LIVRE DEUXIÈME. i3i
«je venais leur offrir. Ils ne veulent ni de la reli- « gion des tombeaux ni de la sainteté des mariajjes. « Vieillard auguste , j'en dirais davantage sans la « vierge innocente qui est à vos côtés. Ces hommes « indomptables sont sortis de leurs forêts pour bri- «ser ma lyre, pour m'immoler sur l'autel de divi- « nités sans nom. Et je dois marcher désarmé au (f milieu des hommes, puisque mon père m'est in- « connu. Puissance infinie qui gouvernes le monde, « amour qui fécondas le chaos des éléments, amour " qui fécondes le chaos de l'humanité, recevez avant «tout ma prière! Les sept cordes primitives sont « pour les hymnes de la reconnaissance envers les «dieux immortels; deux cordes ajoutées sont pour « les lois des sociétés humaines, lois qui doivent être « consonnantes aux accords des sphères célestes, « Que toutes soient ébranlées à-la-fois ! >-
« Ainsi chanta Orphée ; et le vieillard, qui fut un Titan, toujours appuyé sur Eurydice, encouragea d'un signe le chantre mélodieux. Aussitôt, tenant sa lyre dans ses mains, il sauta légèrement sur le rivage. Talaon et sa fille le conduisirent dans leur demeure, où il fut accueilli avec une douce cordialité par Vola , belle et irréprochable épouse.
«Vénérable Evandre, ne soyez point étonné si les coutumes ordinaires de fhospitalité nont pas été exactement accomplies dans cette circonstance.
i32 OUI» ni:!:.
Une avciituic (1 iiii {^ciirc toiit-à-lait iiicrv('ill(Mi\ poiiVait-ollo ôtro soumise aii\ l<)is«|iii K'jjUiit (mites les communications tics liommcs entre eux? Ce sont ici des ajiparitions, et non des voya{»es et des rencontres. Les Muses seules sauraient bien raconter de telles histoires ; seules elles sauraient les bien entendre : il faudrait donc être éfralement inspiré patelles, et pour écouter, et pour dire.
«Orphée demeurait inconnu à ses hôtes. Il aimait à errer au loin dans la solitude, et rarement il se trouvait avec le vieillard. Talaon , assouplissant sa voix austère, lui disait: « Noble étranger, serais-tu « donc soumis à la loi du silence? » « Non, répondait « Orphée , je ne suis point soumis à la loi du silence ; « mais je n'ai que des pensées confuses aux(j[uelles je « puis difficilement donner de la réalité, et sur-tout "la réalité de la parole. Je ne sais d'ailleurs, père « auguste, si vous et moi sommes nés dans la même « sphère d'idées et de sentiments ; et ma bouche se « refuse à tout langage qui n'est pas le vêtement « même de la pensée. Vieillard , si je vous disais ce « qui se passe en moi , vous me regarderiez peut- « être comme un insensé. Toutefois j'ai conçu un « dessein que je dois exécuter avant toutes choses. « Le génie des ancêtres habite le promontoire de « Leucade. Celui qui ignore à quel père il doit le « jour, et qui est animé du vif désir de le connaître,