‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 19 sur 189 · LIVRE DEUXIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. i

^a}>c de la propriété aux confins célestes, sa lyre fatidique, devenue impuissante à prophétiser, pendait inutile sur sa large poitrine, ou demeurait muette dans ses mains oisives, il s'accoutumait néanmoins peu à peu à goûter la société du vieillard et de son incomparable épouse ; et ses regards distraits commençaient à s'arrêter avec quelque émotion sur Eurydice : plus souvent elle lui apparaissait comme un beau songe impossible à saisir. Mais il éprouvait toute l'inquiétude d'une existence qui semblait flotter sur un abyme. Les dieux avaient placé dans son cœur généreux la magnanime ambition de faire du bien à tous ses semblables, et il avait peine à reconnaître deux natures humaines; de répandre chez les peuples barbares les bienfaits de la civilisation , et le mot barbare ne renfermait point pour lui une idée de mépris ou de dédain. Il savait bien qu'une telle expression désigne aussi les origines insaisissables et sacrées. Portant avec un chagrin superbe le long ennui d'être sans famille, de n'avoir point de patrie connue, il voulait se créer une funilleadoptive, et faire sortir de sa propre intelligence une patrie. Il se croyait né avec toute l'autorité d'un législateur, cette force de volonté qui Huit par maîtriser les volontés les plus rebelles, l'influence qui agit inévitablement sur tous, l'heureuse fascination (jui s'approprie et réunit les forces i.so-

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lëcs. lùifm il se cioyait aj)j)olé à créer les iriésislibles harmonies qui {jioiipeiit les hommes, <[iii loiit dun i;raii(l nombre une seule unité morale, (^nelciuelois son ame était ])arta{',ée entre de hautes théories et le sentiment confus du bonheur, qui se mêle toujours, plus ou moins, dans le cœur des mortels les plus sublimes. Il se demandait s'il ne pouvait pas sans erreur chercher à être heureux, en rendant heureuse une aimable compagne de ses destinées obscures. Il se demandait encore si cette faculté expansive, (|ui le portait ainsi à vivre dans les autres, ne pouvait pas se concentrer sur un seul objet. Il en venait bientôt à se persuader que le besoin de bien mériter des hommes nétait peut-être en lui autre chose que Tinstinct égaré de Famour.

"Il ne faut point vous étonner, sage Évandre, de cette incertitude dans les pensées qui agitent lame d'Orphée. C'est un homme nouveau , qui ne jjcut dire le nom de son père; c'est un héros plébéien. Bientôt il voudra s'élever plus haut, pour découvrir dans le ciel le dieu qui doit succéder à Jupiter. Jupiter, dieu opique, a remplacé Saturne, dieu des Titans; Bacchus, brillant Phanès du principe actif rendu accessible à tous , dieu inconnu de l'émancipation plébéienne, viendra à son tour détrôner les redoutables patriciats à qui , selon les lois immuables du progrès, a été livré l'ejupirc pacifié des Titans.

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