « fi(pie vêtement, parure variée et passagère de la « substance , depuis trop lon.;;-temps fatigue mes " regards! Que sait riiomme? que peut-il savoir? et " toute la science qu'il lui est donné d'acquérir, « qu'est-elle ? Tout se montre indifférent à la des- « tinée de l'homme, et riiomme voudrait tout en- « velopper dans sa destinée. Il croit, orgueil im- « puissant! que le soleil , que la lune, que les étodes, « ont été placés dans le firmament ou pour éclairer « ses pas , ou pour lui marquer la mesure du temps. « Etre souffrant, qui donc s'intéresse à ta souffrance? « Lorsque rhomnie perd sa compagne chérie , les « astres continuent de briller. Lorsque l'homme est « dans la solitude, les astres ne savent point de lan- « gage pour s'entretenir avec lui. Lorsque lui-même « a fini de souffrir, la rosée du ciel, insensible à sa .' mort, comme elle fut insensible à ses maux , tombe

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