‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 163 sur 189 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

« éjoalement et sur sa dépouille délaissée, et sur les «champs <|u'il cultiva de ses mains, et sur la forêt « où se retirent les liêtes sauvages, et sur les plantes «qui servent à la nourriture de Thomme, et sur « celles qui parfument et embellissent inutilement «des lieux où Fhomme n'a jamais pénétré, et sur " les cimes les plus arides , et sur la mer immense « où se jouent les grands poissons. Et si l'homme « n'existait pas , que manquerait-il à Iharmonie uni- « verselle? N'était-elle pas la même avant qu'il parût " sur la terre? Ne sert-il pas bien plutôt à la trou- «bler? Comment cette harmonie serait-elle donc «faite pour lui? comment vient-il à se croire le « centre de tant d'influences diverses ? La foudre « gronde , et frappe sans choix ou un être vil , ou « un être en qui reposent de nobles sentiments ; elle « met en cendres le cèdre et la bruyère. La plainte «sort de tous côtés; mais l'homme seul sait faire « comprendre ses gémissements ; seul il exprime la « douleur ; seul il entend les lamentables voix de la « forêt; seul il se plaint de linsensibilité de la na- « ture à sa joie comme à sa tristesse. Est-ce pour « être l'expression générale de la plainte et de la « douleur qu'il a été créé dans les secrets de l'éter- « nité? est-ce pour traduire en langage articulé le « gémissement universel que la parole lui a été don- « née? Dieu du ciel , révélez-vous à moi ! Puissances ,

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•< {jcnios (jiii j;oii\i'riuv, le iiioiitU', tlilcs-iuoi , si noms «les s.ivcv. , vos iuiinorlellcs lois! Tout w.siv miici! " l?i(Mi pins, romincnt suis-jo arrive'- du irvc du >i non-ctro au rêve do 1 existence ? On ira cet cspril " de vie <jiii anime cette poussière, devenue un iii- « stant mon corps? s exlialera-t-il dans les airs comme «le pariinn des fleurs? sévanonira-t-il comme le « son mélodieux (jui se détache d'une lyre brisée? l'^t «les autres êtres! Et la vie qui se montre sous des « formes si différentes, dans l'homme, dans les ani- « maux, peut-être dans les plantes, peut-être aussi « dans les pierres et les métaux ; la vie ([ui par-tout «semble ne se multiplier (jue pour multiplier la «souffrance! Abyme des abymes! Thamyris, nous « sommes des insensés ! et peut-on nonnnei" autre- « ment ceux qui croient avoir des pensées? »

« Je gémissais avec cet homme tombé de si haut. Près de lui je sentais l'horrible frisson d'une Parque inexorable. Jamais la condition humaine n'avait tant pesé sur moi. « Malheureux vieillard , m'écriai- « je, vous avez un compagnon. Vous ne direz plus « que vous êtes seul , vous ne direz plus que nul être « n'est en sympathie avec vous. Me voici pour nv '< faire que verser des larmes stériles. Gomme vous, «je renonce à la gloire et à la sagesse. Mon nom, « aussi bien que le vôtre, restera enseveli sur cette « montagne déserte. Comme vous, je mourrai sur

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