LIVRE DEUXIEME. i
« afin de pouvoir transmettre des facultés transmis- « sibles elles-mêmes , celui qui veut avoir à-la-fois « des ancêtres, un tombeau, une postérité, celui-là, « après avoir observé les cérémonies prescrites , se « précipite du haut du promontoire dans la mer. '< Ou son ame éphémère s'éteint dans les flots, ou le <i père immortel qui vit en lui sauve une race im- « périssable , en révélant le nom de fauteur primitif. « Un simple mortel ne doit pas craindre d'affronter « une telle épreuve, puisqu'il est des dieux , dit-on , « qui n'ont pas dédaigné de la subir. C'est ainsi que " plusieursi^nt conquis une place dans le ciel, et « je ne veux en conquérir une que sur la terre. »
« Ton ame, dit Talaon , n'est point de celles qui " s'éteignent dans feau ; car elle n'est pas de ces « âmes vulgaires qui , semblables au sel , sont des- « tinées seulement à garantir de la dissolution le « corps dont elles sont la vie incomplète ; ton ame " est une flamme éthérée descendue de Sphaïros , et « qui ne peut mourir. Je t'ai entendu te plaindre « aussi de ce que tu n'as point une portion de terre « identifiée avec toi. Apprends, Orphée, que la lyre « est le signe incommunicable de la propriété aux '< confins célestes, type et gage de la propriété aux « confins terrestres. Ainsi tu es doué de la propriété «éniinentc, sans laquelle fautre n'existerait pas. « C'est donc 1 ame d'un Ops ([ui vit en toi. De Titan
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"je SUIS dcM'iiu lu'ios; foi, lu ne \eu\ jkis de liéios " devenir plébéien ? »
'« Y aurait-il donc deux sortes de vies, disait Or- " phée, y aurait-il donc deux sortes de vies pour la '< race extérieurement semblable des bommes; Tune " passajOjère et périssable comme toutes les pioduc- " tions de la nature, l'autre immortelle comme le ' feu de Vesta ? »
"Oui, répondait Talaon, et même il y a deux « sortes de vies parmi les quadrupèdes et parmi les " oiseaux : c'est sur cette différence qu'est fondée •'toute la science des sacrifices et deWaujJurat. »
'< Des ])aroles si extraordinaires excitaient profondément l'attention d'Orpbée, qui sans doute les trouvait peu d'accord avec ses propres inspirations. Dès-lc-rs il fut porté à rechercher moins curieusement quel fut son père. 11 \oulut rester un héros, mais un héros initiateur, revêtu d'un sacerdoce miséricordieux et prog^ressîf.
« Cependant le réfugié des tempêtes ne pouvait sempêcher de trouver bien lon{jucs les paisibles journées qu il passait dans cet asile solitaire. Le temps pesait de toute sa durée sur chacune de ses pensées, qu'il n'osait dévoiler à son hôte, personnage si mystérieux lui-même; le temps pesdit de toute sa durée sur chacune , car toutes n'avaient d'autre limite que l'infini; et sa lyre, symbole et