‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 169 sur 189 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

ame, éclat et baume des fleurs, mélodie de l'air,

< ombrage sacré des bois, verdure calme des prai- <ries, murmure cbarmant des fontaines... Orages

et tempêtes... Souffrances, plaintes et soupirs... Cygne éclatant de blancheur, colombe gémissante... Elle s'enfuit sur une nuée d'opale et d'azur, comme un son détaché de la lyre, comme le par-

< fum qu'exhale une fleur... Nous nous jouerons «sur la nuée, dans les plaines du ciel, parmi les «collines de l'éternité... Nous tresserons des guirlandes de fleurs, de fleurs immortelles... Molle clarté des nuits, tu n'abaisseras plus ma paupière

«assoupie... Que j'essaie mes ailes d'argent!... Je veux me baigner dans des torrents de lumière... Douce extase de la mort... La vie, ombre flottante, image passagère... Je sais!... Dieu écarte le voile du temps et des êtres... »

« Le vieillard, devenu semblable à une jeune divinité, disparut dans un nuage qui couvrit la montagne. A mesure que j'en descendais , un grand bruit se faisait entendre comme celui d'une horrible tempête. Au milieu de toutes les voix de l'orage, on distinguait seulement quelques sons du chant d Eurydice. Puis un tourbillon de feu vint éclairer rapidement tous les sommets de la montagne; et, à la lueur du tourbillon, je crus apercevoir, entouré du chœur céleste des Heures, celui que je

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venais de (juittcr. Alors j(^ 1110 rappelai ce (pie m avait. raconté ;F>a{;rins d( )rpliée apj)araissant an sein (l(^ la halailk' terrible, jeune, l)can , calme, vêtu (1 une lon{;nc robe blancbc, et tenant sa lyre à la main. Alors mes souvenirs et rétonnement où j'étais ])longé ne formèrent pbis qu'un sonore divin. T^a temjiêtc s apaisa tont-à-coup, les éléments rentrèrent dans le lepos, l'obscurité couvrit les sommets de la montaipie, et bientôt l'on n'ent(indit plus que les frémissements plaintifs des Oiéades. Une multitude était accourue pour être témoin du prodige. Nous sentions une terreur intime; et cette terreur nous avertissait que la mort venait de fray)per une grande victime. Nous nous hâtons de nous diriger du côté de l'apparition. Nous trouvons le corps du noble étranger, que moi seul pouvais reconnaître , puis(jue seul j'avais vu s'évanouir en lui toutes les traces de la vieillesse; remj)reinte de l'immortalité, d'une jeunesse éternelle, était sur ce visage auguste. Ses yeux fermés annonçaient les longues méditations d'une vie qui ne doit plus finir; et le calme de ses traits indiquait l'immobilité de ses pensées dépouillées du charme fugitif de la parole.

« Les peuples s'assemblent pour donner la sépulture à lillusti'e inconnu , et remplir à son égard le dernier devoir de l'hospitalité. .Te suis désigné pour

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mener le deuil, pour veiller aux soins de la cérémonie funèbre. Mais, arrivés sur le lieu môme, nous n'avons point de deuil à mener, point de cérémonie funèbre à exercer. Nous trouvons un tombeau magnifique élevé par les Muses au vieillard mystérieux que l'approcbe de la mort avait revêtu de jeunesse, et que la mort elle-même venait de re- \êtir d'immortalité. Sur ce tombeau était gravé le nom de l'inconnu , du délaissé, enfin le nom désormais impérissable d'Orphée. Les chastes filles du ciel ont enfermé dans le tombeau du poëte divin sa lyre d'or, qu'il avait reçue, dit-on, de Mercure, et que nul autre ne pouvait manier. Les chastes filles du ciel ont fait entendre d'harmonieux concerts ; mais aucune parole n'est sortie du tombeau , et les chants des INIuses n'ont point été recueillis.

« Telle fut la fin merveilleuse d'Orphée, qui , durant les dernières années de sa vie mortelle , resta complètement ignoré. Si les Muses n'eussent pas voulu honorer sa sépulture, jamais on n'aurait su le lieu où tomba cette grande victime. Les peuples de l'Émathie parleraient peut-être encore d'un étranf^er mort au sein d'une tempête, sur la montagne de Dia, et ils ignoreraient que cet étranger fut un poëte divin. Moi-même, Evandre, qui vous fais ces récits, moi qui ai pu avoir avec cet envoyé des dieux les entretiens de l'heure suprême, moi-même,

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lioninio trop dépoinvu d'iiiU;lli{;ciirc, j'ir^norcrais le nom tlo celui (] ni avait laisse tomber sur moi leref^ard (Vnii dieu, l^t néanmoins, tout lavi d'admirati(^n à de si grands prodi{{cs, je ne pouvais m'em pêcher de m'accuscr; car enfin il me scndjiait que j'aurais du leconnaître Orplice, et l'obliger à me donner ses derniers enseij^nements.

« A ce moment solennel et terrible, je sentis sur mes paupières un poids inaccoutumé, qui n était point celui du sommeil. Puis il me sembla que d'immenses nuages d'or, incessamment sillonnés de mille lueurs errantes, couvraient la nature devenue tout-à-coup solitaire, et que de grandes figures fantastiques, sans durée et sans forme, habitaient seules ces déserts d'ombres et de feux. Les ténèbres les plus profondes succédèrent à ces vains éblouissements, et je sentis avec amertume que je ne devais plus jouir de la douce lumière des cieux.

<« Tout pouvoir avait été retiré à ma lyre , mais elle était toujours pleine de charme, et sur ses cordes reposait encore comme un reflet des accents des Muses. Je ne voulus donc pas que ma lyre restât muette, et je chantai devant la multitude émue quelques unes des paroles d'Orphée : « Rideau l)ril- « lant des êtres, des éléments, de la nature variée, « et infinie danssonadmirablevariété, voilà qu'enfin

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