LIVRE NEUVIÈME
« le seuil de cette obscurité désolante dans laquelle « s'enveloppent les lois et les causes. Nos lyres seront « ici d'insensibles bétyles, de muets talismans. Nous '< dirons ensemble les limites à-la-fois étroites et in- « finies de rintelligence humaine et les solitudes du " cœur. >'
« Tels furent nos premiers entretiens. Bientôt ils prirent un autre cours. "J'ai cru long-temps, me «disait -il, que l'état social était pour nous un « moyen de relever plus facilement notre nature
«déchue » «Dieux! interrompis-je aussitôt, de
« telles paroles ne décèlent-elles pas un initié ? » « C'est possible, reprit avec calme le vieillard; il ne « t'appartient pas de chercher à pénétrer dans le « secret de mes douleurs. M'aurais-tu imprudem- « ment fait connaître qu'il t'a été permis d'assister « aux spectacles des saints mystères? et ne me serait- « il pas permis de croire que ton initiation dût être «fort incomplète, tant tu te montres empressé à « laisser échapper les lueurs confuses de ton esprit? « Si tu as visité les savants des Pyramides, je crains «qu'ils ne t'aient pas confié toute leur science; et « ils auront a^p sagement. Quoi qu'il en soit, j'aché- « verai. J'ai cru long-temps ce qu'ont cru les législa- «teurs, les fondateurs des sociétés humaines. C'est «dans l'état social, en effet, que l'homme peut se
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« Évandre, je ne savais que répondre au vieillard, .le ne voulais pas m'attirer de nouveaux reproches; et je n'étais pas assez peu avancé dans la science, pour n'avoir pas toute celle qu'il fallait pour les repousser.
« Puis , revenant aussitôt sur le désordre de ses discours, il en désavouait ce que le délire de l'angoisse avait pu lui arracher. Il parlait avec un charme infini de ses espérances inniiortelles. « Oui , «je le crois, continuait-il, et c'est peut-être une « autre loi de notre nature, il est bon que les pro-